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Le combat Continue
Il suffit d’un instant, mesurable en fraction de seconde, pour qu’une vie s’annonçant radieuse et pleine de promesses, vire au cauchemar. Mervin Aza, enfant chéri de Stanley et valeur sûre de la boxe mauricienne, en sait quelque chose.
Jusqu’au 15 juillet dernier, il avait à son actif plusieurs victoires à différents championnats et avait même gagné des combats contre des boxeurs professionnels en France. Tous ses espoirs sont partis en fumée lorsque à la suite d’un accident de moto, on a dû lui amputer la partie inférieure de la jambe gauche.
Aujourd’hui, il tente de retrouver l’équilibre et s’accroche à l’idée qu’avec la prothèse qu’il se fera faire sur mesure, il pourra, grâce à un coup de pouce de l’État, entraîner les jeunes et leur transmettre sa passion pour la boxe. Rencontre…
Depuis son amputation, Mervin a du mal à soutenir le regard des autres sur son membre diminué. Ce qui explique sa réticence à déambuler dans les rues avec ses béquilles. Ce n’est qu’au moment où l’obligation fait loi qu’il quitte la modeste maison familiale à Stanley pour ne se déplacer qu’à bord du van d’un ami. Il reconnaît avoir du mal à accepter son état.
“Aster-la mo impe stresse. Mo pa sorti divan dimounn. Mo complexe. Sa minn moi. Mo pa kapav fer aktivite ki mo ti fer avan. Lepok siklonn kouma zordi, mo ti al naze Montagne Jacquot. Pa zete depi lao net me depi enn tipe anba. Monn al naze enn foi depi mo ampitasyon me li nepli pareil. Mo ti kontan mont montagn. Sa fini pou moi. Mo nepli kapav fer aukenn ti travay ki mo ti pe fer. Avan mo ti mason ek impe peintre. Kot kapav fer sa zordi ? Mo ti viv pou la boxe oui. Avan… Zordi sa agas moi. Mo nek asize, manze, boir, samem”, lâche ce jeune homme de 26 ans, qui a pour autre passion l’argent, ses trois gourmettes de différentes tailles au poignet l’attestant, de même que son collier.
Tout au long de l’entretien, il fixe sa jambe meurtrie, jouant avec un fil imaginaire se trouvant sur le bandage recouvrant sa jambe, raccourcie la semaine dernière pour faciliter la pose de prothèse. Mervin a hâte de l’avoir. “D’ici desam, mo anvi fini gaign mo protez. Deza ki mo truv letan long. Si zot dir moi lane prosenn, mo pou feb.”
Cet ancien médaillé d’or aux Jeux des Iles, médaillé de bronze aux Championnats d’Afrique et champion de plusieurs tournois de boxe tant à Maurice qu’à l’étranger, se remémore la nuit de son accident le 15 juillet dernier. Il pilotait la moto qu’il s’était achetée deux mois plus tôt. Lui et un ami rentraient de discothèque. Lorsqu’il a pris le tournant devant l’église Notre Dame de Lourdes à Rose-Hill, un van a débouché devant lui et son pied est passé sous l’aileron du véhicule. Lorsqu’il a repris connaissance sur l’asphalte et réalisé que l’os de sa jambe avait perforé son denim, il croyait que cela ne nécessiterait que la pose de vis. A son réveil à l’Intensive Care Unit, une infirmière lui a révélé l’horrible vérité. “Monn gaign sok lerla. Tou lezour mo sagrin.”
Un télé don pour lui venir en aide
A sa fiancée qui porte son enfant et qu’il avait prévu d’épouser le mois suivant, il demande si elle veut encore partager sa vie du fait qu’il ne soit plus le même homme. La jeune femme n’a aucun mouvement de recul. Au cours de sa convalescence qui le cloue à l’hôpital pendant plus de deux mois, il se révolte contre le sort et en particulier contre Dieu. “Monn dimann li kifer moi. Monn pense mo ti plito mor ki viv koum sa. Mo pe repran impe e monn rekonsilie ar Bondie.”
Mervin qui percevait Rs 3 000 du programme de financement des athlètes de haut niveau et qui a gagné jusqu’à 1 500 euros après chaque combat en France, n’a plus le même train de vie qu’avant. Il est aujourd’hui dépendant de sa pension d’invalidité que lui verse la Sécurité sociale et qui est de l’ordre de Rs 2 300, de même que de ses parents chez qui il vit avec son épouse Nathalie, 20 ans, et leur fille de deux mois, Chelsea qu’il adore. Sa femme est actuellement sans emploi.
Vu les difficultés financières qu’il rencontre, le Grupman Solidarite Plaisance dans lequel figure son ancien entraîneur, Roméo Caliste, organisera pour lui le 14 avril prochain un télé don. Mais Mervin attend beaucoup du gouvernement. “Mo pankor gaign narien de l’État alor ki mo ti kapav fer enn ti travail dan biro parski monn etidie ziska Form IV”.
Pourquoi pense-t-il que le gouvernement lui doit quelque chose? “Kan mo pei ti bisin moi, mo ti prezan pou li. Monn lager pou li lor enn ring e monn gagne. Aster-la ki mo dan pins, zot kit moi lamem ? Mo pa dir ki gouverneman pa finn fer. Nou dir ki mo pa finn truv narien pou linstan.”
Il explicite la forme que pourrait prendre l’aide de l’Etat. “Mo ti kapav, enn foi ki mo finn met protez, entrenn bann zenes dan lekol e fer zot apran labox. D’ici desam, par la gras de Dieu mo pou fini ena mo protez…”
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