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Le dossier bouclé
Côte à côte dans la vie comme dans la mort. Emy et Jean-François, les fiancés éternels reposent depuis maintenant un an dans la même tombe au cimetière de Bois-Marchand.
Demain, comme cela va être la tradition pendant des années encore, les familles Ng Yueng et Lew Yee Teen convergeront vers le carré blanc pour ne pas oublier les jeunes gens emportés dans la nuit du samedi au dimanche 25 juillet 2004.
Douze mois se sont écoulés sans que les proches et amis des défunts n?aient eu une idée précise de ce qui s?est passé ce soir-là à Grand-Baie. Le couple se trouvait à la table d?un café, entouré d?une bande d?amis quand ils ont trouvé la mort sous les débris de l?immeuble Grand-Baie Store (GBS), soufflé par une terrible explosion.
« Personne n?est venu depuis cette terrible nuit? »
« Nu fine ekrir komiser de polis en desam 2004 pu kone kot lanket ete? Nous avons aussi voulu avoir accès aux différents rapports sur l?accident », lance avec un grand soupir le père de Jean-François, Jean-Noël Lew Yee Teen.
Il devra encore patienter, dit-il, pour connaître la vérité. « Il nous a répondu en février pour nous faire savoir que les documents concernés seront soumis au DPP. » Les souvenirs du drame sont encore très vivaces chez Denise Ng Yueng, la mère d?Emy. Elle a suivi l?évolution de l?enquête policière par les médias et veut connaître, une fois pour toutes, les circonstances de la tragique disparition de sa fille aînée.
« Je ne sais pas qui contacter pour en savoir davantage. Personne n?est venu à notre rencontre depuis cette terrible nuit. Ni la police, ni le propriétaire de Grand-Baie Store qui était pourtant le patron d?Emy. » En accord avec les proches de Jean-François, Denise et son mari Roland ont décidé que toutes les démarches seraient entreprises par ces derniers pour en savoir plus sur l?explosion qui a aussi fait douze blessés.
Un avoué a ainsi été approché pour adresser une deuxième correspondance au chef de la police, Ramanooj Gopalsingh, il y a deux mois, pour des compléments d?informations. En vain.
Des deux côtés, c?est le flou. Ils ne savent plus qui croire. D?abord il y a eu le Forensic Science Laboratory (FSL) qui a fait état de traces de nitroglycérine, ingrédient qui entre dans la composition de la dynamite, sur les lieux du drame.
Puis les experts américains du Federal Bureau of Investigation (FBI) ont évoqué la thèse du gaz. Enfin, les Sud-Africains, approchés par les assureurs du restaurant La Langouste Grisée ont également confirmé la thèse d?une fuite de gaz.
Quoi qu?il en soit, les proches de Jean-François comptent prendre leur mal en patience avant d?approcher le Premier ministre, Navin Ramgoolam, pour éclairer leur lanterne.
« Quand il était leader de l?opposition, il est venu avec des questions pertinentes au Parlement. On attend qu?il soit bien installé avant de prendre rendez-vous avec lui », confie Laurent Law, cousin de Jean-François.
Mais ce que les deux familles ignoraient encore vendredi, c?est que la veille, la Criminal Investigation Division (CID) de Grand-Baie avait bouclé son dossier et l?avait transmis au Directeur des poursuites publiques (DPP).
Les conclusions de l?enquête, dirigée par le surintendant Bala Kamatchi et l?assistant-surintendant de police (ASP) Govinduthsing Bissoon, indiquent que c?est bien le gaz qui est à l?origine de l?explosion de l?immeuble GBS. Ils s?appuient sur le constat des agents du FBI et des experts sud-africains en explosifs, employés par l?assureur de La Langouste Grisée, la Mauritius Union, pour confirmer les causes de l?explosion.
Une valve défectueuse ou une negligence
Pour la police, il ne fait aucun doute que ce sont les conduites de gaz dans la cuisine du restaurant de Benoît Ducray qui sont à l?origine de l?accident. Une valve défectueuse ou une négligence ont sans doute provoqué la destruction du bâtiment qui abritait plusieurs commerces.
Dans les mois à venir, une enquête judiciaire sera ouverte sur la mort de Jean-François et d?Emy devant le tribunal de Mapou. Les détails sur les raisons de la catastrophe seront alors connus.
En avril dernier, au Parlement, le Premier ministre d?alors, Paul Bérenger, avait révélé que cinq rapports avaient atterri sur son bureau, tous relativement divisés sur les causes de la déflagration.
Seul, celui du FSL a attribué la déflagration à la présence d?explosifs dans le couloir menant aux toilettes du restaurant de Benoît Ducray. Le rapport, daté du 23 août 2004, réaffirme la présence de nitroglycérine dans ce corridor.
Le FBI parle, quant à lui, de combustion rapide du gaz après analyse de huit échantillons. Pour les Américains, pourtant habitués aux explosifs, il n?y en a eu aucun dans les décombres de Grand-Baie Store.
Enfin, les spécialistes embauchés par la Mauritius Union indiquent que l?explosion était due à une fuite dans la cuisine. Une autre enquête commandée auprès de Sud-Africains révèle la présence de chlorure et de souffre dans quatre échantillons sur les huit prélevés.
En tout état de cause, la police penche pour la thèse du gaz, car les rapports toxicologiques des échantillons prélevés sur Jean-François et Emy ? dont un deuxième avis a été recherché par la police auprès du service médico-légal sud-africain ? n?ont rien révélé de suspect.
Lorsque GBS a été détruit, des débris ont été projetés sur la plage, une centaine de mètres plus loin. La CID de Grand-Baie, le Central CID, la Major Crime Investigation Team (MCIT) ainsi que les agents du service de renseignements n?ont alors écarté aucune piste, même la plus farfelue.
Ces derniers ont vérifié chacune des allégations entendues. Comme celle sur cet ancien grand commis de l?État ayant un pied à terre sur le Sunset Boulevard et qui, sous l?effet de l?alcool, déversait sa bile contre les noctambules fréquentant l?immeuble GBS, disant qu?il allait « fer eklat » le bâtiment à cause du tapage nocturne.
Rien d?un acte terroriste
Il y avait aussi la présence d?un groupe actif de la capitale qui avait tenu une réunion dans un village proche la nuit précédant le drame. Les enquêteurs ont aussi enquêté sur Benoît Ducray, Pascal Tsin, le propriétaire du GBS, et l?entrepreneur Ajay Beegoo, qui a un magasin à côté, pour savoir « s?ils n?étaient pas visés ».
Il est désormais clair que l?explosion de Grand-Baie n?avait rien d?un acte terroriste. À cette heure-là, GBS était quasiment désert, mis à part la terrasse du café Maï-Taï où la bande d?amis de Jean-François et Emy ont choisi de prendre un verre.
Un engin explosif aurait fait plus de victimes s?il avait été déposé dans des lieux à forte affluence comme la discothèque Stardance ou le Banana Café.
Cela fera un an demain que les deux jeunes gens sont morts. Leurs parents ont dit une messe en leur mémoire, hier, à l?Immaculée Conception. Demain, ils fleuriront leur tombe, signalée par un bout de bois portant des inscriptions chinoises. Dire que cette année, ces deux-là prévoyaient de s?unir pour la vie?
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