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Le commerce mondial toujours dans l?impasse

5 juillet 2006, 00:00

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Les négociations destinées à relancer le cycle de Doha de libéralisation des échanges au sein de l?Organisation mondiale du commerce (OMC) ont échoué, samedi 1er juillet, à Genève. Les 149 pays membres se sont séparés sans se mettre d?accord sur les grands dossiers : la baisse des subventions à l?agriculture et la réduction des droits de douane appliqués aux produits agricoles et industriels. A l?issue de trois journées de dialogue de sourds, et plus de quatre ans et demi après son lancement au Qatar, le cycle est ?en crise?, a reconnu Pascal Lamy, directeur général de l?OMC.

A Doha, les grandes puissances commerciales, Etats-Unis et Union européenne (UE) en tête, avaient promis de réorienter les échanges mondiaux dans un sens plus favorables aux pays en développement. En contrepartie, elles exigent l?ouverture des marchés du Sud à leurs produits industriels et à leurs services. Washington et Bruxelles sont cependant incapables de tenir leurs engagements. A Genève, ce sont les Etats-Unis qui ont paru les plus isolés. Sous la pression des élus du Congrès, la nouvelle représentante au commerce, Susan Schwab, s?est montrée intraitable, tandis que ses partenaires la pressaient de faire un geste pour amplifier la baisse des aides dont bénéficient les agriculteurs américains.

Sans grande illusion avant même le début des réunions, le commissaire européen au commerce, Peter Mandelson, a quant à lui tenté de démontrer sa capacité à se rapprocher des demandes des pays émergents comme l?Inde, le Brésil et la Chine. Il continue de conditionner un éventuel mouvement sur la baisse des droits de douane agricoles à des concessions équivalentes de la part de ses interlocuteurs. Sa méthode a cependant suscité de vives tensions avec les capitales européennes les plus soucieuses de ne pas mettre en cause la politique agricole commune (PAC). Samedi, quatorze Etats membres, dont la France, la Pologne, l?Italie et l?Espagne, ont ainsi demandé au négociateur européen de faire preuve de retenue tant que les autres parties ne bougeraient pas.

En dépit de ce nouvel échec, Pascal Lamy veut tout faire pour tenter de sauver le cycle de Doha. Fait inhabituel à l?OMC, le Français a été chargé par les pays membres de mener des consultations intensives, afin de trouver une ?piste d?atterrissage? le plus tôt possible. ?Je vais cogner les têtes les unes contre les autres?, a-t-il averti. Pascal Lamy espère obtenir un accord d?ici à la fin de l?année. Avant l?échéance, mi-2007, de l?autorisation qui permet à l?administration Bush de négocier au nom du Congrès. Des réunions vont avoir lieu dans les prochaines semaines. ?Nous savons tous que juillet sera le mois absolument crucial pour pouvoir conclure le cycle dans un avenir prévisible?, a averti Celso Amorim, ministre brésilien des Affaires étrangères.

Plus les semaines passent, plus un compromis paraît difficile. D?importantes échéances électorales se profilent dans quelques-uns des pays situés en première ligne dans la négociation : élections législatives en novembre aux Etats-Unis, présidentielle au Brésil en octobre, puis en France, en 2007. Afin de faciliter un ultime rebond, le dossier devrait être à l?ordre du jour du sommet des huit pays les plus riches de la planète, du 15 au 17 juillet à Saint-Pétersbourg. ?Sans régler les détails, ce rendez-vous peut permettre à chacun d?envoyer un signal sur ses intentions pour boucler le cycle?, dit-on du côté européen.

Organisé par la Russie, qui n?est pas membre de l?OMC, le sommet rassemblera les chefs d?Etat de trois pays dont les avis divergent : le Français Jacques Chirac, l?Américain George Bush et le Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, invité pour l?occasion. Une réunion des six grandes forces qui s?affrontent au sein de l?OMC ? Australie, Brésil, Etats-Unis, UE, Inde et Japon ? pourrait être organisée en marge de la rencontre. ?Si nous ne changeons pas de cap dans les deux semaines, nous n?aurons pas de percée cet été dans les négociations et nous serons face à un échec?, a prévenu Peter Mandelson.

Philippe RICARD © Le Monde 2006 distribué par The New York Times Syndicate

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