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L?avenir est dans le numérique

6 juillet 2007, 00:00

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?Nous souhaitons apporter notre contribution à la modernisation de Maurice.? Bijaye Madhou, directeur général de la MBC, met l?accent sur la nécessité du passage au numérique. Pour le moment, la diffusion des chaînes se fait suivant le mode analogique. Pour capter les signaux du numérique terrestre, les foyers mauriciens doivent se munir d?un décodeur. Cela représente un coût ayant même entraîné quelques polémiques au gouvernement lors du lancement de la TNT.

Un décodeur ?coûte en moyenne entre Rs 1 800 et Rs 2 000?, nous apprend Bisoon Mungroo, l?un des principaux importateurs de boîtiers. La redevance mensuelle télévisuelle quant à elle ne change pas (Rs 100 par mois). ?Il est vrai que les foyers mauriciens devront consentir une dépense pour le passage au numérique terrestre. Toutefois, ils le font bien pour les portables, qu?ils changent assez régulièrement, alors pourquoi pas pour un décodeur ?? plaide Bijaye Madhou. Dans tous les cas, les consommateurs suivent la tendance. ?Durant les derniers mois, il y a eu une augmentation visible du nombre de décodeurs vendus?, constate Bisoon Mungroo. ?La demande augmente et elle a même doublé à Rodrigues?, poursuit-il. Clairement, il semblerait que les Mauriciens aient adopté la TNT voyant le décodeurs comme un outil aussi nécessaire qu?une télécommande.

Qu?est-ce que le numérique apporte de plus ? Pourquoi bousculer le calendrier de l?Union internationale des télévisions qui prévoit le passage au tout numérique dans le monde pour 2015, et pour 2011-2012 pour l?Afrique. ?Nous avons les moyens techniques et les ressources humaines nécessaires pour le faire?, justifie Bijaye Madhou. De plus, Maurice est un territoire relativement restreint et le secteur audiovisuel est plus avancé que dans le reste de l?Afrique. Il s?agit d?offrir au public mauricien une image et un son de meilleure qualité en plus de nouvelles chaînes gratuites pour celles de la MBC ou payantes comme pour le bouquet proposé par London Satellite Systems (LSS). ?Le numérique est une technologie de pointe qui dépasse le secteur de l?audiovisuel, l?ouverture à cette technologie est une obligation?, fait ressortir Maxime King, directeur général de LSS.

Le numérique consiste en la compression des informations (images, sons, données) afin de les faire passer par un seul canal. Dans la diffusion analogique une fréquence correspondait à une seule chaîne. Avec le numérique, il sera possible de diffuser jusqu?à six chaînes numériques par un seul canal. C?est pourquoi la MBC sera en mesure de proposer de nouvelles chaînes. Dans l?immédiat, la MBC devra investir Rs 100 millions pour les technologies numériques.

Pour le passage au numérique, la MBC travaille en partenariat avec Multi Carrier Mauritius Ltd (MCML), diffuseur des ondes mauriciennes. C?est donc MCML qui a effectué les tests de faisabilité et qui dispose de la technologie nécessaire pour l?émission du numérique terrestre. Nous n?avons pu obtenir de plus amples détails sur les technologies utilisées, le directeur général, Newrajlall Burton, étant en déplacement à l?étranger. L?ensemble du matériel de la chaîne nationale devra néanmoins être réactualisé : nouveaux studios, nouvelle station de diffusion, nouveau matériel d?enregistrement? Au total, l?investissement devrait atteindre les Rs 500 millions.

Pour la MBC, le passage au numérique suppose également ?énorme travail de numérisation de l?ensemble de nos documents audiovisuels?. La bibliothèque dont dispose la MBC est ?un véritable patrimoine?. La numérisation permet donc de sauvegarder les archives retraçant les 42 ans de télévision et 65 ans de radio mauricienne. Ainsi, le public pourra aussi avoir accès à ce fond documentaire. ?Un programme spécifique a été créé pour gérer ce travail, le programme Radio Automatic Monitoring System?, nous apprend Bijaye Madhou.

Outre la venue annoncée de six nouvelles chaînes, le directeur général de la MBC souhaite que des chaînes interactives soient aussi créées, qu?il s?agisse de services météo, de jeux par exemple. Maxime King précise : ?L?audiovisuel s?oriente vers les chaînes thématiques, il y a donc une multitude de créneaux à viser?. Il évoque également la possibilité pour les opérateurs mauriciens ?d?aller au-delà du contexte local et de toucher le marché régional?.

?Le passage au numérique est une condition sine qua non pour faire de Maurice une cyber-île?, dit Maxime King. Reste que le paysage audiovisuel mauricien devra suivre en se diversifiant davantage, notamment avec la venue d?opérateurs privés.

Le passage au numérique devrait diversifier le paysage audiovisuel mauricien. La MBC a déjà annoncé une révision de sa programmation. Plus étoffée, elle fera de la place à des séries américaines à succès, à des matchs de football régulièrement, et à des films européens ou américains. La TNT devrait donc permettre aux téléspectateurs mauriciens d?avoir accès à des émissions jusqu?à présent diffusées sur les chaînes payantes satellitaires. Le numérique devrait aussi permettre de développer de nouvelles chaînes mauriciennes en plus de celles annoncées par la MBC et retransmettre les émissions de radio.

La formation des techniciens est l?un des volets primordiaux du passage au numérique. La MBC travaille avec l?Institut national de l?Audiovisuel (INA) de France, institution reconnue pour son travail dans la sauvegarde du patrimoine audiovisuel. L?INA a numérisé un grand nombre de ses archives, disponibles sur son site internet. Les techniciens de la MBC bénéficient donc de l?appui d?instances internationales reconnues pour asseoir le paysage audiovisuel mauricien dans l?ère du numérique. Parallèlement, les techniciens mauriciens coopèrent avec leurs confrères africains, notamment en apportant un soutien technique en matière de préservation du patrimoine audiovisuel au Rwanda ou en République Démocratique du Congo dernièrement.

L?ère du numérique va de pair avec l?avènement d?une société de l?information mais aussi de loisirs. Maurice semble avoir les moyens de ses ambitions, surtout si on replace le pays dans le contexte africain. Cependant, le risque d?une fracture numérique ne doit pas être occulté. ?L?objectif est d?offrir le meilleur service possible à toute la population mauricienne, même aux personnes les plus défavorisées?, rapporte Bijaye Madhou. Le développement du numérique dans le paysage audiovisuel mauricien s?inscrit plus largement dans la volonté de faire de Maurice un pôle de technologies. ?Le passage au numérique est une condition sine qua non pour faire de Maurice une cyberîle?, souligne Maxime King. Reste que le paysage audiovisuel mauricien devra également suivre en se diversifiant davantage, notamment avec la venue d?opérateurs privés. Le numérique comme premier pas d?une libéralisation accrue du secteur audiovisuel ? ?Le train est lancé, tout se jouera dans les mois à venir.?

<B>Entre télé analogique et écran plasma</B>

■ Un petit tour chez les revendeurs de matériels audiovisuels suffit pour se rendre compte que les téléviseurs analogiques tiennent encore le haut du pavé. ?En deux ans, les prix ont baissé. Un téléviseur qui coûtait Rs 20 000 se vend aujourd?hui entre Rs 14 000 et Rs 15 000?, nous apprend Ameel, vendeur chez Dragon Electronics à Port-Louis. Outre un design soigné, les téléviseurs offrent nombre de technologies : picture in picture permettant de suivre deux chaînes à la fois, meilleure qualité de son? ?Pour les chaînes numériques, il faut encore un décodeur.? Seuls les téléviseurs plasma LCD sont munis de décodeurs intégrés. Pour un tel appareil il faut débourser au moins Rs 50 000. La plupart des Mauriciens ne pourront souffrir une telle dépense pour recevoir les chaînes numériques. Le décodeur est donc de mise. Le prix d?un décodeur varie entre Rs 1 500 et Rs 2 000.

<B>Petit lexique</B>

■ Télévision analogique : ensemble du réseau de diffusion terrestre composé d?émetteurs et de réémetteurs locaux. Ce réseau utilise des ondes ou fréquences hertziennes. La qualité de l?image et du son est fonction des caractéristiques du site. Un obstacle naturel, comme une montagne, peut interférer sur la qualité de l?image reçue.

■ Télévision numérique : Elle utilise les ondes hertziennes mais par la compression des données (images et sons) il est possible de multiplier le nombre de chaînes sur une même fréquence. Les données sont numérisées sous la forme MPEG-2 ou MPEG-4. La qualité du rendu télévisuel (qualité DVD) est nettement meilleure que celui de la télévision analogique.

■ Décodeur : démodulateur de réception numérique pour téléviseur analogique. Ce boîtier transforme le signal numérique reçu pour le rendre compatible avec le récepteur. De nouvelles télévisions ont à présent un décodeur intégré. Selon le type de numérisation, le décodeur n?est pas nécessaire. L?antenne traditionnelle peut alors recevoir le signal numérique.

■ Ne pas confondre : la télévision numérique terrestre est différente de la télévision par satellites. Les chaînes disponibles sur la TNT ne sont donc pas les mêmes que celles offertes par les bouquets satellitaires CanalSat Maurice et Parabole Maurice. La TNT utilise des fréquences terrestres alors que le signal reçu par les antennes et paraboles de CanalSat et Parabole Maurice transitent par des satellites.

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