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?Le consommateur est devenu plus intelligent et plus prudent?

13 décembre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B> Comment se porte la consommation actuellement ? </B>

Elle est assez morose depuis ces derniers mois. Il y a eu un regain d?activité à la fin de novembre mais cela n?a pas duré. Je pense que les consommateurs sont en attente. Ce n?est pas la grande foule maintenant mais je crois qu?il y aura un rush à la fin de l?année.

Le consommateur est devenu plus intelligent. Il attend les dernières brochures des grandes surfaces pour faire des bonnes affaires.

La morosité des ventes ces derniers mois pourrait indiquer que les Mauriciens ont épargné davantage. De ce fait, on peut s?attendre à une consommation accrue pour les fêtes de fin d?année.

● <B> Il y a une tendance qui se dessine au fil des ans. Le Mauricien attend la dernière minute pour faire ses achats ?</B>

C?est vrai. Le Mauricien attend la dernière minute pour profiter des meilleures offres. Mon sentiment est que cette année, les achats de fin d?année vont être davantage retardés. La veille de Noël, soit le 24 décembre, sera un samedi. Beaucoup de gens vont se dire qu?ils auront toute cette journée pour faire leur shopping. Je prévois une grosse journée dans le commerce ce jour-là. Ce phénomène se répétera le 31 décembre qui sera également un samedi.

Je conseille aux consommateurs d?éviter les queues, les ruptures de stock et l?inconfort des magasins bondés en faisant leurs achats dès ce week-end.

● <B> Que représente décembre en termes de chiffre d?affaires pour les grandes surfaces ? </B>

Décembre représente en général deux mois de chiffre d?affaires. C?est la pleine saison. Mais ce ne sont évidemment pas les mêmes produits qui se vendent. Les gens ne consomment pas deux fois plus de lait parce que c?est décembre. La période de fin d?année, c?est plus d?alimentation, d?alcool, de jouets et de produits festifs.

● <B> On dit que le pouvoir d?achat des Mauriciens a diminué. êtes-vous d?accord ? </B>

Sincèrement non. Il y a beaucoup de ménages qui ont tiré bénéfice de la gratuité du transport public. Il a été dit que cette mesure représente une dépense de Rs 600 millions pour l?état. C?est donc autant d?argent ? soit Rs 50 millions par mois ? qui a été injecté dans l?économie.

Il n?y a pas de baisse notable du pouvoir d?achat. Mais par contre, les Mauriciens sont plus prudents. Avec toutes les mauvaises nouvelles qui tombent sur le plan économique, ils ont plus peur de l?avenir. Leur priorité, c?est l?éducation de leurs enfants et leur famille. La prudence a repris le dessus.

● <B> La chasse systématique aux promotions indique pourtant une propension à économiser parce qu?il y a moins d?argent disponible pour la consommation?</B>

Il y a effectivement une flopée de brochures émises par les grandes surfaces. Face à cette offre, les Mauriciens qui sont de plus en plus motorisés, peuvent effectivement faire la chasse aux promotions. Les consommateurs sont gâtés et veulent consommer intelligemment.

● <B> On a assisté ces dernières années à une concentration dans l?industrie de la grande distribution avec l?arrivée des grandes surfaces. Jusqu?où ce processus peut-il aller ? </B>

Je n?appellerais pas cela une concentration mais plutôt une modernisation. Maurice a suivi la tendance mondiale avec une dizaine d?années de retard. Il y a aujourd?hui plusieurs groupes de grands détaillants avec des parts de marché relativement modeste. Nous sommes tous des petits opérateurs comparativement à la taille des grands opérateurs dans les pays développés.

Aujourd?hui je dirais que plus ou moins 50 % du marché est occupé par les détaillants modernes et le reste se retrouve dans les boutiques, tabagies, bazars et autres commerces traditionnels.

À la Réunion, 90 % du commerce se fait chez ce que j?appelle le commerce moderne au détail.

À Maurice la boutique du quartier a joué et continue à être un lieu de rencontre sans oublier les facilités de crédit qu?elle offre. Elle a donc toujours un avenir. Mais je crois qu?elle doit faire un effort pour s?améliorer afin d?attirer plus de consommateurs grâce à un meilleur confort d?achat.

● <B> Et quel est l?avenir des grandes surfaces ? </B>

Il y a un coup d?arrêt à l?expansion de la grande surface. L?ouverture d?une grande surface représente un investissement conséquent. Certains grands groupes engagés dans ce domaine subissent des pertes. Il n?y a qu?à voir le Top 100 pour s?en rendre compte.

Tous les opérateurs potentiels sont en attente des perspectives de l?économie nationale. Il y a des projets qui ont été mis en attente avec la multiplication de mauvaises nouvelles concernant l?avenir économique.

La réintroduction du contrôle des prix force les opérateurs à remettre en question les nouveaux projets dans ce secteur.

Il faut admettre que la modernisation du commerce au détail a donné lieu à une guerre des prix sans précédent qui a profité à l?ensemble des consommateurs.

● <B> Si je me fais l?avocat du diable, je vous dirais que le contrôle des prix n?a été réintroduit que sur le lait et d?autres conserves. En quoi cela gêne-t-il les grandes surfaces ? </B>

Le fait de tuer la concurrence tue automatiquement les forces du marché. Le contrôle des prix impose des marges déraisonnables qui ne tiennent pas en considération les coûts réels, comme les coûts d?empaquetage dans le cas du lait en poudre.

Le gouvernement voulait sans doute aider les classes défavorisées avec des prix moins chers, un objectif que je ne peux qu?approuver. Mais cela s?est fait sans aucune consultation avec les opérateurs.

Si on suit la même logique, le gouvernement devrait également intervenir quand la pomme d?amour se vend à Rs 50 le demi-kilo !

Sans connaître vraiment la complexité du dossier, le gouvernement a voulu importer du lait, supposément à moins cher, et il se rend compte finalement que les prix pratiqués par les importateurs n?étaient pas si déraisonnables qu?on a voulu le faire croire.

<I>?Si on suit la même logique, le gouvernement devrait également intervenir quand la pomme d?amour se vend à Rs 50 le demi-kilo !?

Résultat des courses : il y a des marques de lait qui vont disparaître et on risque de connaître des pénuries. Si le gouvernement voulait vendre du lait à moins cher aux classes défavorisées, il aurait pu subventionner le prix du lait. Il se rend compte aujourd?hui qu?il n?y a pas de sources d?approvisionnement à moins cher que ce qui existait déjà. Il y a de la concurrence pour le lait comme pour tout autre produit, il faut la laisser jouer.

Il faut quand même comprendre que tout commerçant ne peut accepter de vendre à perte. Avec la marge imposée au détaillant sur la vente de lait, il suffit qu?un client règle par carte de crédit et qu?il prenne un sac en plastique pour qu?un kilo de lait vendu le soit à perte.

Aujourd?hui les multinationales sont vraiment déçues. Et si elles décident que Maurice n?est plus un marché rémunérateur, on aura du mal à s?approvisionner.

● <B> Une des facettes les plus critiquées avec la concentration des grandes surfaces est que celles-ci profiteraient de leur position dominante pour imposer des conditions difficiles aux importateurs et producteurs locaux. Qu?en est-il en réalité ? </B>

Je récuse encore une fois le terme de concentration auquel je préfère celui de la modernisation. Le commerce de détail moderne exige des investissements massifs. Les grandes surfaces sont des outils qui permettent aux importateurs et producteurs de distribuer leurs produits dans des conditions optimales. Cette grande distribution moderne a permis d?ouvrir le marché pour ces importateurs et producteurs.

On ne peut pas se plaindre. Nous avons investi pour permettre à leurs produits d?avoir les meilleures chances de se vendre. Tout ce qu?on demande en retour, c?est une participation aux coûts directs de mise en valeur de leurs produits. Nous leur demandons une participation raisonnable par rapport aux réalités du marché.

Il y a quelques années de cela, il y a effectivement eu des grincements de dents ici et là mais la situation s?est assainie et la relation est maintenant beaucoup plus harmonieuse.

Par ailleurs, il faut dire aussi qu?il y a des importateurs et producteurs qui demandent régulièrement de mettre leurs produits plus en valeur par rapport à leurs concurrents. C?est tout simplement le jeu de la concurrence.

Propos recueillis par <B> Stéphane SAMINADEN</B>

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