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Le déclin

3 juin 2006, 00:00

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Qu?est-ce qui fait la particularité d?une nation sinon sa capacité à identifier les enjeux en fonction des époques ? C?est du bon sens. Il semblerait toutefois, depuis que notre histoire post-indépendante s?est mise en marche, que nous choisissons toujours de fonctionner à rebours. Chaque cinq ans, des hommes réinventent ainsi la roue, le temps d?un début de mandat. Quelques mois plus tard, nous retrouvons notre bonne vieille routine du conformisme. Manque de sérieux. Mais surtout déficit de professionnalisme. Il serait autrement difficile d?expliquer les précipitations et les décisions extrêmes. Les simplismes abondent et occultent, de ce fait, les vrais enjeux. A ce titre, depuis que le gouvernement a annoncé sa décision d?amender le Criminal Code afin que la peine maximale pour des délits de viol et de viol collectif, de drogue et de meurtre soit portée à 60 ans de prison, nous avons eu droit à toute une suite de réactions qui traduisent toutes le refus de prendre en compte les forces souterraines qui déterminent les comportements sociaux.

Qu?un gouvernement populiste et pratiquant un clientélisme électoral à tous crins se signale par une nouvelle initiative radicale, cela n?a rien d?étonnant. Le simple fait qu?un Raddhoa soit érigé en sauveur de la nation en dit long sur la représentation que nos gouvernants font de la question de la sécurité publique. Une vue des plus étriquées de la réalité sociale. Cela est encore moins étonnant dans un Etat qui cède facilement et cela depuis toujours aux sirènes de la répression. Punir les actes, embrigader la pensée, faire régner la terreur face à la menace de l?inventivité, sacraliser la bêtise culturelle? La liste est longue de ces recettes qui constituent le vade-mecum de la médiocrité que nos penseurs politiques rédigent d?année en année.

Il suffit donc de menacer les gens d?une peine d?emprisonnement de 60 ans pour que les viols et les crimes soient réduits ! Ceux qui font dans le politiquement correct débattront de la question de rémission. Mais est-ce bien cela qui constitue l?enjeu réel ? Notre propension à la répression, qui s?accompagne inévitablement d?une manie à légiférer, ne dit-elle pas suffisamment notre dilettantisme politique ? Cette population ne risque-t-elle pas à terme de succomber à une overdose de populisme ? Allez messieurs, soyez sérieux ! Il y a d?autres moyens pour combattre la criminalité. Pour cela, il faut être capable de lire la société dans toute sa complexité. De comprendre la nature humaine de l?être social. De cesser de faire la distinction entre les bien-pensants et la sous-humanité qui composeraient la nation mauricienne?

Autre aberration dans le même registre enregistrée cette semaine relève des commentaires sur la participation de Rama Valayden à une marche contre l?homophobie. La réaction par trop théâtrale voire caricaturale du ministre n?excuse pas ces commentaires réactionnaires. Dans cette surenchère à vouloir être le plus près du réflexe conservatiste d?une partie de la population, certains politiques vont finir par manger dans l?assiette de la fange. Tout cela pour dire que ce pays, qui n?arrête pas de vanter son ouverture et sa sagesse puisée d?un savant mélange entre l?Orient et l?Occident, est foncièrement opposé à tout ce qui peut ne pas participer au modèle de comportement prêt-à-porter qui est proposé aux citoyens.

Il y a un refus systématique à aller au fond des choses. Parce que cela impliquerait une acceptation de son sectarisme et de son conservatisme. Cela impliquerait le rejet des jugements de valeur, si facile à émettre, et le recours au procédé analytique que nous ne maîtrisons pas. Autant donc adopter les solutions de facilité. Signe de déclin intellectuel. L?aire du temps est résolument à ce narcissisme qui rend impossible toute prise objective de la réalité.

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