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Le coup de poker de Paul Bérenger

5 mars 2006, 00:00

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Qu?est-ce qui a bien pu pousser Paul Bérenger à vouloir déposer sa veste de leader de l?opposition ? Est-ce un simple coup de poker de sa part pour influencer la décision au sein du Mouvement socialiste militant (MSM) en ce qui concerne la tenue d?un meeting conjoint pour la fête du Travail, ou est-ce bien plus pour forcer le parti à se choisir un leader autre que Pravind Jugnauth ?

Quoi qu?il en soit, la menace de Paul Bérenger de déposer son tablier de chef de file de l?opposition parlementaire a mis l?opposition en émoi alors que l?on s?y attendait le moins. À trois semaines de la reprise des travaux parlementaires, les yeux étaient braqués sur le Parti mauricien social-démocrate (PMSD). Maurice Allet, le leader de ce parti, a laissé comprendre qu?il serait disposé à se joindre au gouvernement. Il attend probablement de trouver la bonne parade pour justifier un changement de camp. « Si le PMSD reste dans l?opposition, il est évident que Paul Bérenger aura notre soutien », a-t-il précisé hier (voir hors-texte). Un « si » qui en dit cependant long.

L?intention de Paul Bérenger de libérer le fauteuil de leader de l?opposition a été ébruitée en milieu de semaine. Le leader du Mouvement militant mauricien (MMM) et celui du MSM s?étaient rencontrés lundi. Paul Bérenger affirme que les deux n?ont parlé que de célébration de la fête du Travail. À une précédente rencontre tenue au début de février, avant le départ de Paul Bérenger pour Haïti, le MMM avait souhaité que les deux partis soient, le 1er mai, sur la même estrade, mais le leader du MSM est d?un tout autre avis et l?a réitéré à la réunion de lundi.

« Au MMM nous pensons que ce serait préférable, dans la conjoncture actuelle, d?avoir un seul et unique rassemblement des partisans de l?opposition pour le 1er mai plutôt que de disperser nos forces et d?accorder en quelque sorte un breathing space au gouvernement. Nou pe avoye ene mauvais signal alors ki nou ti bizoin mobilise », a avancé hier Paul Bérenger, lors de son point de presse.

Ce ne sera plus « business as usual »

Le leader du MMM a de plus affirmé qu?il n?y a eu qu?un seul et unique thème à l?agenda de la réunion de lundi. Or, certaines sources proches du MSM prétendent qu?il a aussi été question d?une nouvelle configuration de l?opposition. Ces mêmes sources affirment qu?une des propositions avancées par Paul Bérenger aurait mis Pravind Jugnauth hors de ses gonds.

À en croire Paul Bérenger, il n?en fallait pas plus que le refus de Pravind Jugnauth concernant un meeting conjoint pour qu?il se sente « bien blessé » et pour que l?entente entre les deux partis ne prenne un sale coup.

Au point où le leader des mauves a ajouté, hier, que les relations entre les deux groupes parlementaires risquent de ne plus être aussi cordiales, et que « ce ne sera plus business as usual ».

Toujours est-il que devant la position affichée par Pravind Jugnauth, le leader du MMM a décidé en milieu de semaine de déposer son tablier de leader de l?opposition « sur une question de principe et compte tenu de l?imminent départ du PMSD des bancs de l?opposition ». Comme à son habitude, il s?est gardé d?en discuter au sein des instances de son parti avant qu?un tel projet ne gagne la place publique.

Si bien que lorsque la nouvelle éclate, elle prend plus d?un de court. À commencer par les gens de son entourage immédiat. « I am as puzzled as you », confie en effet Jayen Cuttaree, son bras droit et colistier de longue date à Rose-Hill ? Stanley.

Chez le MSM, la surprise est encore plus grande. Pravind Jugnauth s?est empressé de préciser publiquement que le MSM n?a nulle intention de réclamer le fauteuil de leader de l?opposition pour un des siens.

« On n?en a jamais parlé, que ce soit pour le poste de leader de l?opposition ou celui de président du Public Accounts Committee (Pac) », confie pour sa part Nando Bodha, secrétaire général et leader du groupe parlementaire de ce parti. « Nous avons été unanimes à confier le poste de leader de l?opposition à Paul Bérenger. Nous sommes tous d?accord sur le fait que notre principal adversaire demeure Navin Ramgoolam et que ni le MSM ni le MMM n?ont l?intention d?intégrer le gouvernement », ajoute-t-il.

Mais à bien tendre l?oreille, on s?aperçoit que, depuis quelque temps déjà, l?entente entre ces deux partis n?est pas aussi imperméable que du temps où ils partageaient le pouvoir, et que les récriminations mutuelles ne manquent pas. Pour nombre d?observateurs, le refus du MSM d?être sur la même plateforme que les mauves à l?occasion de la fête du Travail n?est qu?un grain de sable de plus dans l?engrenage. En effet, depuis la défaite aux élections générales de juillet dernier, les mauves ne cessent de reprocher au MSM de n?avoir pas fait le poids en milieu rural contre les travaillistes. Ils regrettent, après coup, d?avoir été trop flexibles lors de la répartition des investitures.

Au Sun Trust Building, les reproches ne manquent pas non plus. On attribue la défaite aux dernières législatives à la personne de Paul Bérenger. « Il était évident au lendemain même de la partielle de Piton-Rivière-du-Rempart que, dans sa majorité, l?électorat n?est pas encore prêt à élire un Premier ministre non hindou, mais la direction du MMM n?a rien voulu entendre et a insisté pour que Bérenger sollicite le renouvellement de son mandat », explique un député du MSM.

Mais en dépit de ces reproches lancés ici et là, ceux qui ont appris à décrypter les faits et gestes de Paul Bérenger pensent, pour leur part, que le leader du MMM a déjà fait une croix sur l?éventualité que les deux partis se présentent aux prochaines élections avec Pravind Jugnauth comme chef de file. Ils sont nombreux à penser que le leader du MMM a déjà quelqu?un d?autre dans son collimateur en la personne d?Ashock Jugnauth. Et que son projet de présenter sa démission comme leader de l?opposition au profit d?un élu du MSM n?est qu?un pion dans la stratégie qu?il est en train de mijoter.

En effet, puisque Pravind Jugnauth ne siège plus au Parlement, et si Paul Bérenger reste sur sa position, le MSM serait contraint de nommer quelqu?un d?autre à ce poste constitutionnel pour les quatre ans à venir. Et, une fois installée au fauteuil de leader de l?opposition, cette personne sera de facto en position de force lorsque viendra le moment de désigner un chef de file pour la prochaine bataille législative.

Tout n?est pas encore joué

Pour l?heure, le groupe parlementaire du MSM est dirigé par Nando Bodha. Mais une aile de ce parti serait favorable à la candidature d?Ashock Jugnauth au poste de leader de l?opposition. Un tel choix ne manquera pas de réjouir le MMM. Paul Bérenger l?a d?ailleurs avoué hier. « Si MSM choisir Ashock Jugnauth nou pas ti pou kont ditout. » Et, aux dires d?un cacique du MMM, la montée en grade d?Ashock Jugnauth « remplacerait du même coup le tandem Paul Bérenger-Pravind Jugnauth qui avait brigué, sans succès, un nouveau mandat à l?israélienne lors du dernier scrutin législatif ».

Mais en politique, une semaine est souvent très longue. Et à analyser les différentes réponses faites hier à la presse par Paul Bérenger, il semblerait que tout n?est pas encore joué. Le leader du MMM a en effet, indiqué qu?il se propose de se rendre à la State House, demain ou mardi, pour présenter sa démission comme leader de l?opposition. Il appartiendra ensuite au président d?offrir le poste à quelqu?un du MSM, car ce parti dispose de 12 voix au Parlement. Mais si en fin de compte le MSM refuse, Paul Bérenger restera en poste « avec une nouvelle légitimité ».

Avec tant de si, on mettrait Paris en bouteille. Une chose est cependant sûre : l?entente entre Paul Bérenger et Pravind Jugnauth a pris cette semaine du plomb dans l?aile.

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