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Le Dr Ménagé raconte son ?kidnapping?
?Je sens toujours cette angoisse et cette douleur quand je pense au traitement que j?ai subi entre les mains de ces policiers en civil.? Arrêté par les hommes de l?inspecteur Prem Raddhoa (aujourd?hui surintendant) à sa descente d?avion le 11 avril 2001, le Dr Nicolas Ménagé a fait un récit de ce qu?il appelle son ?kidnapping? et de l?interrogatoire mené ensuite par cette équipe. Il s?expliquait hier dans le cadre de l?enquête préliminaire, devant le tribunal de Mapou, présidé par le magistrat Azam Neerooa.
?J?ai été agressé verbalement, insulté, maltraité et intimidé par les hommes de Prem Raddhoa. Je suis encore traumatisé. On m?a traité comme un criminel et un assassin.? Ce 11 avril 2001, explique le Dr Ménagé, il rentre au pays d?un voyage effectué le 24 mars et qui, précise-t-il, était prévu. Ayant appris que la police avait procédé à l?arrestation de Maurice et Josiane Tostée, beau-père et mère de la styliste Vanessa Lagesse, retrouvée morte dans son bungalow le 10 mars, il avait contacté un ami avant son retour.
Celui-ci, dit-il, lui avait conseillé de retenir les services de Me Siddhartha Hawoldar, feu Me Nand Seethiah et Me Ashley Hurhangee. Et ces avocats sont présents à l?aéroport le 11 avril 2001. Mais lorsque le Dr Ménagé débarque, vers 9 h 30, il est accosté, au comptoir de l?immigration, par quelqu?un qui se présente comme l?inspecteur Raddhoa. Ce dernier l?aurait informé qu?il va l?arrêter dans le cadre de l?enquête sur l?assassinat de Vanessa Lagesse et aurait confisqué son portable alors qu?il allait appeler ses hommes de loi. Il dit avoir été contraint de suivre l?inspecteur Raddhoa qui l?autorise à prendre sa valise. Nicolas Ménagé explique avoir entendu les hommes de Raddhoa dire ?anou interoz li dan toilet mem?. Il est ensuite invité à entrer dans une voiture en stationnement sur le tarmac tout près d?un avion.
?C?est nous qui posons des questions?
Prem Raddhoa est, dit-il, assis à côté du chauffeur et lui sur le siège arrière, coincé entre deux policiers. ?A ce moment-là, je suis très calme. Je leur demande où ils m?emmènent. Ils répondent : ?C?est nous qui posons des questions pas toi.?
Le témoin explique qu?ils ont ensuite pris un raccourci vers Le Chaland, où se trouve une caserne de la Special Mobile Force (SMF), tout près de l?hôtel Shandrani. Il aurait alors été conduit dans une pièce, avec Prem Raddhoa et cinq hommes. Il ajoute pouvoir reconnaître ces hommes, même cinq ans après les faits.
?Ma valise est avec moi. On me demande de l?ouvrir et j?obéis. Ils ne la fouillent pas. Je crois qu?ils veulent m?intimider. Ils me disent la même chose à chaque fois.?
Me Collendavelloo : De quelle manière ?
R : D?un ton agressif et indécent. Pas Prem Raddhoa. Il est présent et surveille. Il intervient en faisant des commentaires.
Q : Quelle a été la première phrase qu?on vous a dite ?
R : L? t.. m? Ce sont les premiers mots qu?ils m?adressent. Ils les répètent à chaque fois. A chaque fois ils me disent ?to pou al ferme, to pou al ferme, to pa kone?. Ils ne sont pas prêts à croire ce que je dis sur l?affaire Vanessa Lagesse.
Le témoin explique, en outre, qu?à un certain moment, Prem Raddhoa lui a dit ?Combien les Lagesse t?ont payé pour mentir ??
Q : Qu?avez-vous répondu ?
R : J?ai répondu : ?Vraiment aujourd?hui j?aurai tout entendu.? J?ai entendu un des policiers me dire: ?eski to le met sapo ??
Q : Qu?avez-vous compris par cette phrase ?
Objection de Me Prameeta Chittoo, qui représente le parquet. Le magistrat tranche en faveur de Me Collendavelloo.
?Pour sauver ma peau?
Q : Qu?avez-vous compris par cette phrase ?
R : J?ai compris qu?ils vont mettre un masque sur mon visage. Ils croient que Vanessa Lagesse a été assassinée vers minuit. D?ailleurs, Raddhoa m?a demandé ce que je faisais chez elle vers minuit, le 9 mars 2001.
Q : Quelle a été votre réponse ?
R : Je lui ai dit que j?étais chez moi en train de dormir.
Q : Quelle a été leur réaction ?
R : Ils ont changé de sujet.
Q : Dans votre déposition, vous aviez dit que Raddhoa vous a demandé si vous aviez participé à l?assassinat de Vanessa Lagesse et que vous aviez camouflé le crime en suicide ?
R : Oui. Raddhoa a aussi indiqué que Maurice et Josiane Tostée sont passés aux aveux concernant l?assassinat de Vanessa Lagesse, qu?ils m?ont impliqué et que je dois dire la vérité maintenant.
Q : Qu?avez-vous répondu ?
R : Evidemment j?ai nié. Je n?ai rien à faire avec la mort de Vanessa Lagesse (?) Après une demi-heure d?interrogatoire, Prem Raddhoa m?a dit : ?Je vous accorde le bénéfice du doute?. A partir de là, ses hommes étaient moins agressifs.
Le Dr Menagé dit n?avoir pas été agressé physiquement car il est resté calme et a accepté de répondre aux questions. ?Je ne peux faire autrement pour sauver ma peau.? A un moment, Prem Raddhoa lui aurait même passé son portable afin qu?il parle à ses hommes de loi. Après Le Chaland, il dit avoir été conduit au poste de police de Curepipe.
Le témoin se souvient également que Prem Raddhoa a saisi un fax et un résumé qu?il avait fait sur ce qui s?était passé le 10 mars 2001 au bungalow de Vanessa Lagesse et qui étaient dans sa valise. Il a ensuite pu rentrer chez lui.
A une question de Me Chittoo, le Dr Ménagé dit n?avoir pas porté plainte à la police du mauvais traitement subi entre les mains des hommes de Prem Raddhoa. Il devait toutefois dire, à une autre question de Me Collendavelloo, avoir effectivement porté plainte contre Prem Raddhoa. Celui-ci, dit-il, lui a dit ?Eski to finn al boir sampagn avek bann Tostée ??
Des coussins et un matelas sous le cadavre de Vanessa Lagesse
Nouvel élément apporté hier par le Dr Nicolas Menagé, médecin de la famille Lagesse qui s?est rendu dans le bungalow de Vanessa Lagesse le 10 mars 2001. Il affirme avoir trouvé des coussins et un matelas sous le corps de la styliste dans sa baignoire remplie d?eau.
Le Dr Menagé explique avoir reçu un appel sur son portable le 10 mars 2001 vers 14 h 40. C?est Jeanine Pitot qui l?informe que Vanessa Lagesse tente de se suicider. Il quitte alors l?hôtel Maritim et arrive au bungalow après 15 minutes. Là, il rencontre Léon Pitot, Maurice et Josiane Tostée et un Allemand dont il ne connaît pas le nom. Ce dernier habitait dans le campement des Tostée, situé à l?arrière du bungalow de Vanessa Lagesse. Ces personnes sont à l?intérieur du bungalow, presque toutes dans la salle de séjour. Il dit, en outre, ne pas savoir si le jardinier était présent.
En entrant dans le bungalow par la porte de la cuisine, le témoin dit avoir aperçu Maurice Tostée venant d?une autre chambre. Il confirme qu?avant son arrivée quatre ou cinq personnes avaient déjà eu accès au bungalow. Il affirme que personne ne lui a dit que Vanessa Lagesse était déjà morte. Et c?est quand il est arrivé dans la chambre à coucher qu?on l?a informé qu?elle était dans la salle de bains. Il dit n?avoir pas aperçu de sang dans la chambre à coucher.
Aucune trace de blessures
?Quand je suis allé dans la salle de bains, j?ai découvert le cadavre de Vanessa Lagesse.? Celle-ci, explique le Dr Menagé, était couchée sur son ventre et son bras gauche était suspendu en dehors de la baignoire. Il a aussi trouvé des coussins et un matelas sous elle. Le corps, dit-il, ne flottait pas et il n?a trouvé aucune trace de blessures, dans la position dans laquelle se trouvait la victime. Celle-ci, soutient-il, n?était pas dans la même position que sur les photos qu?il a vues en cour.
A une question de Me Collendavelloo, le témoin souligne que Maurice Tostée a attiré son attention sur le fait qu?il y avait du sang sur le parquet et que tous ceux présents ont pris la précaution de ne pas marcher dessus. Il dit leur avoir ensuite suggéré de rester à l?extérieur. Il affirme également avoir rencontré le Dr Satish Boolell sur les lieux et lui avoir dit qu?il voulait être présent quand il examinerait le corps avant de partir un moment. Mais à son retour, explique-t-il, le cadavre était déjà dans un sac en plastique.
La prochaine audience est fixée au 10 avril 2006.
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