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Le charme discret de la langue de bois
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Le charme discret de la langue de bois
Imaginez que je vous raconte l?histoire « d?un homme qui a des rapports avec d?autres hommes, « usager de drogue par voie intraveineuse », qui, à ses heures perdues, est « une travailleuse du sexe ». Avouez que c?est tout de même plus évocateur ? ça permet toutes sortes d?hypothèses ? que de vous parler d?un homosexuel, toxicomane et prostitué. Vous n?aviez pas compris tout de suite peut-être? Pourquoi faire simple et direct quand on peut faire compliquer, hein ? Ah ! ben, c?est tout le charme discret du politiquement correct. Qui s?épanouit dans le choix de formules alambiquées, inexactes et tendancieuses, pour éviter d?appeler un chat, un chat.
C?est pourtant dans cette voie que l?association Pils veut nous entraîner. Autant on ne peut que la soutenir lorsqu?elle souhaite avec raison qu?on ne stigmatise pas les personnes atteintes par le virus du sida, en évitant, en autres, d?utiliser à tort et à travers le terme de sidéen. Les préjugés sont tels qu?il est en effet nécessaire de délivrer une information juste et rationnelle pour ne pas alimenter la psychose et marginaliser davantage des personnes déjà fragilisées psychologiquement et physiquement.
Mais pourquoi vouloir véhiculer des inepties sur d?autres sujets ? D?abord, les termes drogués ou toxicomanes, prostitués, homosexuels ne sont pas et n?ont jamais été péjoratifs, ni injurieux que je sache. Ils ont le mérite au contraire d?être précis. Mais c?est vrai qu?on préfère se noyer dans le flou pour mieux se voiler la face et surtout ne pas faire appel au dictionnaire, qui comme chacun sait, est fait exclusivement pour les chiens. Et pourtant, on y apprend des tas de choses intéressantes. Par exemple que le mot usager signifie une personne qui utilise un service ou un domaine public. Après les usagers des transports en commun, il y a donc les usagers de la drogue. Et voilà l?héroïne élevée au rang de service public ! Exit son illégalité ! La drogue et le bus, même combat ! À quand la came gratuite pour le 3e âge et les écoliers ? Ce sont les alcoolos, pardon, les usagers de la chopine par voie intrabuccale (un autre service public qui marche très bien aussi) qui vont être jaloux.
Et que dire de cette expression révoltante de « travailleuses du sexe » qui occulte un fait de taille, à savoir qu?il s?agit de la pire exploitation humaine qui soit ? Avec cette formule, la prostitution change de statut : de secteur informel, dégradant et illégal, même si toléré, elle devient un secteur de production comme un autre, avec ses travailleuses (remarquez qu?en argot, on parle bien de « gagneuses »). L?industrie du sexe, pilier d?avenir de notre économie ? Ben, dans ces conditions, autant la légaliser et arrêter de condamner le tourisme sexuel.
Quant aux hommes, je suppose qu?ils seront ravis d?apprendre qu?ils sont en fait tous des homosexuels sans le savoir. Et oui ! À moins de vivre en ermite sur une île déserte, vous connaissez beaucoup d?hommes qui n?ont pas « des rapports avec d?autres hommes », vous ? Moi pas. Notez au passage que dans l?esprit des promoteurs de la langue de bois, les prostituées ne peuvent être que des femmes et les homosexuels, uniquement des hommes. La discrimination sexiste a encore de beaux jours devant elle ! Y a pas à dire, les étiquettes, c?est pas facile à décoller !
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