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Le gardien du manuscrit sacré kung-fu et mysticisme tibétain
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Le gardien du manuscrit sacré kung-fu et mysticisme tibétain
Un manuscrit millénaire d?origine tibétaine donne à celui qui le lit à haute voix dans son intégralité le pouvoir de régner sur le monde et prolonge de soixante ans la vie la vie de celui qui le protège. Ce dernier devra pendant ces soixante années, renoncer à tout, même à son nom et devra, au terme de ces années, trouver son successeur qui sera désigné par le manuscrit lui-même. L?histoire débute dans un monastère, au Tibet, en 1943, lorsque le jeune moine qui accepte de devenir le gardien du manuscrit, prend l?appellation de ?Moine 5?. C?est Chow Yun Fat. Dehors le ciel change de couleur, et c?est au moment où s?est transmise la garde du manuscrit qu?un commando de nazis (arrivé là on ne sait comment) attaque le monastère pour s?en emparer.
Film produit par John Woo et réalisé par Paul Hunter. A l?origine, The Bulletproof Monk, une bande dessinée américaine parue vers la fin des 1999. Le film évoque l?univers d?Indiana Jones, de Bob Morane? et aussi celui des films d?action américains destinés à la consommation courante, ce qu?on est en droit de regretter. ?Les lois de la gravité n?existent que si tu penses qu?elles existent??, explique le Moine 5 plein de sagesse millénaire à son jeune apprenti américain.
On l?a bien vu sauter du haut d?une falaise au début du film, soit soixante ans auparavant et on le voit en Amérique, de nos jours, à la recherche d?un successeur et toujours poursuivi par les nazis. Comme il jouit d?une parfaite santé et qu?il est aussi jeune qu?auparavant, on se dit que cela doit être vrai, au moins pour lui. Étant donné toutefois que le Moine 5 se déplace à pied la plupart du temps sans s?élever dans les airs comme une montgolfière, on se dit que lui-même doit être assez convaincu de l?existence de l?attraction terrestre, ceci tout en ayant le pouvoir de les oublier lorsque le besoin se fait sentir. Ce qui constitue un véritable exploit qu?il conviendrait de saluer comme tel.
Plénitude spirituelle
Il semblerait aussi que, pour le cinéma, les sages d?Extrême Orient n?aient d?autre justification à leur existence que celle de se rendre aux USA afin d?indiquer la voie de la plénitude spirituelle à de jeunes Américains ayant une notion trop matérielle de l?existence. Et puis, le succès de Tigre et Dragon ayant ouvert une brèche dans les mentalités cinéphiliques, ne voilà-t-il pas que de plus en plus de films de kung-fu se mettent eux aussi au mysticisme. Ce qui nous vaut de voir pour n?importe quelle raison, des ascètes planer gracieusement ou tourbillonner rageusement dans les airs, faisant fi des lois de l?attraction terrestre et même des lois de la physique, d?une manière générale. Au point qu?il sera bientôt possible de faire des prévisions météorologiques genre : ?Tiens ! On dirait qu?il va pleuvoir aujourd?hui, les ascètes volent bas. Ah merde ! J?aurais dû avoir pris mon parapluie.? C?était charmant, c?était gracieux, c?était magnifique et tout ce qu?on voulait dans Tigre et Dragon, mais là ça commence à sérieusement bien faire; et, vous verrez bien qu?un de ces jours, quelqu?un de malin (Zucker, Zucker & Abrahams, par exemple) nous sortira une parodie bien ficelée de tous ces films.
Ce n?est pas que Le Gardien du Manuscrit Sacré soit un si mauvais film. C?est juste que le produit est sans réelle saveur, les principaux ingrédients (mysticisme tibétain, arts martiaux, suspense, etc.,) ayant été dénaturés afin de plaire au plus grand nombre, d?être au goût du jour et de tenir dans les limites de temps.
Pourtant, le début est des plus prometteurs. Du moins, la séquence du début, celle qui accompagne le générique : d?abord, la caméra traîne en reculant, le long d?une surface jaunâtre qui, au fur et à mesure, semble être animée. On s?aperçoit alors que c?est une membrane avec quelque chose à l?intérieur et que c?est ce quelque chose qui semble faire bouger la membrane. La caméra reculant toujours, on voit que la membrane est celle d?un objet tout en courbes et en rondeurs. Reculant toujours, l?objet s?avère être un cocon, avec à l?intérieur un papillon en train de naître; ce qui à priori expliquait le mouvement.
Mais, le mouvement de la caméra se poursuivant, alors que sort le papillon, on s?aperçoit que ce cocon était retenu à quelque chose : une corde ; et, que c?est en fait les mouvements de cette corde qui agitaient le cocon. On voit alors finalement que la corde elle-même fait partie d?un pont de cordes suspendu au dessus d?un ravin d?une hauteur à donner le vertige et que sur ce pont au dessus du vide, il y a deux moines tibétains ? le futur Moine 5 et son maître ? qui s?entraînent au combat, tournoyant et voltigeant dans les airs, d?où les secousses. Le film traitant entres autres, de philosophie bouddhiste, même si cela est fait de manière superficielle, on peut supposer qu?il y aurait un enseignement à tirer de cette séquence.
?Culture Pepsi-Cola?
On peut dire que le reste du film fonctionne assez bien. Chow Yun Fat est rayonnant de grâce spirituelle, d?énergie et d?une force tranquille intérieure. Sean William Scott dans le rôle de Kar, le jeune voleur qui lui succèdera, joue les jeunes crétins avec beaucoup d?aisance et de naturel. Entre les deux, le courant passe à merveille et donc, le mécanisme du ?film de potes? fonctionne. Il y a une jolie demoiselle, Bad Girl / Jaimie King, qui est elle aussi experte en arts martiaux (c?est la fille d?un mafieux russe en prison, les producteurs espérant peut-être augmenter les ventes en Russie en faisant allusion aux nouveaux héros de ce pays) même si elle n?est là que pour l?intrigue amoureuse.
Les méchants sont on ne peut plus méchants, puisque ce sont des nazis ? qui se font passer pour des militants de la cause des droits de l?Homme, en plus. Il y a l?enjeu, enfin : l?avenir du monde, ni plus ni moins. Donc, les ingrédients sont réunis et le scénario parvient à les intégrer de manière cohérente, à force de poursuites et de combats (avec de nombreuses scènes ratées au montage).
Encore une fois, tout cela fonctionne. Il est difficile de dire autrement puisqu?on ne s?ennuie à aucun moment, en regardant ce film. Seulement, on peut trouver dommage que tout cela se limite au seul fonctionnement. On a un peu l?impression d?être devant un de ces films pour adolescents où le jeune héros découvre à la fin les vraies valeurs morales des arts martiaux. On peut trouver aussi que le fait de mélanger aussi allègrement mysticisme tibétain et kung-fu tient de cette nouvelle ?culture Pepsi-Cola? qui tend à s?imposer. Il est surtout dommage que le suspense n?ait pas été plus aiguisé, ou plus prenant. Ce qui aurait été possible avec plus d?imagination. Finalement, on aurait préféré un bon Jackie Chan.
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