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L?aventure parisienne des sans-papiers mauriciens
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L?aventure parisienne des sans-papiers mauriciens
Le regard en coin est devenu un réflexe. Kusham ? comme il dit s?appeler ? préfère les ruelles aux grandes artères de la capitale française. Ce qu?il craint par-dessus tout, ce sont les contrôles d?identité. Et pour cause !
Ce Mauricien de 25 ans est en situation irrégulière à Paris depuis maintenant quatre ans. Il a appris à vivre avec la menace permanente d?une expulsion. S?il n?y a pas de statistiques officielles sur le nombre de sans-papiers mauriciens en France, les estimations se chiffreraient à quelque 600.
Kusham, abordé dans un restaurant parisien, se montre dans un premier temps réticent à parler. Puis il finit par se confier. Animé, dit-il, par le besoin de faire connaître son vécu au quotidien.
En l?an 2000, le jeune homme débarque à Paris pour des études d?histoire. Mais il échoue à ses examens. Au bout d?un an, il jette l?éponge. ?Je venais tout juste de découvrir Paris, cette immense ville et j?avais envie de gagner de l?argent au plus vite et d?en profiter?, lâche-t-il entre deux commandes. Il se fait vite embaucher comme serveur. Seul inconvénient au tableau : il doit travailler au noir.
Pour les sans-papiers, c?est souvent la seule possibilité de gagner de quoi vivre voire survivre. Cela équivaut dans bon nombre de cas à des conditions de travail difficiles et parfois même à l?exploitation, notamment dans le domaine de la construction. Car le recours à la main-d??uvre clandestine attire des employeurs peu scrupuleux. Pas de charges sociales à payer, pas d?impôts ou autres taxes.
Les employés au noir se voient souvent contraints à faire des heures supplémentaires sans rémunération additionnelle. Ils n?ont pas droit aux congés et ils ne peuvent en appeler aux lois du travail en cas de litige.
?Ceux qui ont pu trouver de l?emploi sur des chantiers de construction savent qu?ils doivent faire preuve d?une grande prudence. Il ne faut surtout pas qu?ils se blessent.? Car les sans-papiers ne bénéficient d?aucune couverture médicale. Ils ne sont donc pas remboursés pour les soins. Même malades, ils hésitent à se rendre à l?hôpital, craignant le risque d?être découverts et expulsés.
Pour s?en sortir, Kusham se résigne à accumuler les petits boulots. Son service de serveur terminé, il enfile l?habit de veilleur de nuit dans une société de gardiennage trois fois par semaine depuis 15 jours. ?J?ai pris la place d?un autre Mauricien qui y travaillait mais qui a trouvé un autre emploi il y a un mois.? Changer régulièrement de travail est une astuce pour ne pas se faire repérer par l?inspection du travail.
Solidarité et débrouillardise
Malgré sa situation plus que précaire, Kusham assure qu?il parvient à faire des économies qu?il envoie régulièrement à ses proches à Maurice. Ces derniers ne sont pas au courant de ses vraies conditions de vie. ?J?avoue que j?ai honte de leur dire comment je vis. Je préfère même ne pas y penser?, dit-il en triturant son mouchoir.
Les sans-papiers mauriciens forment une communauté où dominent la solidarité et la débrouillardise. Du logement à la recherche d?emploi, tout fonctionne par le bouche à oreille. Deepak, 31 ans, originaire de Cap-Malheureux, aide régulièrement les sans-papiers, Mauriciens ou non, en les hébergeant.
Il accueille actuellement, dans un deux-pièces qu?il sous-loue dans la banlieue parisienne, deux Marocains en situation irrégulière. ?Nous sommes tous dans le même bateau et on s?aide comme on peut.? Un Mauricien, qui avait l?an dernier trouvé refuge chez ce bon samaritain, a pu régulariser sa situation. Une grande chance, dit Deepak.
Les contrôles d?identité, Deepak en a eu son lot. Il explique nerveusement qu?il s?en est, à chaque fois, sorti grâce à de faux papiers qu?il s?est procurés au début de sa vie clandestine. Un jour où il est à deux doigts de se faire prendre, il se résout à tout brûler. ?Je me suis rendu compte que je risquais d?avoir plus d?ennuis avec de faux papiers que sans. Si je me fais attraper, je serai, au pire, expulsé.?
Depuis il évite, comme au début, les grandes avenues aux fréquents contrôles. Malgré cette clandestinité forcée depuis plusieurs années, beaucoup assurent ne pas vouloir rentrer au pays. Du moins, pas pour l?instant. ?J?aime la vie que je mène ici et de toute façon, je ne serai pas clandestin toute ma vie?, affirme Kusham du bout des lèvres.
John, Mauricien aussi, abonde dans le même sens. ?Ceux qui ont réussi à obtenir leur titre de séjour ne nous laissent pas tomber. Ils font de leur mieux pour que nous puissions régulariser notre situation. Je suis convaincu qu?à l?avenir, nous aurons nous aussi le droit de vivre ici en toute légalité.?
En attendant, ils vivent au jour le jour. Et sans trop se poser de questions.
Guillaume GOUGES (de Paris)
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