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Le mirage
Nous avions le profil du bon élève appliqué et nous attendions une gratification. Or, les Américains viennent d?exclure Maurice, une nouvelle fois, de la liste de pays africains qui peuvent profiter de l?AGOA sans respecter certaines de ses clauses restrictives.
La version de la loi qui a été adoptée par la Chambre des représentants lundi est une déception pour Maurice. Notre pays ne figure pas parmi les pays qui sont autorisés à exporter vers les Etats- Unis, sans contingent et en franchise de douane, des vêtements faits à partir de tissus fabriqués dans des pays tiers. Cette faveur est normalement accordée aux pays les moins avancés (PMA). Cependant, deux pays en voie de développement, le Botswana et la Namibie, bénéficient d?une dérogation. Maurice a estimé qu?elle pouvait aussi légitimement revendiquer ce droit étant donné que son PNB par habitant n?est pas éloigné de celui de ces deux pays. Les Etats-Unis ont fait la sourde oreille à notre demande.
Beaucoup d?idées fausses avaient circulé, au moment de sa promulgation, sur la manne qu?allait représenter cette fameuse ?loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique subsaharienne?. Peu à peu, les illusions s?effondrent, le mirage de l?AGOA se dissipe. Maurice a dégringolé à la sixième place au niveau de la région en ce qui concerne les exportations de vêtements vers les Etats-Unis.
Pourtant nous avons respecté les termes du contrat, même quand cela aurait pu poser des problèmes de conscience. Nous avons soigneusement aligné nos positions sur celles des Etats- Unis en adoptant des lois antiterroristes dans le sillage du 11 septembre en nous taisant sur l?invasion de l?Irak. Maurice a parfaitement honoré ses engagements de ne pas ?engage in activities that undermine United States national security or foreign policy interests? comme le requiert l?AGOA. Sans contrepartie ?
L?AGOA avait créé plusieurs fonds dont l?objectif était d?aider les pays africains à renforcer leurs capacités industrielles. Parmi eux, il y avait l?OPIC, le ?Digital Freedom Initiative? et le ?Millennium Challenge Account?. Pour ceux qui gèrent ces fonds, nous n?avons jamais existé.
L?essentiel demeure toutefois le refus des Américains de nous accorder une dérogation à l?obligation d?utiliser des tissus et des fils locaux, ne serait-ce qu?en attendant que nous mettions en place l?infrastructure nécessaire. La Chambre des représentants a bien prorogé jusqu?en 2007 cette disposition de la loi permettant à certains pays de profiter de l?AGOA tout en achetant des tissus provenant de pays tiers. Si nous étions parmi les heureux élus, notre zone franche s?en trouverait requinquée. Il est estimé que la dérogation sur les matières premières peut faire baisser les prix d?environ 20 %. Cela aurait encouragé les entreprises hongkongaises à reconsidérer leurs plans de plier bagages.
En tout cas, la cause n?est pas entendue de manière définitive. Car la loi doit maintenant être soumise au Sénat pour approbation. L?AGOA peut encore être modifié pour tenir compte de la demande mauricienne. Seulement, le temps presse. Si un vote n?intervient pas avant quinze jours, il ne le sera pas avant la présidentielle américaine. Il paraît qu?on a de meilleures chances au Sénat parce que le président de la sous-commission sur le commerce de la Chambre des représentants, Bill Thomas, est un adversaire irréductible de Maurice. Il se bat pour le démantèlement des accords sucriers.
N?ayant fait de mal à personne, nous pensions être dans l?axe du bien. Ce n?est visiblement pas le cas.
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