Publicité
Le canal de tous les dangers
«Sa kanal la enn vre danze pou zenfan. Nou per pou zot. » C?est le cri de détresse lancé par la famille Ruhomatally qui fait un appel aux autorités pour que cesse le cauchemar. Après avoir perdu Aftab, âgé de 18 mois, qui s?est noyé dans le canal d?irrigation situé à côté de chez elle, mardi, elle craint maintenant pour ses autres enfants. En fin d?après-midi, la cour des Ruhomatally et des Karoo grouille d?enfants. Cousins et amis jouent, font la course, insouciants du danger qui les guette. Malgré les réprimandes des parents, certains s?aventurent parfois près du canal, fascinés par l?eau qui s?écoule.
Le canal de plusieurs kilomètres de long irrigue plusieurs champs. Il prend sa source dans le réservoir de La Nicolière et longe des habitations à certains endroits. Peu profond, il constitue cependant un réel danger pour les petites têtes brunes quand l?eau coule à grands flots.
« Trois zenfants fine deza tom ladan. Maerezma katriem-la inn perdi lavi », soupire Iqbal Karoo, un des oncles d?Aftab. Jamiil, le fils d?Iqbal, a failli connaître le même sort, il y a treize ans. Son père se souviendra de ce jour toute sa vie. « Je l?ai vu suivre sa mère et l?instant d?après, il avait disparu. Il était tombé dans le canal. » Il sera retrouvé sain et sauf, à plusieurs centaines de mètres.
Repêché par des lavandières
Des années plus tard, il aura suffi de quelques secondes d?inattention pour que le petit Zaïd se retrouve dans les eaux glacées. Le malheureux sera repêché par des lavandières cinquante mètres plus loin. Et enfin, tous se souviennent de Mehreen Peerbux, leur petite cousine, qui a également été sauvée in extremis. « Nou tremble sak fwa enn zenfan disparet. Toultan nou premie réfleks se alle rod zot dan kanal. Malgre nou kriy avek zot, zot al pre laba. Zenfan sa? »
Noorjahan Ruhomatally, la mère du petit Aftab, reste murée dans le silence. Elle semble revivre ce drame encore et encore. Il n?aura fallu que quelques minutes d?inattention pour qu?elle perde son enfant.
Selon Fawzia Ruhomatally, la tante d?Aftab, ce dernier jouait dans la cuisine pendant que sa mère s?occupait de l?aîné, âgé de deux ans et demi. « Pa mem siink minit, Aftab inne disparet. » L?alerte est tout de suite donnée. Pendant que le reste de la famille le recherche aux alentours, Noorjahan descend dans le canal et en suit le cours. C?est un jardinier qui retirera l?enfant, à plusieurs mètres de là. « Li ti ent lavi ek lamor. Nou finn ressi tir inpe dilo dan so poumon et deswit nou fine gaign enn volonter pou amenn li lopital. Nou remersie li en passan. Mais zenfan la inn mor avant li ariv lopitall? »
La nécessité de couvrir les canaux
Rien ne sera plus comme avant. « Il faut que les autorités prennent enfin des actions nécessaires pour que ce drame ne se répète pas », soupire Iqbal Karoo. Après chacun des drames qui a secoué la famille, les autorités avaient promis qu?elle allait faire quelque chose, ajoute-t-il.
Dommage qu?il ait fallu qu?un enfant meure pour qu?elles réagissent enfin? « Nous allons définitivement clôturer le canal. Il ne faut cependant pas blâmer les canaux d?irrigation qui étaient là bien avant que des terrains agricoles ne cèdent la place à des habitations », soutient Ajay Jugdeo, le président du conseil du village de Terre-Rouge. À la Water Resources Unit, on reconnaît la nécessité de couvrir les canaux d?irrigation qui se trouvent à proximité des maisons. « Certains ont été partiellement couverts et nous avons fait plusieurs recommandations pour d?autres. Maintenant, cela dépend des fonds disponibles? », indique un responsable. En attendant, une mère pleure amèrement son fils?
Publicité
Publicité
Les plus récents