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Le cinéma d?un humaniste

7 novembre 2003, 20:00

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Quelle est l?importance de Satyajit Ray dans le cinéma Indien et mondial ?</B>

Ray est incontestablement un maître, un grand humaniste. On l?appelait le Tcheckov indien, le Bergman bengali. Il a largement dépassé ceux qui l?ont inspiré à faire des films, en l?occurrence, Victorio De Sica et Jean Renoir (le fils d?Auguste, le fameux peintre impressionniste) par la confirmation de son talent dans chacun de ses 29 longs métrages. Ray était aussi un grand réalisateur de documentaire, on l?oublie souvent ! C?est pour cela que cette rétrospective comporte un de ses documentaires The inner eye, un hommage au peintre aveugle Binode Bihari Mukherjee.

Ray était scénariste, producteur, réalisateur et à partir de 1961 composait la musique de tous ses films, calligraphiait ses génériques et assurait le cadrage de Charulata : Ray était un artiste complet et nous sommes très loin de Bollywood? qui le méprisait, par ailleurs !

Culturellement et esthétiquement, il était dans la modernité du 19ème siècle. Le design et la chorégraphie de sa mise en scène et de sa mise en image témoignent largement de son génie. On retrouve l?influence de la Renaissance chez Ray.

Contrairement aux maîtres comme Bergman, Fellini, Kurosawa et Antonioni, il n?a pas fait de film que l?on pourrait qualifier de «mauvais».Son utilisation du plan large fait aujourd?hui partie du langage cinématographique universel. Son influence sur le cinéma dépasse largement le cinéma indien - Mrinal Sen, Shyam Benegal, Gautam Ghose, Aparna Sen-, on retrouve l?influence de Ray chez François Truffaut, James Ivory, Martin Scorcese. Ray baignait à la fois dans la culture orientale et occidentale : c?était un homme universel, éclectique? on ne peut lui mettre une étiquette sur le dos. Ses oeuvres font partie du patrimoine mondial.

A quel type de public s?adresse ce festival ?

Malgré le fait que les ?uvres de Ray sont considérées comme étant des ?uvres « difficiles », loin du box-office, nous estimons que nous avons le devoir de les rendre accessibles au grand public. C?est une chance unique que de voir à Maurice les films de Ray dans une salle de cinéma.

Peut-on, voir dans ce festival, une volonté de faire connaître un cinéma non-commercial, plus riche ?

La MFDC s?est déjà positionnée depuis peu. Avec le Festival du Cinéma du Sud de l?Inde, nous avons essayé de rendre accessible les films de Rajiv Menon, Girish Karasavalli etc. ? un cinéma « difficile » mais néanmoins du grand cinéma. Satyajit Ray était incontournable.

Il ne faut pas oublier que la MFDC est sous l?égide du ministère de l?Industrie et du commerce international. A ce titre, notre but n?est pas de concurrencer les exploitants de salle de cinéma qui sont nos partenaires, bien au contraire, notre but est de participer à la culture cinématographique de notre peuple et de lui redonner l?envie de fréquenter les salles de cinéma? de construire l?audience de demain. Si la distribution et l?exploitation des films ne demeurent pas une entreprise viable, à terme, nous tuerons la production? à coup sûr !

La MFDC prévoit-elle d?autres opérations de ce genre ?

Absolument, si nos partenaires continuent à nous soutenir, nous serons en mesure de proposer au public mauricien un mini festival six fois l?an. Je tiens à préciser que vu l?exiguïté du budget de la MFDC, sans l?apport du Centre Indira Gandhi, le Haut Commissaire de l?Inde, le ministère du Tourisme et des loisirs, la MTPA, Air Mauritius, la MBC et le groupe La Sentinelle nous ne serions pas en mesure de monter des opérations de ce genre. Il faut savoir que le coût de la mise en ?uvre d?un mini festival est de l?ordre de Rs 300,000 à Rs 500,000.

Mi-janvier 2004, nous avons déjà prévu une rétrospective des films de Gautam Ghose, un autre grand réalisateur dans la même veine que Satyajit Ray. Gautam fera le déplacement et a gracieusement accepté d?animer un atelier de travail avec nos jeunes aspirants cinéastes. C?est un bonheur absolu que d?avoir des réalisateurs de cette trempe animer des ateliers de travail chez nous.

Je regrette, malgré tous nos efforts, de n?avoir pas eu Sharmil Tagore, Victor Banerjee, Aparna Sen : les acteurs de Ray et Soumendu Roy, son cadreur vers la fin de sa carrière pour témoigner leurs expériences de travail avec Satyajit Ray : personne n?était disponible à cette date et les copies des films n?étaient pas disponibles à des dates ultérieures.

Propos recueillis Par M.N Ellissac

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