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Le goût de la vie

14 décembre 2007, 00:00

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Est-il nécessaire d?avoir vu l?original pour juger des qualités d?un remake ? Le cas des Infiltrés de Martin Scorcese, adapté d?Infernal Affairs, était un cas de figure type. L?original, Infernal Affairs, un excellent petit thriller hong-kongais signé Ronnie Yu, n?étant jamais sorti de Hong Kong. Le Goût de la Vie, petite comédie romantique signée Scott Hicks, est un cas similaire, même s?il s?agit de projets moins ambitieux. L?original, Chère Martha, une petite comédie allemande signée Sandra Nettelbeck, n?avait apparemment pas d?autre ambition que celle de divertir gentiment son public. La critique l?avait jugé «pétillant et sympathique» mais, le film n?étant jamais passé sur nos grands ou petits écrans, le remake sera donc jugé sans faire de comparaison.

Le réalisateur Scott Hicks a fini par être considéré comme un gentil faiseur de mélodrames, s?étant fait remarquer, il y a une dizaine d?années, avec Shine. Il est possible qu?il ait voulu, pour une fois, changer de registre en tournant un film léger autour de deux thèmes communs à toutes les cultures : l?amour et les plaisirs de la table. Les meilleurs ingrédients sont définitivement là pour faire ce qu?on pourrait appeler un joli spectacle. La belle à conquérir : Catherine Zeta-Jones en chef brillantissime d?un restaurant chic de New York, qui dissimule sa vulnérabilité sous des dehors rigoureux et autoritaires. L?enfant en détresse à : la très jeune Abigail Breslin (qu?on espère voir dans Little Miss Sunshine) en orpheline recueillie par sa tante. La situation de conflit : la tante n?est autre que Catherine Zeta-Jones et sa vie professionnelle, comme sa personnalité, ne s?accordent pas véritablement avec son nouveau destin de mère adoptive. Le chevalier conquérant : Aaron Eckhart en nouveau sous-chef aussi doué que charismatique et bien fait de sa personne, qui finira par charmer la seconde et conquérir la première. Et, double situation de conflit : le chef voit en son nouveau sous-chef un rival.

Même si Scott Hicks ne mérite toujours pas sa première étoile Michelin, il faut reconnaître qu?il a assez de savoir-faire pour que ses ingrédients donnent toutes leurs saveurs. Le spectateur a beau voir venir les choses de loin, les personnages n?en perdent pas pour autant leur attrait et les situations leur piquant ou leur côté cocasse, charmant ou émouvant. Scott Hicks sait diriger ses acteurs, surtout Abigail Breslin qu?il rend très crédible en enfant à la fois vulnérable et solide ; les autres sont assez grands. Il sait aussi capturer toute la gamme des regards et des expressions de Catherine Zeta-Jones, bien qu?il néglige quelque peu son partenaire. Et, même si sa réalisation reste très classique, celle-ci tire le maximum de toutes les situations, soit pour la drôlerie, soit pour de subtiles montées en puissance des émotions. A cela, il faut ajouter que les meilleures scènes du film sont accompagnées d?une partition signée Phillip Glass (LE Phillip Glass, connu des vrais mélomanes), de chansons de Paolo Conte et d?arias de Puccini.

L?ennui, c?est qu?il est, finalement, très peu question de cuisine dans ce film. Il y a bien un restaurant, un chef et son sous-chef, des scènes de cuisines, mais nous n?assistons pas par exemple, à des poussées d?adrénaline lors du «coup de feu» ou à l?élaboration de plats comme dans Ratatouille. Scott Hicks se contente de nous donner des images de plats qui semblent sortis touts droits de magazines pour ménagères (genre «Cuisinez avec 0% de matières grasses? »). Il aurait fallu à cette cuisine une part de prise de risque assumée, une dose de fantaisie et même un brin de pure folie. C?est-à-dire, la marque d?un grand cuisinier.

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