Publicité

Le gouvernement de réconciliation reconstitué

11 août 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La guerre civile en Côte d’Ivoire qui, tantôt ouverte tantôt larvée, perdure depuis près de deux ans, une parenthèse de blocage total des efforts de paix a été fermée, lundi 9 août. Pour la première fois depuis plus de quatre mois, le “gouvernement de réconciliation nationale”, mis en place au printemps 2003, à la suite de l’accord de Marcoussis, s’est réuni au grand complet à Abidjan. Au terme d’une demi-heure de délibérations, le président Laurent Gbagbo a annoncé qu’il avait réintégré, par décret, les trois ministres de l’opposition qu’il avait limogés, de la même façon, le 19 mai, dont Guillaume Soro, le chef politique de la rébellion.

Ce retour à la case départ a presque fait oublier que l’ensemble de l’opposition – le mouvement rebelle et six partis politiques - avait boycotté le gouvernement dès le lendemain du 25 mars, date de la répression sanglante de leur marche de protestation contre “l’obstruction” du processus de paix par le président. En 48 heures d’un huis clos d’une extrême violence dans plusieurs quartiers d’Abidjan, mis à profit par les milices dites “patriotiques” proches de la présidence, “au moins 120 civils” avaient alors été tués, selon un rapport d’enquête des Nations unies, qui a mis en cause “les plus hautes autorités de l’Etat” pour ce bain de sang.

Or, entre-temps, la découverte de trois charniers dans le nord de la Côte d’Ivoire par les mêmes Nations unies, qui ont fait état “d’au moins 99 cadavres”, victimes de règlements de compte, en juin, entre factions rivales au sein de la rébellion, a jeté l’opprobre aussi sur les insurgés qui, depuis septembre 2002, occupent la moitié septentrionale du pays. Selon de nombreux témoignages, y compris issus de leurs propres rangs, les partisans de Guillaume Soro se livrent à de graves exactions, à un “warlordisme”qui s’assimile à une prise d’otage des populations du Nord.

Dans ce contexte, le dernier en date des sommets pour sauver le processus de paix en Côte d’Ivoire, la réunion d’une dizaine de chefs d’Etat africains et du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, le 30 juillet à Accra, a dicté aux parties en conflit un échéancier contraignant, sous peine de sanctions par l’ONU. Il prévoyait, sous huitaine, la reconstitution du gouvernement de réconciliation nationale, puis tout un train de réformes, dont celle des clauses d’éligibilité à la présidence, et, enfin, le désarmement à la fois des rebelles et des “forces paramilitaires” – les milices – dans le Sud.

Sur cette voie, qui doit mener à des “élections incontestables” en octobre 2005, le premier pas vient d’être franchi. Dès hier, le gouvernement doit se réunir de nouveau pour préparer les textes législatifs, dont également la réforme du foncier rural et un nouveau code de la nationalité, qui devront ensuite être soumis au Parlement convoqué en session extraordinaire, aussi pour adopter les statuts d’une commission électorale indépendante et un nouveau régime juridique de la presse. L’ensemble de ces mesures est capital, dans un pays dont 26 % de la population sont considérés comme des “étrangers”, sans distinction entre des migrants économiques et des immigrés de longue date.

L’ultime test de la volonté de paix sera, d’un côté, l’adieu aux armes des rebelles et, de l’autre, la réforme de l’article 35 de la Constitution, qui conditionne l’éligibilité à la présidence. Depuis dix ans, en vertu de cette disposition, l’ancien premier ministre Alassane Ouattara, devenu le symbole des nordistes qui s’estiment maltraités en citoyens de seconde zone, est empêché de se porter candidat, au motif de sa “nationalité douteuse”. A Accra, Laurent Gbagbo a promis de trouver une solution à ce problème, mais sans s’engager sur la façon – décret présidentiel ou référendum – dont il compte trancher le nœud de la crise ivoirienne.

<B>Stephen Smith</B>

Publicité