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Le chant II de l?artisan

11 mars 2005, 20:00

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Natty Jah n?est pas une star, c?est un personnage. A sa manière, il révolutionne la musique mauricienne, sans s?en rendre compte. Si Kaya a jeté les bases de ce seggae, devenu depuis le symbole d?un combat et d?une nation, Natty Jah est en train de lui donner ses lettres de noblesse.

Dans le circuit musical depuis une vingtaine d?années, il a révolutionné le seggae avec Vanité. Devenu l?emblème de la «positive attitude», il vit de peu mais donne beaucoup à sa musique. Pour lui, Vanité n?est ni révolte ni révolution. Ce n?est même pas un mouvement et encore moins une tendance. C?était juste des notes venues du c?ur.

Et si depuis, on lui en parle constamment, et que les nombreuses sollicitations pour des interviews ont tendance à beaucoup le fatiguer, l?homme reste disponible, malgré tout. Natty Jah a mis la même ferveur dans son nouveau disque. Si to lé. Il était prévu, attendu au tournant, et le disque ne devrait décevoir personne.

Le deuxième opus loue toujours la nature, fustige la vanité, le matérialisme dans toutes ses manifestations et vilipende les fausses valeurs de notre île Maurice moderne. Cet homme qui a grandit la guitare entre les mains et le boulot de tailleur de pierre sur les épaules, n?a jamais cessé d?être lui-même, en dépit des ventes de Vanité et du succès incontestable qu?il a obtenu. Tantôt il attendri, tantôt il touche, et toujours il bouleverse. Ses morceaux qui prônent l?amour dans toute sa splendeur, vont être, malgré l?acuité de leurs propos, les nouveaux coups de foudre de nos oreilles.

La notoriété aurait pu tout emporter depuis Vanité. Mais le plébiscite n?a rien perturbé. Natty Jah ne renie pas son passé et encore moins son identité. Patrice Leung Kai côtoie toujours Natty Jah et Natty Jah est toujours fier de Patrice Leung Kai. «Natty Jah c?est pour moi enn renaissance. ?Natty? vé dir natirel, ?Jah?, c?est bon dié. Natty Jah parse ki mo rékonnaite bien valer ki la natire ek bon dié éna lor moi,» explique l?homme aux cheveux d?argent.

Dans son logis de Goodlands, qu?il a construit pierre par pierre, réhabilité et peint de mauve, grâce au succès de Vanité, Natty Jah nous reçoit en homme heureux. Situé en plein c?ur d?une nature verdoyante, revigorée après la période des pluies, Natty Jah a une vue imparable sur le Coin de Mire et l?île Ronde. Le lieu est un havre de paix, propice à l?inspiration. Sur un petit cahier dont les pages jaunies marquent l?usure du temps, l?artiste écrit ses chansons. Celles du second opus y ont vu le jour et celles des albums à venir, ont déjà pris forme.

Le voici donc revenu avec un nouvel album fort attendu, copie quasi conforme du précédent ? toujours à thème, sorte de continuité du travail déjà commencé ? mais toujours anti-conformiste. Croqué au c?ur même du reggae, legs de Bob Marley et de Kaya, Natty Jah conjugue ses nouvelles chansons dans l?ère de la continuité.

«Si to lé, li enn point d?interrogation. Mo ti capav dir ?Ki to lé.? Si to lé, pars ki li enn decision personnel ki chacaine bizin prend. Si to lé la paix, la zwa et la limier, vive avec l?amour. Peu importe banne souffrans, éna solition. Ena touzour l?espoir, éna touzour enn l?étincelle. To zis bizin éna volonté souflé lor li pou qui la flam l?espoir récomans briller.»

Cette sagesse acquise au bout d?une quête intérieure profonde et d?une foi immense dans le créateur, ont permis à Natty Jah de faire son chemin. Le destin de ce petit bonhomme ordinaire confronté à l?extraordinaire, c?est d?abord et avant tout le plébiscite du c?ur.

Pudique dans son refus de se considérer comme une vedette, Natty Jah s?esclaffe de sa voix claire des questions liées à son nouveau statut. «Mo pas consider mo mem kouma enn vedette mai mo comprend ki fer zot consider moi koume ça !» De sa parfaite dentition, il sourit, franchement, généreusement et dans ses yeux, brillent le feu sacré. L?état de grâce post-Vanité se poursuit seulement dans la tête des gens. Lui, ne cherche qu?à faire sa musique. «La mizik c?est la vie. Ena l?ange de la mizik ki en moi et mo bizin honore li. Fodé pa ki li perdi en moi.»

Comme tous ceux qui ont connu les galères de la vie, Natty Jah cultive la zen attitude. Le succès peut être tellement éphémère. «Dan le monde zordi, Lucifer li fier so grander! Dan chacaine d?entre nou éna le positif ek le négatif. Nou bizin choisir. Sucès, li pareil. Enn zou li là, lot zour li népli là. Bizin kone gère li.» Pour mieux garder les pieds sur terre, Natty Jah ponctue ses propos d?espoir, pour lui, pour tous. «Si nou vizilan, si nou attentif ek compréhensif, nous capav affronte la vie.» Et voilà les paroles d?un grand homme.

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