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L?aventure identitaire
Il a été long le voyage pour les enfants de l?Indépendance et de la République. Ils accompagnent, depuis des décennies, une idée de la nation toujours fuyante. Des rêves se sont fracassés contre le mur de la réalité, d?autres se sont dispersés face aux contraintes d?un monde toujours plus exigeant.
Ainsi, au fil des années, un pays s?est cherché une âme. Il s?est donné des espérances. Il a tenté d?évacuer certains fantasmes pour ses enfants. La liberté économique est restée une lutte continuelle, un objectif premier. Le «vivre ensemble», une aspiration profonde.
Les années s?écoulent. On cherche encore à donner un corps à la nation. Afin qu?elle respire loin des puanteurs du communalisme, afin qu?elle s?affranchisse des portefaix que certains veulent la voir charrier. Dans ce voyage, les paradoxes n?ont pas manqué. Un attachement viscéral aux symboles ancestraux a côtoyé la nécessaire ouverture au monde. Le désir d?unité s?est superposé à celui des différences.
Des utopies ont laissé la place à d?autres utopies. De «enn sel lepep enn sel nasion», la dérive a abouti à une aporie : «l?unité dans la diversité». A la recherche perpétuelle d?une direction nationale, des groupuscules ont opposé la négation du civisme, le refus de se muer et une peur congénitale de l?autre.
Le malaise n?est pourtant pas patent. Mais c?est ce qui justement rend mal à l?aise. Au fond, elle vit bien cette Ile Maurice. Dans toute sa complexité. Dans sa dimension extrêmement plurielle. Elle est le témoin d?une cohabitation. Elle est le berceau de fols espoirs de mieux-être. Il ne s?agit même plus d?Ile Maurice carte postale, d?une vitrine qui cacherait une arrière-boutique où se met en scène la haine.
Il s?agit encore moins de cette colère face à la tentation de renvoyer les individus à leur ethnie, à leur appartenance religieuse. Il est davantage question d?une obsession, d?une impatience. On aurait pu se satisfaire du chemin parcouru. En fin de compte, une bagarre raciale et les barricades des émeutes de 1999, cela ne pèse pas si lourd dans le passif d?une nation. On a vu pire ailleurs.
Mais voilà, les avancées ne correspondent plus à la capacité d?évoluer d?une majorité de la population. Parce qu?elle se représente fragmentée, la République est incapable de valoriser une catégorie de citoyens mauriciens qui composeront la nation mauricienne. Il ne faut pas être pressé, dit-on. On brûlerait les étapes et surtout les ailes de ce rêve mauricien qui prendrait forme hors des limites du nationalisme et d?un patriotisme primaire.
Pourtant, il faut oser. Dire les choses sans fioritures. La nation s?écrit dans ses contradictions. Les droits et les devoirs ne sont pas les mêmes pour tous. Mais il est aussi vrai que le modèle de vie très individualiste est davantage caractéristique de la société de consommation plus qu?il ne relèverait d?un rejet de l?Autre. Il faut aussi oser regarder le vrai visage du Mauricien.
Un être qui a peur de l?Autre parce qu?il le méconnaît, parce qu?il a été dans la méfiance de cet Autre, parce que derrière le discours sur la supériorité de sa caste, de sa communauté, de sa race se cache un manque d?assurance, une fragilité inconsciente et le refus d?admettre ouvertement que la vérité est partagée, que la vérité n?est pas univoque. Ce serait reconnaître la pluralité, la nécessité du contact, du métissage, des barrières qui volent en éclat?
Pour certains, c?est être vulnérable. Ce serait même perdre ses certitudes. Pourtant il serait temps d?admettre que l?identité mauricienne, c?est avant tout une aventure palpitante.
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