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Le débarquement du 6 juin 1944 vu de Maurice
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Le débarquement du 6 juin 1944 vu de Maurice
Les Occidentaux font le maximum, et à juste titre, pour célébrer dignement le 60e anniversaire du débarquement des forces alliées en Normandie, le 6 juin 1944. Les esprits chagrins y verront une occasion opportune pour deux supermenteurs, George Walter Bush et Tony Blair, de se rapprocher du président de la République française, Jacques Chirac et, à travers lui, de l?Allemagne et de la Russie, les locomotives de la réaction anti-occupation militaire anglo-américaine en Irak. Ils veulent ainsi tâcher d?atténuer leurs déconvenues successives en Irak et ailleurs.
Rares seront les observateurs occidentaux à oser faire la comparaison, pourtant fort utile, entre la participation si décisive de l?armée américaine, pendant la Seconde Guerre mondiale, auprès de la résistance européenne aux menées hitlériennes et cette occupation de l?Irak de Saddam Hussein pour essayer, mais en vain, de trouver les fameuses armes toxiques pouvant terroriser la population américaine. Le terrorisme a bon dos et les rares discours de Ben Laden, via vidéo cassettes des plus suspectes, illustrés de photos statiques du résistant No 1 à l?impérialisme américain, sont peut-être des discours de patronage. Ceux-ci ne peuvent que convaincre que des hyper-fanatisés, comparés aux vociférations furieuses et aboyantes du Fuhrer devant des dizaines de milliers de militaires allemands, armés jusqu?aux dents, assez écervelés pour vouloir fondre comme des rapaces sur des peuples, assez pacifiques pour ne pas être obsédés comme eux par le besoin d?un hyper-armement ni par la pureté d?une race par rapport aux autres.
En 1939-45, la mobilisation anti-hitlérienne a un sens et commence même au c?ur de l?Allemagne-Autriche de Sa Fureur Adolf Hitler, sinon dans sa propre armée, réputée invincible, et se répand à travers le monde libre jusqu?à Maurice. Le commandant et Compagnon de la Libération, Maurice Paturau, a calculé que le ratio entre le nombre de Mauriciens résistants, agents secrets parachutés en France, engagés dans les Forces françaises libres (FFL ) et dans les armées britanniques dont la Royal Air Force et la population mauricienne de l?époque est un des plus forts au monde. Cette mobilisation s?imposait et a été, à juste titre, magnifiée et sacralisée par un nombre incalculable de publications, d?études, de recherches, d?archives audiovisuelles, photographiques, cinématographiques, monuments commémoratifs, musées, cérémonies annuelles du souvenir, de mémorials. Ce devoir de mémoire s?accomplit pieusement dans la plupart des pays concernés par cette libéralisation de jolie hitlérienne. Il s?agit d?un devoir de mémoire qui se renouvelle d?année en année. Et le faste annoncé pour la célébration du 60e anniversaire du 6 juin 1944 en fait foi.
Ce devoir de mémoire se perpétuera-t-il au-delà de la mort du dernier ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale ? Il faut l?espérer. Le souvenir de la Première Guerre mondiale commence, en effet, à s?estomper. Les guerres antérieures à la Grande Guerre, prétendument devoir être la Der des Ders, n?intéressent plus que les historiens et ceux que l?Histoire de l?Humanité passionne, sauf quand des écrivains et des cinéastes talentueux parviennent à les ramener au niveau de notre conscience et de notre mémoire collectives.
L?on peut déjà arguer que le souvenir des guerres française et américaine en Indochine, la guerre française en Algérie et même la guerre américaine en Corée ne parviennent pas à susciter un devoir de mémoire comparable à celui de la Seconde Guerre mondiale. Il est vrai que, dans ces cas, les libérateurs d?hier deviennent des néo-occupants et reprennent bien tristement l?infamant rôle usurpateur de souveraineté nationale de la Wehrmacht hitlérienne. Et s?il n?y avait qu?une simple occupation militaire ? L?on ne peut oublier les tortionnaires français et américains en Algérie, au Viêt-nam, en Irak, utilisant à nouveau les atrocités de la tristement célèbre Gestapo de Hitler et de Himmler. Le devoir de mémoire passe aussi et surtout dans les anciens camps de concentration et autres champs des martyrs.
Nous devons nous unir en esprit à ce 60e anniversaire. Il ne faut toutefois pas oublier que ce débarquement du 6 juin 1944 est précédé et, dans un sens, rendu possible par les formidables avancées de l?armée russe sur le front oriental et des forces alliées sur le front Sud. Nous n?avons pas le droit de commémorer le débarquement du 6 juin 1944, sans avoir une pensée émue pour les Mauriciens tombés au champ d?honneur en Afrique du Nord, en Sardaigne, en Italie ou ayant combattu dans les rangs des Forces Alliées pour chasser les Allemands d?Adolf Hitler et les Italiens de Benito Mussolini de ces territoires. Nous n?avons pas le droit d?oublier que si les cloches des églises catholiques carillonnent en ce 11 juin, 1944, tandis que montent devant les autels les accents des Te Deum (pour remercier Dieu de n?avoir pas accepté l?invitation du camp adverse, Malcolm de Chazal dixit) ce n?est pas pour célébrer le débarquement allié en Normandie mais pour ?fêter la délivrance de Rome, où les Alliés (pionniers mauriciens compris) sont entrés le dimanche 4 juin 1944?.
Il y aurait tant de choses à dire concernant le contexte entourant le vécu à Maurice de l?annonce du débarquement allié en Normandie. Commençons par feuilleter dans la Feuille Commune de ce jour, comprenant Le Cernéen, Le Mauricien et Advance, pour découvrir de quelle manière les Mauriciens apprennent, à l?époque, ce débarquement.
<B>Le combat engagé</B>
Curieusement, en ce 6 juin 1944, c?est à travers l?Agence allemande d?information que les Mauriciens apprennent que l?invasion de l?Europe commence. La Feuille Commune précise que la radio de Londres cite cette information sans la confirmer. D?après l?agence allemande, l??invasion? commence par le débarquement de parachutistes anglo-américains à l?embouchure de la Seine. Les forces navales allemandes engagent le combat avec les barges de débarquement alliées. La Feuille Commune rapporte que le haut commandement allié exhorte la population des régions côtières occidentales à évacuer immédiatement une région de 35 km des côtes. Elle précise enfin que, en Italie, la 5e armée américaine poursuit son avance au-delà de Rome et franchit le Tibre. Le roi Victor-Emmanuel transmet ses pouvoirs au prince Humbert.
C?est en Stop-Press, au bas de la Feuille Commune du 6.6.1944, que ce journal publie un communiqué émanant du quartier général du corps expéditionnaire allié et annonçant ceci : ?Sous le commandement du général Eisenhower, les forces navales alliées, appuyées par de puissantes formations aériennes, commencent à débarquer ce matin sur la côte nord de la France?.
Que peut-on déduire de ces premières informations ? Il ne faut pas sous-estimer les risques d?une manipulation de l?information à l?échelle mondiale de la part de l?Agence allemande. Manipulation ou informations erronées, elle privilégie en tout cas une ?invasion? anti-allemande ?dans la région de l?embouchure de la Seine?, précisant que le Havre est violemment bombardé. Le débarquement comprend l?embouchure de la Seine mais aussi la côte Est de Normandie, soit vers Fécamp, Dieppe et le Tréport et donc en direction opposée à celle de Ouistreham, Arromanches, Sainte-Mère-l?Eglise où a lieu le véritable débarquement. L?on sait que les Alliés ont tout fait pour faire accroire aux Allemands que le débarquement aurait lieu sur les côtes du Pas-de-Calais. Cette manipulation de l?information est renforcée par un bombardement massif de Calais et de Dunkerque. La veille, pourtant, un communiqué allié fait état de bombardement de la côte française du département de la Manche.
Le Stop-Press n?est pas plus explicite puisque le communiqué fait état de débarquement sur la côte Nord de la France. Plutôt vague comme précision.
La Feuille Commune du mercredi 7 juin 1944 titre plus triomphalement : ?Les troupes alliées débarquent sur la côte française entre Le Havre et Cherbourg et avancent sur plusieurs kilomètres à l?intérieur.? De violents combats à Caen à 16 km de la côte. Le général Montgomery dirige les troupes d?assaut alliées. Berlin estime le front des Alliés en France s?étend sur une distance de 384 km et comprend ? (comprenne qui pourra) la région de Calais et de Dunkerque. Les troupes d? ?invasion? disposent de 11 000 avions. Winston Churchill annonce que les opérations en France se développeront avec intensité et avec ampleur pendant plusieurs semaines. Il est accueilli par des applaudissements tumultueux aux Communes. Il parle longuement de la progression des Alliés en Italie. ?J?ai aussi à annoncer que cette nuit et ce matin le premier d?une série de débarquement sur le continent européen (NDLR : sans plus de précision) s?est effectué (longs applaudissements). Une immense armada de 4 000 bateaux et de plusieurs milliers de petites embarcations a franchi la Manche?.
On n?y trouve aucun signe de réjouissance et de volonté de célébrer le commencement de ce débarquement à Maurice. Il faut, peut-être, mettre cela sur le compte de la vive incertitude prévalant alors et ne permettant à personne d?augurer un succès certain de l?offensive alliée sur les côtes normandes.
On cherche en vain dans les autres livraisons de juin 1944 de la Feuille Commune les moindres traces d?une quelconque célébration du débarquement du 6 juin 1944. En revanche, la libération de Paris, le 23 août suivant, donne lieu à des transports de joie spontanés. Port-Louis pavoise aussitôt. Bâtiments publics et commerciaux, résidences particulières se couvrent de drapeaux des nations alliées. La cathédrale Saint-Louis carillonne après l?angélus du soir. On met autant d?entrain à carillonner que pour la libération de Rome. La Saint-Louis se célèbre dans une atmosphère d?allégresse générale.
Mais on n?en est pas encore là. Le 6 juin 1944 et les jours suivants, les esprits peuvent être préoccupés par le compte rendu détaillé de l?exercice ?canne à sucre? avec attaque de la Réunion, incendie de la ville de Saint-Pierre, convoi attaqué au large de Rodrigues, bombardement de Port-Louis, engagement guerrier sur la colline d?Alma etc. Un exercice troublant sur lequel nous reviendrons lundi prochain.
<I>?On n?y trouve aucun signe de réjouissance et de volonté de célébrer le commencement de ce débarquement à Maurice. Il faut, peut-être, mettre cela sur le compte de la vive incertitude prévalant alors et ne permettant à personne d?augurer un succès certain de l?offensive alliée sur les côtes normandes.?</I>
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