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Le compte n?est pas bon

1 avril 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

L?euphorie qui régnait dans le secteur touristique depuis quelques mois est retombée d?un coup. Finies les envolées autour de la performance et des taux de remplissage « exceptionnels » de fin 2006 et début 2007. Désor-mais, l?heure est aux comptes et chacun y va de son petit calcul. On se demande comment la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) va promouvoir, de manière efficace, la destination Maurice avec Rs 140 à Rs 150 millions en moins sur son budget qui a, depuis quel-ques années, été porté à Rs 300 millions.

Les avis sont plutôt partagés au sein de l?industrie. Tandis que les uns s?inquiètent de l?effet que cette baisse pourrait avoir sur la promotion de la destination, et donc, sur la croissance des arrivées touristiques, d?autres admettent volontiers que les hôteliers, compagnies aériennes et autres tour-opérateurs continueront à faire la promotion de Maurice, assurant du même coup la croissance du secteur.

Des questions se posent

Déjà à la MTPA, la parade à la coupe budgétaire semble avoir été trouvée. Ce sont les bureaux de Paris et de Londres qui devraient être sacrifiés. En attendant que les opérateurs du tourisme et du secteur bancaire ne contribuent, exceptionnellement et comme demandé par le gouvernement, au financement du budget de la MTPA pour cette année.

Ainsi, durant la semaine écoulée, des rencontres ont eu lieu entre des représentants du ministère des Finances et l?Asso-ciation des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (Ahrim), Air Mauritius, ainsi que d?autres représentants du secteur privé. L?objectif est clair : permettre à la MTPA, dans la mesure du possible, de bénéficier d?un budget aussi proche de ses Rs 300 millions initialement prévues.

Mais entre-temps, des questions se posent quant à la justesse de la fermeture des bureaux de la MTPA à l?étranger, surtout en France, principal marché pour Maurice. « La MTPA ne s?occupe que de la visibilité de Maurice comme destination, alors que les autres opérateurs font la promotion de leurs propres établissements. La MTPA s?associe souvent aux autres opérateurs pour leurs campagnes, mais c?est inimaginable qu?un de ces opérateurs fasse quelque chose comme, par exemple, la promotion dans les métros parisiens », explique Patrice Legris, Chief Executive Officer de l?Ahrim.

Beachcomber, le groupe Sun ou Naïade, par exemple, organisent eux-mêmes leurs campagnes de promotion sur les marchés qu?ils convoitent. Une facilité dont ne bénéficient toutefois pas les petits hôtels du pays, faute de moyens. « Il faut savoir que 25 % à 35 % des touristes ne vont pas dans les grands hôtels, et ce sont ces établissements qui seront les plus touchés », estime Patrice Legris.

Une manne pour les petits hôteliers

Un avis que ne partage pas nécessairement Bissoon Mungroo, le président de l?Association des hôtels de charme. Con-trairement à Patrice Legris, il pense plutôt que la MTPA n?a pas vraiment fait grand-chose pour la petite hôtellerie du pays en termes de promotion. Et il fustige la gestion de l?organisme. « On dit que nous allons souffrir. Mais combien de millions de roupies de la MPTA vont dans la promotion de Maurice pour des spots publicitaires à l?étranger ou même pour inviter des journalistes dans des moyens et petits hôtels ? Ils viennent, c?est vrai, mais sont encadrés dans les grands hôtels. Il ne faut pas croire que les touristes qui viennent à Maurice sont tous des millionnaires. »

Pour les petits hôteliers, lignes aé-riennes et tour-opérateurs s?avèrent de meilleurs alliés. Ainsi, Bissoon Mungroo explique volontiers que l?arrivée de la compagnie Corsair à Maurice représente une véritable manne pour les petits hôtels. Car ce deuxième opérateur français, qui ne transporte pas qu?une clientèle aisée, ramène nombre de touristes vers les petits hôtels qui profitent du manque de place dans les grands établissements.

Mais complémentarité ou pas, la question demeure. Amputée de la moitié de son budget, comment la MPTA va-t-elle garder sa cadence de promotion ? Per-sonne n?a vraiment de réponse définie. Aux Finances, on indique qu?Air Mauri-tius et certains hôteliers ont promis de « donner un coup de main ». Mais en attendant, l?inquiétude règne. « Récemment, malgré le chikungunya, l?industrie du tourisme a connu une croissance soutenue. Je pense que l?augmentation du budget de la MTPA n?est pas étrangère à cela. Cette décision de couper son budget est donc inquiétante parce que c?est un des moteurs de croissance touristique qui est grippé » admet Patrice Legris.

Quand les excès de la MTPA agacent

La gestion de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) n?a pas toujours fait l?unanimité. En effet, quel que soit le régime en place, ce dernier a toujours été invariablement accusé d?y caser des nominés politiques. Et surtout de laisser l?organisme gérer ses finances de manière parfois approximative.

La décision de fermer les bureaux de la MTPA à Londres et Paris n?est pas vraiment une surprise pour certains opérateurs du tourisme. « La fermeture du bureau de Paris était déjà prévue, et peut-être que la récente situation n?a fait qu?accélérer les choses », estime un habitué des couloirs de la MTPA.

Cet organisme a trop souvent été l?objet de critiques et des questions parlementaires n?ont pas manqué sur la gestion de son budget annuel, qui tourne aux alentours de Rs 140 millions. À titre d?exemple, lors de l?ouverture du bureau de la MTPA à Paris en l?an 2000, et dont Karl Mootoosamy disait qu?il « ferait la fierté de Maurice », la fréquence des déplacements des dirigeants de l?organisme vers la capitale française faisait grincer l?opposition.

En moins d?un an, Karl Mootoosamy avait déjà effectué onze déplacements à Paris. Durant l?année financière 1999-2000, la MTPA a payé Rs 485 464 pour les frais de téléphone, dont Rs 126 000 pour les appels internationaux et Rs 257 235 pour des appels faits à partir des portables. Des frais imputables aux actions « marketing » de l?agence, tandis que les arrivées touristiques accusaient une hausse d?environ 50 000 par an. Mais le marketing ne se résumait pas à de simples appels. La MTPA a ainsi dépensé plus de Rs 4 millions lors d?une soirée organisée à Davos, début 1999. La Soirée de l?île Maurice et le buffet de l?hôtel Kongress avaient alors coûté Rs 901 891, alors que l?animation, la décoration, les costumes, les boissons, les transferts, les instruments et autres commissions avaient été comptabilisés séparément.

Les soirées ont coûté cher, mais parfois les événements planifiés ont tout simplement avorté. À l?image de cette course de bateaux non concrétisée en septembre 1999. Une somme de Rs 2,6 millions avait été payée à une société française pour organiser cette compétition qui n?a jamais eu lieu.

La MTPA, en collaboration avec la société française Pen Buick et l?Amicale Maurice-France devait mener à bien ce projet, au coût de près de 5,9 millions de francs. Ayant annulé la course, la MTPA n?avait pu percevoir que 211 659 francs en guise de remboursement, soit moins de la moitié de la somme qu?elle avait déjà payée aux organisateurs !

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