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Le dragon est lâché

22 janvier 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Parti hier soir, Paul Bérenger ne ralliera pas la Chine avant demain matin. Mais la prochaine fois qu?un Premier ministre (PM) mauricien s?y rendra, il ne lui faudra peut-être qu?une douzaine d?heures au maximum. La mise en service prochaine d?une liaison aérienne entre Maurice et la Chine est probable. A tel point que la visite du PM pourrait initier les discussions bilatérales visant à accorder à Air Mauritius le droit d?atterrir en terre chinoise.

Une ligne aérienne directe rapproche toujours deux pays. Maurice et la Chine ont toujours été amis, et pas seulement pour des raisons liées au peuplement. Les liens commerciaux entre les deux pays sont solides, même si la balance penche nettement en faveur de la Chine. En 2003, Maurice a exporté des produits totalisant Rs 211 millions mais en a importé pour Rs 5,5 milliards de la Chine.

Le déséquilibre s?accentue car chaque année les importations augmentent alors que les exportations baissent. La Chine est aujourd?hui le deuxième plus important fournisseur de Maurice après l?Afrique du Sud et devant l?Inde. Si la tendance se poursuit, elle devrait non seulement augmenter son avance sur la Grande Péninsule mais également menacer l?Afrique du Sud dans un proche avenir. Les produits sud-africains ont totalisé Rs 8 milliards en 2003 mais l?augmentation constante du rand les rend moins attrayants.

Maurice importe une variété de produits de la Chine : des matières premières pour l?industrie textile à l?alimentation en passant par l?électroménager. Ces importations ne feront qu?augmenter avec la fulgurante montée des fabricants chinois sur le marché mondial. La Chine est aujourd?hui un véritable ogre commercial.

Sortir : la stratégie des industries chinoises ne se résume qu?à un mot mais le message est si puissant qu?il fait trembler. Le dragon ne s?est pas contenté de se réveiller. Il est passé par-dessus la Grande Muraille et conquiert tout sur son passage, pulvérisant les clichés en chemin. Le Made in China ne fait plus rigoler. Il donne maintenant des frissons aux industriels basés dans les autres pays. Les produits chinois ne riment plus avec qualité et design douteux, mais avec prix prédateurs.

UNE SUPERPUISSANCE DE L?ÉLECTRONIQUE

A Maurice, le marché de l?électroménager illustre bien l?évolution du Made in China. Les marques chinoises occupent maintenant un tiers du marché grâce à des petits prix qui permettent de démocratiser la diffusion des nouvelles technologies. Les deux tiers restants portent peut-être des badges européens ou japonais mais la majorité d?entre eux est également fabriquée en Chine.

La Chine est aujourd?hui une superpuissance sur le marché de l?électronique avec des ventes de $ 50 milliards. D?ici 2007, cette industrie lui rapportera $ 94 milliards. Deux tiers de la production chinoise sont écoulés sur le marché domestique. N?empêche que l?envergure du marché du reste du monde équivaut à celui de la Chine. Le marché domestique (1, 2 milliard de personnes) est crucial car il permet aux compagnies chinoises de s?engraisser avant de traverser les frontières chinoises et de conquérir le monde. Certaines de ces sociétés se sont même permises de s?offrir des marques internationales. Par exemple, Lenovo a racheté la division PC d?IBM l?an dernier. La stratégie est simple : fabriquer en masse tout en misant sur des coûts de production extrêmement faibles.

En 2004, les exportations chinoises se sont élevées à $ 593 milliards. Elles ont grimpé de 35 % par rapport à 2003, établissant du même coup un record. Et ce n?est pas fini. La Chine devient rapidement un leader dans les marchés les plus porteurs. Elle est aujourd?hui le plus grand fabricant de jouets et de téléphonie portable au monde.

9 % DU TOURISME MONDIAL

Les clichés longtemps associés à la Chine communiste ont disparu. Aujourd?hui ce pays accueille à bras ouverts les investissements étrangers. Par exemple, l?américain Wal-Mart opère déjà 40 hypermarchés en Chine. Le Taïwanais Evergreen vient de faire l?acquisition de 50% du port de Ningbo, le deuxième plus important du pays. En 2004, la Chine a attiré des investissements étrangers totalisant $ 61 milliards ?un autre record. Les anciennes barrières sont tombées et il est maintenant question de traiter les entreprises étrangères à pied égal avec les sociétés chinoises. Mao Tse Tung pourrait se retourner dans sa tombe mais la Chine aspire aujourd?hui au statut d?économie de marché.

Tout cela pousse le dragon à grossir à vue d??il. La croissance annuelle a de nouveau atteint 9 % en 2004. A tel point que le gouvernement central essaie à grand peine de réduire la vitesse de croissance. La bulle est devenue trop grosse et son éclatement pourrait causer beaucoup de tort à l?économie.

En attendant, la population chinoise récolte les fruits de son labeur. Le gâteau n?est pas équitablement partagé car ceux résidant dans les villes et les régions industrialisées en profitent beaucoup plus. A tel point que le gouvernement compte même revoir sa définition de la bourgeoisie. La classe moyenne ne représente que 5% de la population actuellement. En 2020, ce chiffre sera multiplié par quatre.

Cette évolution fait que les Chinois ont beaucoup plus d?argent à dépenser. Ils se sont ainsi initiés au voyage. Selon l?Organisation mondiale du tourisme, le nombre de Chinois allant à l?étranger devrait atteindre 100 millions d?ici 2020. Ils représentent déjà 9 % du tourisme mondial. Ce marché intéresse tout naturellement Maurice.

Notre pays a été classé comme Approved Destination Status. Ce qui lui permet de mieux attirer les touristes chinois et même d?ouvrir un bureau de l?office du tourisme en Chine. De janvier à septembre 2004, 3 850 touristes chinois ont visité le pays, ce qui représente une croissance de 66,3 % par rapport à la période correspondante en 2003.

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