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Le bon élève

27 mars 2004, 20:00

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Lors de sa conférence de presse en milieu de semaine, le Premier ministre a dressé un portrait plutôt encourageant du pays. Presque flatteur. Création d?emplois en hausse, inflation en baisse, hausse également des investissements directs étrangers? Il y a de quoi se réjouir. Sauf, comme le souligne le Premier ministre lui-même, il y a une perception que les choses ne vont pas aussi bien que ça. Comme un bon élève qui a bien fait ses devoirs, le Premier ministre n?a cessé de nous rappeler que les instances économiques internationales n?arrêtent pas de nous délivrer un satisfecit sur la situation économique du pays. D?où vient alors cette perception ? Le Premier ministre ne manquera pas de montrer du doigt la campagne virulente de l?opposition. Il pourrait également mettre en garde les radios privées qui sont pourtant venues renforcer la démocratie d?opinion.

Ce n?est pas tant qu?il ne souffre pas des critiques que le fait qu?il les explique mal, surtout lorsqu?il les confronte à la réalité des chiffres. Ceux-ci laissent, en effet, place à l?espoir. Mais, dès qu?on parle d?espoir, on s?inscrit dans le temps. Et les citoyens de ce pays attendent toujours du concret sur le court terme. Or ce qu?il constate, c?est qu?un ensemble de mesures punitives a été introduit pour lui prendre son argent. Les lois deviennent plus sévères et les prix n?arrêtent pas de grimper. Comment, dans ce contexte, lui faire comprendre qu?on travaille pour l?avenir. Le bon élève peut s?enorgueillir de recevoir les félicitations de ses profs, mais il n?a pas encore convaincu ses camarades de classe qu?il ne triche pas pour arriver à ses fins. De la même manière, la population mauricienne ne cesse de se demander ce que valent les chiffres lorsqu?elle, dans sa grande majorité, ne cesse pas de subir des fins de mois de plus en plus pénibles.

Cette population attend en fait un signal qui tarde à venir. Le prochain budget sera l?occasion de voir si le gouvernement finira enfin par envoyer ce signal. Depuis son entrée en fonction, la majorité MSM-MMM a exhorté la population au sacrifice et à se soumettre à la rigueur. Les citoyens, responsables et mûrs, se sont laissé convaincre par l?argument des gouvernants du jour. Parallèlement, ils ont pris le pari d?un développement qui se fait sur le long terme. En témoignent, le projet de cybercité, la restructuration de l?industrie sucrière, celle de l?éducation? Maintenant, à un peu plus d?un an des élections générales, ils réclament les fruits de leur sacrifice. Sur les ondes des radios, à travers le support accordé à l?opposition à la dernière élection partielle à Piton-Rivière-du-Rempart, à travers les syndicalistes?, la population exprime un certain mécontentement et une profonde insatisfaction. Les bons chiffres et les gros projets ne suffisent pas à la rendre heureuse. Ce sentiment d?insatisfaction ne peut que s?accroître lorsqu?elle constate que la démocratisation de l?économie ne se traduit pas par des mesures correctives qui auraient permis de voir naître une nouvelle race d?entrepreneurs. Et, quand le Premier ministre vient délivrer un certificat de satisfaction au secteur privé pour ses idées et ses initiatives, cette population ne peut que se poser des questions. Pour qui gouverne-t-on ? Pour le pays, répondraient les gouvernants. Sauf que, dans ce cas, le pays fait fonction d?une entité abstraite alors que la population, elle, est composée d?individus qui souhaitent pouvoir respirer un peu plus. C?est cette bouffée d?air frais que le gouvernement se refuse toujours à accorder à la population. On ne peut, et cela est tout à fait logique, compromettre le développement du pays en s?appuyant sur des initiatives populistes. Mais il s?agit aussi de récompenser ce bon élève qu?a été la population. Cela reviendrait-il au nouveau ministre des Finances ?

Quoi qu?il en soit, malgré les bons chiffres, la bataille est loin d?être gagnée par le gouvernement. Aussi longtemps que le monde des affaires sera contrôlé par une élite du droit divin, le sentiment de frustration persistera. Sur ce chapitre, ce n?est pas un signal qu?attend la population mais une politique d?ouverture ambitieuse.

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