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Le ciel s’assombrit pour les petits planteurs
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Le ciel s’assombrit pour les petits planteurs
Nuit noire. L’aurore est loin. Alors que la majorité des Mauriciens sombre dans son dernier rêve, le petit planteur est dans ses champs. Il supervise la coupe. Son rêve à lui, c’est de produire à moindres coûts. Utopie ?
Ils sont au bout du rouleau, les petits planteurs. Du moins, ils l’affirment. Déjà abattus par des coûts de production élevés, ils subissent maintenant la menace d’une baisse drastique de leurs revenus. La réduction de 37 % du prix du sucre exporté vers l’Europe entraînerait leur perte.
La Mauritius Co-operative Agricultural Federation Limited (MCAF), regroupant 16 000 des 33 000 petits planteurs, a déjà tiré la sonnette d’alarme fin juillet. Cette instance affirme qu’en 2007, les dépenses par tonne de sucre du petit planteur seraient de Rs 16 950. Ses revenus, eux, stagneraient à Rs 16 656 en tenant compte d’une baisse de 37 % du prix du sucre.
L’Etat, cependant, ne reste pas les bras croisés. Début août, la Farmers Service Corporation, sous l’égide du ministère de l’Agriculture, anime un séminaire à l’intention de ces planteurs. Dès demain, il est prévu qu’un comité technique finalise un rapport brossant la situation dans ce secteur, incluant des mesures pour réduire les coûts.
<B>Mesure pour regrouper les planteurs</B>
La principale mesure est le regroupement des planteurs à différentes étapes de la production : l’épierrage, le dépaillage, la coupe, l’irrigation et la mécanisation, entre autres. Un rassemblement des organismes parapublics est annoncé pour optimiser les ressources et rationaliser le travail administratif.
L’Etat proposerait également à l’Union européenne d’étaler la réduction du prix du sucre sur un plus grand nombre d’années, et non pas sur deux comme prévu. “Cela permettrait de préparer les planteurs à réduire graduellement leurs dépenses pour s’aligner, dans l’absolu, sur les nouveaux prix préconisés par l’Union européenne”, explique un spécialiste du dossier.
Au nord comme au sud, de l’est à l’ouest, la communauté des petits planteurs met l’accent sur un poids lourd de leur budget de fonctionnement : une main- d’œuvre onéreuse, au coût croissant chaque année. Ces exigences salariales tiennent compte du coût de la vie, car l’ouvrier ne bénéficie pas des compensations annuelles arrêtées lors des tripartites.
Autre facteur en défaveur du planteur : le manque de ce type d’ouvriers agricoles, car le désintéressement est tout aussi grandissant. En 2003, selon les indicateurs économiques, 4 200 personnes sont employées sur une base permanente par les petits planteurs.
“La situation est très critique. Une ouvrière réclame Rs 120 par jour pour le dépaillage. Elle arrive à 6 heures pour partir à 10 heures, pause repas incluse”, indique un planteur, propriétaire de deux arpents à Montagne-Longue. Un arpent rapporte, en moyenne, 30 à 35 tonnes de cannes.
Fini le dépaillage, arrive la coupe. A chaque étape, refrain identique. Le prix pour la coupe oscille de Rs 110 à Rs 125 par tonne de canne. “Arrivés à la période de coupe, nous, les petits planteurs, sommes obligés de contracter des emprunts auprès d’une coopérative, même pour financer le nettoyage des champs”, fait ressortir ce même interlocuteur.
Charger et transporter la canne à l’usine revient aux alentours de Rs 180 la tonne. Porter la canne uniquement coûte Rs 70. Ce prix est justifié, selon les planteurs, car les opérateurs ont également des frais à encourir: le diesel qui augmente, la main-d’œuvre et l’entretien.
La mécanisation serait l’une des solutions pour réduire les coûts. Cependant, la topographie de ces terres ne s’y prête pas. Ceux interrogés se disent lésés dans la mesure où leurs lopins (marginal lands) se trouvent dans des endroits peu accessibles aux machines, contrairement aux terres des usiniers planteurs. “Nous n’avons pas d’autre choix que de recouvrir à la main- d’œuvre pour nettoyer”, affirme Baboo Chanansing Ramlagun, planteur de Petit-Raffray, possédant 12 arpents sous canne.
<B>Chaque roupie compte</B>
D’autres ont préféré reporter des travaux de nettoyage sur leurs terres, à l’instar de Sayajee Row Pandoo, planteur de Melrose, Montagne-Blanche. Quand il s’est apprêté à épierrer ses terres, les propositions de l’Union européenne sont tombées. Et son projet est différé.
D’après son analyse, les usiniers planteurs ont pressenti une baisse des prix. Les plans en leur faveur, pour assainir les dépenses, tels que le Voluntary Retirement Scheme (VRS), sont arrivés au moment opportun. Qui plus est, ils ont le droit de morceler leurs terres pour financer le VRS alors que les petits planteurs ont maintenu leur système.
A la Chambre d’Agriculture, on insiste sur la nécessité d’analyser le problème dans sa globalité. La baisse des prix concerne toute l’industrie sucrière. “Les usines et les petits planteurs sont interdépendants, chacun a sa spécificité”, fait-on ressortir. Et pour cerner ces caractéristiques, la Chambre d’Agriculture a adressé un questionnaire aux petits planteurs.
La contribution au Global Cess Fund en fait tiquer plus d’un. La MCAF a proposé que les planteurs produisant moins de 20 tonnes métriques de sucre n’y contribuent pas.
Bholah Beeharry, planteur de Congomah, abonde dans le même sens. “C’est la tâche du gouvernement de financer la recherche et le développement. En 2003, la contribution au Cess Fund s’est élevée à Rs 623 millions. Cette somme redistribuée parmi les planteurs atténuerait les dépenses”, souligne-t-il.
Ce planteur s’indigne que le prix du sucre local soit subventionné pour rester à Rs 2,50 le demi-kilo. Cette denrée, demandant davantage d’investissements à la production, est écoulée au même prix que le sel, “où l’on pompe l’eau de la mer et c’est fait”, tonne-t-il. Dans ce cas, il maintient que le gouvernement doit prendre à sa charge ladite subvention.
Chaque roupie compte. Le prix des fertilisants a encore augmenté cette année. Des sociétés coopératives se concertent avant d’offrir les produits à un prix minimum. La fédération des coopératives postule que les subsides de l’Etat à la Mauritius Chemical Fertilizers Industry pour stabiliser les prix reviennent directement aux planteurs.
Face à une telle conjoncture, les petits planteurs disent être dans l’incapacité de financer le nettoyage avant de mettre sous terre de nouvelles boutures. “Pourquoi s’endetter davantage ?” se demande un petit planteur du Nord. Certains songent même à se reconvertir.
D’autres envisagent de louer leurs terres à des particuliers afin de s’assurer une rente régulière. Des questions fusent encore. Qui serait disposé à payer même Rs 5 000 par arpent pour cultiver la canne dans de telles conditions ?
Bienvenue à la nouvelle donne économique mondiale.
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