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Le gérant du Ritz : ?Mon club n?est pas un bordel?
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Le gérant du Ritz : ?Mon club n?est pas un bordel?
?C?est vrai que j?emploie ces filles pour danser mais il n?est pas dans nos accords qu?elles doivent se déshabiller?? Propos du gérant du Ritz, Brizlall Codaychurn, 61 ans. Il s?expliquait, hier matin, après qu?il eut été arrêté dans la soirée de vendredi à samedi par les limiers de l?Anti-Piracy Unit. Les policiers avaient alors surpris des filles nues dansant dans ce même club ?privé? de Baie-du-Tombeau. Pourtant, l?homme insiste: ?Mon club n?est pas un bordel.?
Vendredi, à 23 heures, des policiers en civil se présentent à la porte du Ritz. Leur mission : saisir des CD pirates. A l?intérieur, trois strip-teaseuses ne portant que des strings dansent sur scène. Une vingtaine de minutes plus tard, trois autres filles prennent le relais. Elles se déhanchent, agrippées à des barres. L?un des policiers appelle le QG de l?Adsu pour demander du renfort. Et à 1 h 30, un important effectif de la police arrive devant le club.
Prises sur le fait
Lors de la perquisition effectuée par les hommes de l?inspecteur Hector Tuyau, trois jeunes filles sont prises sur le fait, dansant nues sur la scène. L?un des policiers donne l?ordre d?arrêter le spectacle. Et les clients sont priés de vider les lieux. Les trois filles, Marie Pamela Lamvohee, 31 ans, Marie Lourde Arielle Raboude, 26 ans, et Marie Dorothee Rousseau, 18 ans, sont arrêtées. Elles sont toutes trois provisoirement accusées de gross indecent act in public.
203 CD piratés ont également été saisis sur les lieux. Interrogé quant à leur présence dans son établissement, Brizlall Codaychurn aurait, selon une source proche des enquêteurs, affirmé : ?Bann CD la pa pou mwa.? Il aurait indiqué qu?ils appartiendraient à Tarachand Leckraz, le disc-jockey. Ce dernier, qui assurait l?animation au moment de la perquisition a, lui aussi, été interpellé par les hommes de l?inspecteur Tuyau.
Six chambres perquisitionnées
Pendant ce temps, d?autres policiers perquisitionnaient environ six chambres luxueuses, qui étaient, selon eux, destinées aux clients qui souhaitaient passer du bon temps avec les filles. Mais elles étaient vides.
Les cinq suspects ont été conduits au quartier général de l?Adsu pour être interrogés. Ils ont été relâchés sur parole durant la même soirée. Ils ont comparu devant la cour de Pamplemousses, hier.
La police n?ayant pas objecté à leur remise en liberté, les trois strip-teaseuses ont fourni, chacune, une caution de Rs 5 000. Le gérant du club a, lui, été libéré contre une caution de Rs 15 000 et une reconnaissance de dette de Rs 50 000. Une charge provisoire de ?Breach of copyright act? pèse sur lui. Les mêmes charges ont été retenues contre le disc-jockey.
MIEUX COMPRENDRE
Pourquoi le strip-tease est-il un délit ?
Après une descente de la police dans un club ?privé?, vendredi, trois strip-teaseuses ont été arrêtées sous une accusation provisoire de ?gross indecent act in public? ou outrage public à la pudeur. Nous vous expliquons ce que dit la loi à ce sujet?
● Le strip-tease est-il illégal ?
Il y a toujours des zones d?ombre en ce qui concerne la légalité ou non du strip-tease. On ne fait, nulle part dans nos lois, explicitement mention de strip-tease. Normalement, si un acte n?est pas mentionné dans la loi comme étant un délit, il n?y a pas de délit. Un comportement peut être considéré comme ?immoral? mais cela ne veut pas nécessairement dire illégal.
● Pourquoi dit-on, dans le cas présent, que le strip-tease est illégal ?
Probablement parce que le strip-tease a lieu dans des endroits fermés. C?est peut-être aussi dû à son caractère immoral. Cela ne veut toutefois pas dire que le strip-tease est légal. Tout sera une question d?interprétation de la cour puisque la loi ne mentionne pas le strip-tease. Logiquement, tant qu?il n?y a pas de loi faisant mention de l?illégalité de cet acte, on peut le définir comme un ?outrage?. C?est donc à la cour de voir s?il s?agit ou non d?outrage.
● Pourquoi est-ce qu?il y a eu des arrestations ?
Les trois jeunes femmes en question ont été accusées d?outrage public à la pudeur sous le Code pénal. Se dévêtir en public peut effectivement être interprété comme étant un outrage. Le point à éclaircir est si le club ?privé? ? en l?occurrence le Ritz dans le cas présent ? est un lieu public.
● Le Ritz n?est-il pas un club privé ?
Il n?y a pas de permis de ?club privé? délivré par les autorités. Légalement donc, les clubs privés n?existent pas malgré le fait que beaucoup de clubs s?approprient cette appellation.
● Quelle est donc la définition de public ?
La question est plutôt la définition du terme ?privé?. Selon la définition légale, le ?privé?, c?est ce qui se passe à la maison. Tout autre endroit où il y a des membres du public, de surcroît s?ils ont payé pour y être admis ? ce qui exclut ainsi l?excuse que cela se passe en privé ? est considéré du domaine public.
● Pourquoi est-ce que les spectateurs n?ont pas, eux, été appréhendés ?
Techniquement, ils n?ont pas commis de délit puisque le strip-tease en tant que tel n?existe pas dans la loi. Si les strip-teaseuses peuvent, elles, être accusées d?indécence, les spectateurs sont techniquement? des victimes de cette indécence.
● La police a aussi perquisitionné des chambres dans l?établissement. S?il y avait des clients, auraient-ils été arrêtés ?
Il faut d?abord pouvoir établir que ce sont des ?clients? et que l?établissement a fourni les services d?une prostituée. Surprendre un couple en pleins ébats dans une chambre ne veut pas nécessairement dire qu?il y a prostitution, même si tous les éléments pointent dans cette direction. Dans un tel cas de figure, la police doit pouvoir convaincre la cour qu?il s?agissait bel et bien de prostitution, c?est-à-dire qu?il y a eu échange d?argent contre des faveurs sexuelles. C?est bien là le plus difficile.
Deepa BHOOKHUN
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