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Le couple Chetty parle de son avenir

20 novembre 2004, 00:00

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?<B>Antoine Chetty, à quel point le terme de «suspect repenti» s?applique à vous ? </B>

? A. C. : Le terme n?est pas incorrect. Je me repens. Je regrette ces actes violents. C?est la raison pour laquelle je n?ai pas arrêté de dire que je suis désolé.

?<B>Quand vous racontez ces horreurs passées, le faites-vous mécaniquement ou bien avez-vous des remords ? </B>

? A. C. : Comme je vous l?ai dit, j?ai des remords. Il faut bien comprendre une chose. J?étais employé par Vinay Deelchand; j?étais son garde du corps. Et le rôle d?un garde du corps c?est de protéger les intérêts de celui qu?il est censé protéger. Je ne faisais qu?exécuter les ordres.

? A. L. : Dans la majorité des cas d?extorsion, Antoine ne connaissait pas vraiment les dessous de l?affaire. Je vous donne un exemple ? l?affaire Calou. Il ne savait pas que le contrat était frauduleux. On lui avait demandé d?intimider la personne parce qu?elle avait nui à Deelchand. C?est ce qu?il a fait. C?est pourquoi il a demandé pardon à Calou. Antoine était comme un robot. Quel est le rôle d?un garde du corps ? De protéger son patron. Pas de le questionner.

?<B>Et pourquoi, aujourd?hui, subitement, Antoine Chetty veut tout raconter ? </B>

? A. C. : Je savais que c?était fini pour moi, que j?allais en prison. Et je voulais mettre une fin à cette mafia.

? A. L. : Vous savez, Antoine n?a pas fait que du tort aux gens. Il a beaucoup aidé les pauvres financièrement. Il les protégeait aussi. Antoine savait comment les choses se passaient avec Deelchand. Si lui était mis hors circuit, on aurait recruté d?autres personnes pour faire le travail. Il a donc décidé qu?il était temps de mettre fin à tout cela et mettre ces gens dangereux hors d?état de nuire. Si ce n?était pas lui, ça allait être quelqu?un d?autre.

?<B> Que s?est-il passé avec Deelchand ? Vous ne vous entendiez plus avec lui ? </B>

? A. C. : Pas du tout. Nous avions de bonnes relations. Sinon, il ne m?aurait pas laissé le colis pour garder avant qu?il ne quitte le pays.

?<B>Donc, vous dites qu?il ne vous a pas «piégé» ?

? A. C. : Non. Enfin je ne pense pas, je ne sais pas.

?<B>Dites-nous, pourquoi recherchez-vous l?immunité ? </B>

? A. C. : Ecoutez, je sais beaucoup de choses, j?ai des informations que la police n?a pas. Si j?aide la police, je veux des garanties qu?il n?y aura pas de répercussions.

?<B> Soit vous voulez aider ou vous ne voulez pas aider !</B>

? A. C. : Bien sûr que je veux aider la police. Je l?ai d?ailleurs déjà fait. Mais je ne suis pas un saint non plus. J?ai une femme et une fille qui ont besoin de moi et je ne vais pas passer le reste de ma vie en prison.

? A. L. : Si cela ne tenait qu?à moi, Antoine ne parlerait plus. Au moins lui, il est en sécurité en prison. J?ai peur pour ma fille et moi? plus Antoine parlera, plus nous serons vulnérables.

?<B> Mais vous êtes protégée par la police ? C?est du moins ce que l?on a annoncé en cour?</B>

? A. L. : Avant c?est vrai qu?il y avait des patrouilles chaque heure mais il faut dire que, depuis qu?Antoine a recommencé à parler, il n?y a rien. Des fois quand j?entends du bruit le soir et que j?appelle le poste de police, ils prennent au moins 45 minutes pour venir. Je vis dans la peur.

?<B> Vous êtes conscient des sentiments de votre compagne ? </B>

? A. C. : Bien sûr et je suis très inquiet. Et, là où je suis, je me sens totalement impuissant. Je ne peux pas les protéger. Et j?ai fait une demande pour qu?une sentinelle soit postée devant la maison pour protéger Anju.

? A. L. : Il le sait. D?ailleurs, en cour jeudi, il me l?a dit, il l?a dit à l?inspecteur Tuyau. Il m?a dit qu?il fallait être plus vigilant puisque les choses sérieuses ont commencé. Il m?a même demandé de ne pas sortir de la maison puisqu?il sait comment ces gens fonctionnent. Et j?ai même commencé à recevoir des SMS anonymes de gens qui connaissent tous mes mouvements. Vous trouvez cela normal, vous ?

?<B>Quelque part, cela ne vous fait-il pas rire de voir une police aussi incompétente que la nôtre ? Que si vous, Antoine Chetty, arrêtez vos révélations, beaucoup de crimes ne seront pas résolus ? </B>

? A. C. : Ce n?est pas de l?incompétence. C?est plutôt que les policiers à l?époque étaient? bien nourris. D?ailleurs beaucoup d?affaires avaient déjà été classées.

?<B>Quand vous exécutiez les ordres de Deelchand et consorts, vous saviez donc que vous pouviez agir en toute impunité ? </B>

? A. C. : Oui. Deelchand s?occupait de tout. La preuve, on ne s?est jamais fait prendre. Même quand il y avait des problèmes d?ailleurs, ils ont été rapidement réglés.

?<B>Je ne comprends pas. Comment se fait-il que Vinay Deelchand jouissait d?autant de protection ??</B>

? A. C. : Il avait ses contacts?

?<B>Vous êtes vous-même père de famille. N?avez-vous jamais songé au mal que vous faisiez aux autres ? </B>

? A. C. : Oui. Mais j?étais, avant tout, le bras droit de Deelchand. J?étais payé pour le protéger. Et cela devait primer sur tout autre chose.

? A. L. : Bien sûr qu?il a une conscience. Malgré le fait qu?il avait un travail à faire, cela ne lui faisait pas plaisir de battre des gens. C?était une question de les intimider. Je vous ferai remarquer, que malgré les ordres d?assassinat, Antoine n?a jamais tué qui que ce soit. Antoine est très sensible. Je suppose que c?était sa façon à lui de le montrer quand il refusait de tuer.

?<B>Dormez-vous tranquillement le soir, Antoine Chetty ? </B>

? A. C. : Non. Je ne suis pas tranquille. Je me fais du souci pour ma famille, mes conditions de détention sont exécrables, la nourriture est immonde. Et je ne dors pas.

? A. L. : Vous savez qu?il n?a même pas le droit de sortir de sa cellule ?

?<B>Mais c?est pour sa protection ? </B>

? A. L. : C?est ce que l?on dit mais cela a un effet psychologique. Il est très bouleversé.

?<B>Il pense que c?est fait exprès, pour l?empêcher de parler ? </B>

? A. L. : C?est du moins ce qu?il pensait à un moment. Que c?était une façon de le torturer psychologiquement. Mais je ne sais vraiment plus.

? <B>Comprenez-vous que vous n?avez pas la sympathie des gens ? Qu?il y a un sentiment de colère, presque ? </B>

? A. C. : Oui. Je sais que les gens voient en moi un criminel et qu?il n?y a pas beaucoup de sympathie. Mais la nature même de mon travail était ainsi.

?<B> Est-ce que cela vous dérange que les gens voient en vous un criminel ? </B>

? A. C. : Oui. Parce, qu?au fond, je ne suis pas comme cela. Cela dit, je suis conscient de mes erreurs et je demande pardon à ceux à qui j?ai fait du mal.

? A. L. : Vous savez les gens font des erreurs dans leur vie mais il faut aussi qu?ils puissent faire leur mea culpa et dire «je veux devenir une meilleure personne». Il faut que la société permette cela.

?<B> Qu?espère Antoine de la vie, de la justice de son pays, aujourd?hui ? </B>

? A. L. : Qu?il a la clémence de la justice. Il a trouvé le jugement de jeudi assez conséquent. Il a une fille de 4 ans qu?il aime profondément. Il aurait voulu la voir grandir.

?<B>Et vous-même, Anju Lallah, quelles sont vos attentes ? </B>

? A. L. : Je n?ai pas d?attentes. Je suis effondrée par la sévérité du jugement. Je n?ai jamais travaillé de ma vie et cela fait trois mois que je cherche du travail. Mais, dès qu?on entend mon nom, on a peur. Comment vais-je faire pour nourrir ma fille ? On ne prend pas ces choses-là en considération ? C?est cela la justice ?

?<B> Cela fait sept mois que vous êtes séparée de celui que vous appelez votre mari. Comment avez-vous vécu ces sept mois ? </B>

? A. L. : Sans mon mari ? Très dur. Le regard des autres, son absence, les problèmes financiers?

?<B>Vous êtes en colère contre Antoine ? </B>

? A. L. : En colère, non. Je l?aime et il n?y a rien à pardonner mais, quelque part, peut-être en colère avec nous-mêmes, que nous nous sommes laissés embobiner.

?<B>Vous avez des regrets ? </B>

? A. L. : Peut-être de ne pas avoir pu l?aider, ne pas avoir pu le sortir de cette vie?

«Je suis effondrée par la sévérité du jugement. Je n?ai jamais travaillé de ma vie et cela fait trois mois que je cherche du travail. Mais, dès qu?on entend mon nom, on a peur.»

« Bien sûr que je veux aider la police. Je l?ai d?ailleurs déjà fait. Mais je ne suis pas un saint. J?ai une femme et une fille qui ont besoin de moi et je ne vais pas passer le reste de ma vie en prison.»

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