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Le débat sur le créole domine le Teachers? Day

5 octobre 2004, 20:00

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Utiliser le créole comme médium d?enseignement pour réduire le taux d?échec à l?école? La question occupe l?esprit de tout enseignant. Elle a aussi été au centre de la réflexion marquant la journée des enseignants célébrée hier. Elle était organisée par le Teachers? Club et la General Purpose Teachers? Union (GPTU) au Gold Crest Hotel à Quatre-Bornes.

Le monde de l?éducation est clairement divisé en deux camps. D?un côté, ceux qui estiment que l?introduction de la langue maternelle ? le créole pour la grosse majorité ? à l?écrit dans les écoles primaires ne pourra que faciliter l?apprentissage. En face, il y a ceux qui estiment que l?utilisation du créole n?est pas une formule magique capable de réduire drastiquement le taux d?échec. D?où le ton prudent adopté hier, lors du débat autour de son introduction dans l?éducation nationale.

?Il y a une certitude déconcertante sur le lien entre l?échec scolaire et la langue maternelle. Il n?y a pas d?études de longue durée qui viennent prouver cela. Il ne faut pas ramener le débat à l?aspect simpliste que l?introduction du créole réduira rapidement le taux d?échec?, explique ainsi Vassen Naik, responsable de la formation initiale des formateurs au Mauritius Institute of Education.

Veena Balgobin, conférencière de l?université de Maurice va dans le même sens. ?Il n?y a pas de corrélation entre l?échec et la langue maternelle. De plus, il ne faut pas oublier que le créole n?est pas la langue maternelle de tous les enfants mauriciens. Plus l?enfant apprend des langues jeunes, plus il est flexible?, affirme-t-elle.

Il faudra du temps pour introduire le créole écrit dans nos écoles. ?Certains pays ont mis plus de 20 ans pour faire passer la langue nationale de l?oral à l?écrit dans l?éducation. Faire du créole une matière ?examinable? n?est pas pour demain?, souligne encore Veena Balgobin, se basant sur les expériences du Burkina Faso, du Mali et de la Nouvelle-Zélande pour donner du poids à son assertion.

Ce qui prend à contre-pied le point de vue de certains cadres du ministère de l?Education ou de linguistes tels que Dev Virahsawmy sur la question du créole. Comme les membres de Ledikasyon pou Travayer (LPT), ce dernier croit à l?introduction de la langue maternelle pour le bien de l?enfant.

?Cela permet l?épanouissement intellectuel de l?enfant. Lorsqu?il apprend dans sa langue maternelle, l?enfant se développe plus vite et assimile mieux les autres langues et matières?, explique Alain Ah Vee, membre de LPT. ?Les pays dont les enfants apprennent d?abord dans la langue maternelle ont un taux de réussite plus élevé?, soutient Dev Virahsawmy, citant l?expérience scandinave en exemple. Il attribue les échecs des réformes de l?éducation à l?incapacité à utiliser la langue maternelle dans l?éducation.

Kadress Pillay, ancien ministre travailliste de l?Education, estime qu?il y a ?un travail plus important à faire au niveau social que celui de la langue maternelle, dans la mesure où il y a une vraie corrélation entre l?échec scolaire et le milieu social?. Mohamed Vayid, consultant, pense que Maurice devrait apprendre de l?expérience des autres. ?Nous avons fait de la langue créole un problème majeur alors que ce n?en est pas un. Malgré les problèmes qui existent dans l?éducation, nous avons tout de même un résultat remarquable. La décision du créole comme médium d?enseignement est hâtive et doit être revue.?

Preuve que le sujet interpelle, la totalité des questions de l?assistance, composée d?environ 400 personnes, était axée sur le créole dans les classes. D?autres intervenants ont surtout axé leur intervention sur l?éducation dans le sens large du terme.

Rajesh Jeetah, député de l?opposition et directeur du College Professeur Basdeo Bissoondoyal, s?en prend au système. ?Qu?y a-t-il de pire que dire à un enfant qu?il est un échec scolaire ? Beaucoup d?étudiants ne savent pas ce qu?ils font à l?école et pourquoi. C?est grave. Malgré la réforme, notre éducation produit encore 40 % d?échecs année après année.?

L?avis de l?ancien recteur du St Mary?s, Carl De Souza, penche du même côté. ?Notre éducation est infectée par un mal : tout est basé sur l?examen. C?est terrible de résumer la vie de quelqu?un à une épreuve. Si nous mettons tous les enfants dans le même moule, il y a un problème. Notre système n?est pas assez malléable.?

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