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Le désespoir des planteurs de Riche-Terre

17 mars 2007, 00:00

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par Sharon SOOKNAH

«Lamen ki nou plante, la mem ki nou amen nou la vi. Kot nou pou cav ale ek nou zanimo ?» Shobhagowatee Doolary fait partie des vingt familles qui devront quitter leur domicile à Riche-Terre d?ici juin. Le hic : elle n?a nulle part où aller.

Plusieurs terrains de l?Etat devront en fait être libérés pour la création d?une zone commerciale : une Trade and Development Zone (TDZ). Celle-ci sera occupée par le groupe chinois Tianli qui compte y développer plusieurs sociétés, avec un investissement à hauteur de 500 millions de dollars.

Sur une partie de ces terres, allouée à bail par l?Etat, 167 planteurs cultivent des légumes. Une autre partie est habitée par vingt familles qui y travaillent et y vivent. Ces habitants ont reçu, durant la semaine, un courrier émis par la Land Division du ministère de l?Agro-Industrie, les informant que les terrains seront repris par l?Etat.

Le long de la route Saint-Joseph, six maisons en bois et en tôle abritent divers membres de la famille Doolary. A côté de leurs bicoques, des étables et des abris pour les animaux que ces familles élèvent : quelques vaches, une poignée de chèvres et une dizaine de moutons. Derrière les maisons, de petits lots où les habitants plantent des légumes, surtout des échalotes et des «brèdes».

Parmi les vingt familles, quelques-unes vivent dans des maisons en ciment. « Celles-là ont eu de la chance. Après le passage du cyclone Carol, elles ont eu le droit de reconstruire leurs maisons. Celles qui en avaient les moyens ont pu construire des maisons en dur», explique Deepak Doolary. Mais pour la majorité des foyers, les habitations sont basiques et vieilles.

Deepak Dolary montre volontiers son toit sur lequel il a dû placer une grosse bâche de fortune en plastique car il coule à la moindre averse. Chez les voisins, la cuisine se fait à l?extérieur. Karuna Doolaky possède, elle, un petit autocuiseur sur un feu de bois aménagé entre deux briques.

Conditions modestes ou pas, les familles tiennent à leurs maisons. Mais elles reprochent au gouvernement de ne leur avoir donné qu?un préavis de quelques mois. «Se premie fwa ki noun gagne enn let ki dir nou ale. Enn cout coum sa mem», soutient Maline Dhoolee.

Une réunion avec les planteurs de la région a été organisée jeudi au Farmers Service Centre de Solitude. Selon les sources du ministère de l?Agro-Industrie, 80 planteurs auraient participé à cette réunion. Mais le nombre exact de gens qui devront déménager et de planteurs concernés n?était pas disponible.

Le ministère travaille sur un plan de compensation pour ces derniers. Les barèmes restent à être déterminés. «Zot pe dir nou signe let pou dir nou pe ale ek nou accepte compensasyon me zot pa pe dir nou comien nou pou gagne. Ek nou pa kone kot pou ale», explique Deepak Doolary.

Certains habitants ne refusent pas de s?en aller. Bien que leurs grands-parents et parents ont vécu au même endroit. Ils réalisent que ces terrains sont à l?Etat. «Si on nous replace dans un logement de la Central Housing Authority, où va-t-on garder nos animaux ? Nous ne refusons pas de travailler. Nous demandons juste un endroit où habiter et garder notre gagne-pain», réclame Deokrishna Doolary.

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