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Le lobby mauricien du sucre pas rassuré

2 novembre 2005, 20:00

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Les choses se compliquent pour les lobbyistes mauriciens à Bruxelles. De nouveaux développements peu rassurants sont venus s?ajouter aux négociations déjà très difficiles en vue de convaincre l?Union européenne (UE) de ne pas donner suite à un projet de réforme de son régime sucrier dans sa forme actuelle.

D?abord, Peter Mandelson, le commissaire européen pour le commerce extérieur, vient de proposer de nouvelles réductions tarifaires (de l?ordre de 60 %) sur les produits agricoles qui entrent sur le territoire de l?UE. A travers ces initiatives, l?UE veut démontrer sa détermination à réformer son agriculture. Elle veut envoyer un signal fort à ses partenaires commerciaux, à un mois de la prochaine réunion ministérielle de l?Organisation mondiale du commerce (OMC), prévue à Hong-Kong. L?Europe veut éviter que la question de l?agriculture ne vienne faire dérailler les pourparlers à l?OMC, comme ce fut le cas lors de la dernière réunion ministérielle à Cancun, au Mexique, en 2003.

Avec des propositions de baisse des lignes tarifaires de cette envergure, la pression sur le prix du Protocole sucre devient encore plus sérieuse. Maurice et ses partenaires du bloc Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) se battent actuellement contre une proposition de la Commission européenne visant à réduire le prix du sucre (garanti sous le Protocole sucre) qu?ils obtiennent sur le marché européen de 39 % sur une période de deux ans.

La baisse est jugée trop radicale pour les petites économies productrices de sucre comme Maurice. Cette réduction signifie un manque à gagner annuel de Rs 3, 6 milliards pour le pays et expose l?industrie sucrière à des risques de déclin définitif.

Mais la pression vient aussi de Genève. L?OMC a, dans un récent jugement (dans l?affaire OMC versus Ganesan), précisé l?échéance de l?entrée en opération du plan de réforme du régime sucrier qu?elle avait antérieurement imposé aux Européens. L?UE a jusqu?au 22 mai 2006 pour procéder à une restructuration complète de son marché sucre.

Le conseil des ministres européens de l?Agriculture doit prendre une décision indicative concernant la baisse du prix payé aux ACP les 21 et 22 novembre (la décision finale sera prise seulement lorsque le Parlement européen aura débattu la question en janvier 2006). ?Le jugement de l?OMC et le prix du Protocole sucre sont deux choses différentes. L?UE est en train de nous forcer la main en mélangeant ces deux questions?, met en garde la députée Nita Deerpalsing qui représente le Parlement mauricien à l?Assemblée paritaire EU-ACP. ?Selon les calculs, l?application du jugement de l?OMC exigerait une baisse de 19 % seulement du prix du Protocole. Or, l?UE propose une réduction de l?ordre de 39 %?.

Le sentiment parmi les ACP est que le commissaire Peter Mandelson est en train de faire monter la mayonnaise en prévision de la rencontre de Hong-Kong par ses initiatives de réduction tarifaire sur les produits agricoles. Les ministres de l?Agriculture européens tenteront de prendre des mesures drastiques lors de leur réunion des 21 et 22 novembre pour faire bonne impression sur le dossier agricole au prochain rendez-vous ministériel de l?OMC.

Une délégation (bi-partisane) de parlementaires mauriciens s?était rendue à Bruxelles la semaine dernière pour prêter main-forte aux efforts de lobbying des ministres et des diplomates. Les députés mauriciens ont expliqué à leurs différents interlocuteurs que la réforme du régime sucrier ne profitera pas aux consommateurs européens. Ce sont surtout les multinationales, notamment de l?agro-industrie et de la production de boissons, qui vont réaliser des gains exceptionnels massifs avec la chute du prix de sucre.

Maurice propose une réduction moins sévère, qui soit étalée sur une plus longue période d?adaptation. Le pays milite également pour des mesures d?accompagnement pour permettre à l?industrie sucrière mauricienne de se restructurer pour faire face aux nouvelles donnes de la concurrence.

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