Publicité
Le droit à la mesure
La question est dans toutes les têtes mais jamais sur les lèvres : saura-t-on un jour la véritable histoire du scandale MCB-NPF ?
C?est très mal parti pour ça. On sait quoi ? Qu?une personne a été impliquée dans un détournement, qu?une deuxième personne a obtenu des fonds. Il semblerait que l?on pose des questions à tout le monde sauf à ses deux personnes! Je crois que l?on aura plus de chance de savoir des choses dans les affaires civiles. Les plaignants auront à prouver que les fonds sont bien partis de quelque part. On aura plus de chance de savoir des choses avec une enquête de police qu?avec l?Icac.
Votre réflexion est inquiétante : pourquoi est-ce que l?Icac ne pourrait pas mettre au jour la vérité ?
Parcequ?elle a commencé sur un mauvais pied. Si j?ai bien compris, l?Icac se base sur ce que Jean-Marie Raisin a dit pour confondre Robert Lesage. En même temps, l?Icac arrête Jean Marie Raisin. Cette fois, il faudra se servir de Robert Lesage pour confondre Raisin et les autres. Quelle est la partie des déclarations de Lesage que l?Icac n?a pas crue ? Quelle est la partie qu?elle a crue ? Comment faire la différence? L?Icac n?a même pas une ligne conductrice dans son enquête. Jusqu?à l?heure personne n?a encore parlé d?acte de corruption.
Comprenez-vous que le citoyen se sente complètement perdu dans cet imbroglio et qu?il se pose des questions ?
Je le comprends tout à fait. Je ne peux pas m?imaginer qu?il y ait des mobiles derrière tout ça. Je préfère croire que c?est de l?incompétence.
L?affaire MCB/NPF est-elle encore une affaire judiciaire ou est-elle devenue politique ?
Non, elle est encore une affaire judiciaire.
Comment interprétez-vous les réprimandes politiques adressées à l?Icac ?
Rien n?a transpiré de cette réunion avec le ?appointment committee?, mais je trouve qu?on est très gentil avec eux. J?apprends qu?il y a un juge de la cour suprême écossaise qui travaille à l?Icac. Je ne sais pas quelle est sa fonction, mais je suppose qu?il agit comme legal adviser. Je suppose aussi qu?il est payé. Or, d?après le Law practitionners, il est dit : ?You may not give legal advice unless you are on the barrister?s list.? On peut donc déduire qu? il travaille gratuitement, ou qu? il fait autrechose que de donner des ?legal advices?.
Le fonctionnement de la justice vous inquiète ?
Pas du tout. Je pense, au contraire, qu?à chaque fois, qu?il y a eu des dérapages à Maurice, c?est vers la justice que l?on s?est tourné. Je ne dis pas que tout est parfait. C?est toujours les mêmes raisons qui causent des dérapages. Il y a toujours un petit despote quelque part qui se met en évidence comme un héros ou un shérif.On a vu ça dans les cas Radhoa et Dayal. A chaque fois, c?est la justice qui a replacé les paramètres et mis les pendules à l?heure. La différence avec l?Icac, c?est que malgré les jugements des juges Balancy et Domah elle a continué.
Vous voulez dire que l?Icac échappe à tout et à tous ?
Je crois qu?elle ne sait pas elle-même dans quelle direction elle va. Ceci dit le mot ?échappe? est juste. Personne ne doit tenir l?Icac. De par sa fonction, elle doit échapper à tout le monde. Sauf le comité parlementaire qui a le devoir de dire dans quels paramètres elle doit agir. La raison pour laquelle les Mauriciens se posent des questions est simple: Les citoyens se disent : est-ce que les hommes politiques veulent que l?Icac fasse son travail jusqu?au bout. Moi je dis : Bien naif celui qui croit que oui. Que ce soit le gouvernement ou l?opposition.
La question finale est donc politique ?
Oui. Si on va jusqu?au bout de la logique, qui restera dehors ? Que ce soit vrai ou pas, c?est la perception. C?est le citoyen, le commun des mortels qui doit être rassuré. Après tout, la justice est faite pour lui.
Votre constat est déprimant?
Sauf si on dit ceci : Il n?y a pas d?autre chemin que celle de l?amnistie. On tire une ligne, on amnistie jusqu?à une date donnée. A partir de cette date, on est intransigeant. L?Icac s?occupe des cas à partir de cette date. Les autres cas d?avant tombent dans la sphère normale de la police. A partir de là, on donne les règles. Voilà ce qu?on appelle corruption, voilà ce qu?on appelle traffic d?influence. Personne ne franchit les lignes et ceux qui le font savent à quoi ils s?exposent. Là on peut être intransigeant. Voilà ce que je propose. Quand on remonte dans le temps, qui on va toucher ? Regardez cette affaire de révélations qu?un homme politique avait promis. Effet d?annonce et puis rien. C?est quoi ça ? Si vous arrivez en Italie et vous dites : tout ceux qui ont travaillé avec la mafia dans les années? 70 devraient être jugés.
Pouvait-on travailler en Italie à cette époque sans avoir affaire à la mafia? La définition de corruption même a changé. Vous ne pouvez pas regarder à la loupe les agissements d?il y a 20 ans et les juger aujourd?hui. En France aussi, sur le financement des partis, il ont demandé une amnistie et sont repartis sur de nouvelles bases. Il ne faut pas jouer aux vierges effarouchées. Je ne suis pas celui qui croit que tout le monde est pourri. Mais je sais aussi que tout politicien a, un jour ou l?autre, recommandé quelqu?un. Et cela aujourd?hui, avec les nouveaux critères, c?est du traffic d?influence. Alors, soyons réalistes et pratiques.
Une amnistie est souvent difficile à faire accepter à la population?
C?est souvent considéré ?politically incorrect?. Mais on a tort. Le pays doit bouger.
Sir Victor Glover disait récemment qu?il était plus juste de parler de ?juxtaposition de pouvoirs? que de ?séparation de pouvoirs?. Partagez-vous ce point de vue ?
Quand le DPP dépend financièrement du ?Sollicitor General?, c?est effectivement difficile de parler de séparation de pouvoirs. Je crois que la description de Sir Victor est une jolie façon de voir les choses? Mais ce sont les hommes en tant que tels qui prouvent leur indépendance. Pas les structures. Si les hommes sont bons, intègres, il n?y a même pas besoin de réforme. Il y a des gens à Maurice qui ont prouvé qu?ils étaient indépendants. C?est vrai, à bien y réfléchir, que pour Maurice séparation de pouvoirs est un bien grand mot?
Et cette justice à deux vitesses qui semble revenir sans cesse dans la bouche des citoyens?
Bien sûr que je comprends les Mauriciens qui parlent de justice à deux vitesses. Prenons l?exemple de ceux qui tombent malades et qui vont en clinique quand ils vont être interrogés? Ou ceux qui ont des avocats qui leur font sortir sous caution. Le problème est, là aussi, une question de normes. A Maurice on est arrivé à croire qu?interpellation veut dire arrestation. On est arrivé à accepter que l?on garde quelqu?un en prison alors que l?enquête à son sujet n?est même pas terminée. Voilà où nous en sommes. La norme, c?est terminer une enquête avant de savoir si quelqu?un doit être arrêté. Et on voit notre police, sans sourciller, venir devant un tribunal et dire: ?nous sommes en train d?enquêter?. Et sur un type qu?ils ont déjà arrêté.
Des avocats, et non des moindres, ont laissé entendre que des personnes doivent être plus ménagées que d?autres dans le cadre des arrestations? Une norme aussi ?
On ne doit pas prendre plus de gants avec monsieur X plutôt que monsieur Y. On doit faire attention avant d?arrêter n?importe qui. Mais on sait bien qu?il y a de pauvres gens qui ne peuvent pas se payer un avocat et qui subissent cette culture policière qui consiste à arrêter des gens vendredi soir et qui doivent passer le week -end en prison. Cette culture existe plus que jamais. C?est devenu une habitude.
Votre oncle, Sir Gaëtan Duval a eu des mots élogieux à votre égard en tant qu?avocat. Prenez-vous cela comme une responsabilité ?
Pour me dédouaner, je dirais qu?il a dit de bien belles choses sur beaucoup de gens et qu?il l?a regretté amèrement! C?est certain que les mots qu?il a eus pour moi m?ont touché. Mais il n?était pas objectif : je suis son neveu. Je suis le fils de son frère Hervé, qu?il adorait. Pour revenir à votre question, je sais que les remarques de Gaëtan à mon égard ont créé des attentes chez certaines personnes. Il y a un moment où cela a été lourd à porter. J?ai fait des choix qui ont décu certaines personnes?
? de ne pas faire de la politique, par exemple ?
Oui. Beaucoup n?ont pas compris ce choix. Comme celui d?aller faire mon pupillage chez Ivan Collendavelloo. On ne peut pas dire que mon image soit comme celle de Gaëtan. Je fais mon métier différemment. Je suis en dehors de la politique et je n?y entrerai pas. Je ne suis pas fait pour ça. Et ce n?est pas pour autant que je me considère comme le vilain petit canard de la famille. Le plus grand compliment que je puisse faire à mon père, c?est de lui dire qu?il n?est pas un politicien. Il l?a été par hasard. Même s?il a été un excellent parlementaire. Gaëtan a fait la politique différemment et il excellait à sa manière. Je ne le connaissais pas bien : encore moins maintenant. Car, depuis sa mort, tout le monde le réinvente. J?ai connu l?oncle, l?avocat. Pas l?homme politique. Je ne pourais pas faire de la politique tout simplement parce que j?ai une mémoire et qu?elle est tenace. Et puis, c?est difficile de faire de la politique à Maurice.
Vous êtes un solitaire ?
Non, je ne crois pas. Je suis proche de ma famille. Les Duval les plus forts de caractère que je connaisse, sont mes trois soeurs. Quand je les convainc, je sais que je peux convaincre n?importe quel juge. Je n?ai pas le sens du clan. Il n?y a pas une façon d?être un Duval. Je ne crois pas que ce soit une tradition à respecter. Chacun est comme il est. Je me retrouve dans certaines grandes lignes de vie de Gaëtan, mais aussi en celles de mon père.
L?unanimité autour de Gaëtan Duval depuis sa mort vous semble suspecte ?
Ceux qui ont approuvé le mur de Berlin ont applaudi quand il a été détruit? Gaëtan était en avance, c?est certain.
Les avocats, entre eux, passent aussi souvent pour être un clan s?auto-protégeant contre vents et marées?
Je vais peut-être me faire beaucoup d?ennemis, mais là aussi je ne crois pas aux clans. Il est important d?avoir un ?set of rules? et de sanctionner ceux qui ne les respectent pas. Sinon, il ne faut pas s?étonner que nous ayons une mauvaise réputation. Je ne vais pas voler au secours d?un avocat simplement parce qu?il est un avocat. Il n?en est pas question. Il faut un ?Bar Council? obligatoire qui puisse sanctionner. Or, on voit que certains avocats se permettent n?importe quoi et s?en sortent simplement parcequ?ils sont avocats.
L?affaire Hurnam vous trotte en tête ?
Je n?ai aucune sympathie ni antipathie pour lui. Mais, je touve dommage qu?un avocat qui se sent lésé aille sur l?estrade publique pour débattre de l?affaire. Il y a vraiment un problème. Je suis inquiet aussi de voir qu?un ?convict?, de par une déclaration, puisse mettre en danger la carrière d?un avocat. Mais c?est à la justice de trancher. Ce qui est troublant aussi, c?est de voir
Dev Hurnam être à côté du Premier ministre, de l??Attorney General?alors qu?il y avait cette affaire. Cela faisait tâche. Et tout cela avec photodans la presse?
?Les citoyens se disent : est-ce que les hommes politiques veulent que l?ICAC fasse son travail jusqu?au bout. Moi je dis : Bien naif celui qui croit que oui. Que ce soit le gouvernement ou l?opposition.?
Publicité
Publicité
Les plus récents