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?Le chikungunya a tué mon mari?
Pétrus Hector est mort le 20 janvier dernier, à Saint-Philippe, sous les yeux de son épouse Louisette. Atteint du chikungunya une semaine auparavant, ce touriste a été emporté par une crise cardiaque. ?Je pense que le chikungunya a tué mon mari?, témoigne sa veuve, anéantie par ce drame et qui souffre elle aussi du virus.
Pour ce couple de Charente, les vacances ont tourné au cauchemar.
La Réunion, les époux Hector la connaissent bien. Originaires de la petite commune de Luchac à quelques kilomètres de Cognac, Pétrus et Louisette viennent régulièrement en vacances depuis 1994 à Saint-Philippe, chez un ami de leur fils. Leurs dernières vacances ont commencé le 4 janvier à leur arrivée dans le département. Mais le rêve a tourné au cauchemar. Le 20 janvier, en début de soirée, Pétrus Hector est terrassé par une crise cardiaque sous les yeux de son épouse.
Un drame comme tant d?autres ? Pas si sûr. L?homme, âgé de 62 ans, avait été atteint quelques jours plus tôt par le chikungunya. Mais, le médecin du Smur qui va délivrer le certificat de décès se refusera à faire le lien. Et pourtant, sa veuve en est aujourd?hui convaincue : ?Il n?a pas pu le supporter, je pense que le chikungunya a tué mon mari.?
Louisette Hector reconnaît que son mari avait déjà eu un infarctus : ?Mais c?était en 1976 et depuis, il suivait bien son traitement car les médecins avaient diagnostiqué une malformation du c?ur.? Depuis cet accident, l?homme n?avait connu aucun autre souci, ?il était en pleine forme, je ne comprends vraiment pas?, se désole Louisette Hector, désormais rentrée en métropole. Aux souffrances morales de son deuil, se sont ajoutées les souffrances physiques de la maladie. Elle-même a contracté le virus lors de son séjour. ?Encore aujourd?hui, les douleurs sont atroces, je suis tout enflée?. Les premiers signes ont fait leur apparition au cours de son voyage de retour vers la métropole. Le fils de ses hôtes à Saint-Philippe, Huguet Turpin, avait tout abandonné pour l?accompagner. ?Heureusement qu?il était avec moi. J?ai été malade dans l?avion, c?était horrible?, témoigne Louisette Hector, ?il a fallu qu?il me porte pour sortir de l?avion, je ne pouvais pas y arriver seule?.
Désemparée, elle a encore beaucoup de mal à réaliser ce qu?elle vient de vivre. Passer ainsi de l?insouciance des vacances à un drame aussi cruel est traumatisant. Rien ne l?avait préparée à cette terrible expérience. Avant même leur départ pour la Réunion, le couple avait entendu un peu parler du chikungunya. ?Ils diffusent sur la 3 le journal de RFO et c?est là qu?on a su qu?il y avait un virus, mais on a pensé que c?était un peu exagéré? se souvient Louisette Hector. Le début des vacances se passe normalement.
Pas la force d?accompagner sa fille
Louisette et son mari profitent de leur séjour en pratiquant du rafting dans l?Est, profitent d?une balade en bateau depuis le port de Saint-Gilles et d?une journée de pêche au gros au large de Saint-Pierre. Les soucis commencent dans la soirée du jeudi 12 janvier. ?Il a eu beaucoup de fièvre dans la nuit, sur le coup j?ai pensé qu?il avait pris un coup de chaleur sur le bateau en faisant de la pêche au gros. Mais le vendredi, on a fait appel à un médecin de Saint-Philippe. Pour lui, le diagnostic du chikungunya n?était pas absolument sûr, mon mari avait alors juste de la fièvre. Il nous a dit que ça pouvait quand même être ça et il a prescrit du Dafalgan et des anti-inflammatoires?, explique Louisette Hector.
L?hypothèse du chikungunya va se préciser rapidement avec l?apparition ?de plaques rouges avec des petits boutons?. Comme pour tant d?autres victimes de l?épidémie, aucune sérologie ne vient confirmer officiellement la présence du virus. Mais il n?épargne pas pour autant Pétrus Hector.
Ce dynamique retraité est contraint de rester au lit, accablé de fatigue. À tel point qu?il n?a même pas la force d?accompagner sa fille qui quitte la Réunion le dimanche suivant. Après plusieurs jours de repos, les forces semblent revenir au sexagénaire. ?Le samedi, il allait mieux et nous avons décidé d?aller ensemble à Saint-Pierre au marché forain?, raconte son épouse.
En rentrant à Saint-Philippe, ?nous sommes allés à la messe à Basse-Vallée, il a reçu la communion et il a pu conduire pour revenir chez nos amis qui nous hébergeaient?, poursuit-elle la voix blanche d?émotion. ?J?étais à table en train de préparer une tarte aux pommes pour le repas du soir, quand je me suis aperçue que mon mari n?allait pas bien, il est devenu tout blanc et j?ai dû l?aider pour le conduire jusqu?au lit. Il m?a demandé d?ouvrir la fenêtre, mais il pleuvait vraiment très fort. Après il m?a dit ? c?est fini ? en mettant sa main sur son c?ur et il est mort.?
Déjà une douzaine de morts. C?est le directeur de l?ARH (agence régionale d?hospitalisation) qui le reconnaît lui-même : ?Nous avons aujourd?hui une douzaine de décès pour lesquels le chikungunya est nommé comme étant une cause indirecte.? Autant de cas qui sont en cours d?analyse assurait hier Antoine Perrin alors qu?il venait de se poser à Mayotte avec le ministre de la Santé.
La semaine dernière, le directeur général de veille sanitaire, Gilles Brüker avait évoqué le chiffre de dix morts indirectes. À l?heure actuelle, le virus n?est pas encore considéré comme mortel, mais représente néanmoins un facteur aggravant sur des personnes déjà fragiles (personnes âgées, nouveaux-nés, patients atteints de maladie chronique). Une raison suffisante pour prendre ce virus très au sérieux, tout de suite.
Clicanoo.com
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