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L?Audit et ses pires élèves
Les années se suivent et se ressemblent. Dans son dernier rapport, le directeur de l?Audit, Rajun Jugurnath, égratigne encore une fois l?administration. Pour bien démontrer l?importance d?une gestion saine des projets de développement, Rajun Jugurnath inclut, cette année, un chapitre inédit dans son rapport : Capital Projects Implementation.
Il y dévoile la somme que l?État a déboursée pour financer ce type de projet depuis l?année financière 2003-2004, soit Rs 23,1 milliards, pour ensuite laisser deviner la somme gaspillée à cause des manquements des ministères. Mauvaise planification, retards des contracteurs, contrôle inadéquat sur les sites et recours accrus aux services, très coûteux, de consultants externes. Le directeur de l?Audit montre du doigt ces éléments pour expliquer pourquoi l?État finit par dépenser des milliards en plus.
Cette année, Rajun Jugurnath revient sur quelques projets phare dont le coût ne cesse d?enfler année après année. Dans chacun des cas, il estime que ce sont les retards dans l?attribution des contrats ou les tergiversations des consultants censés les élaborer qui ont coûté cher. Et là, les chiffres donnent le tournis. Par exemple, la cons-truction du système d?égout des Plaines- Wilhems, estimé à Rs 450 millions en 2001, coûtera Rs 886 millions ! Et dans sa réponse, le ministère informe le bureau de l?Audit que le projet sera complété d?ici 2012.
<B>De lourdesconséquences</B>
Mais entre-temps ce retard entraîne déjà de lourdes conséquences ? ou plutôt des dysfonctionnements ailleurs. Ainsi, la station de traitement des eaux usées à St-Martin, qui a coûté Rs 1 milliard, n?opère qu?à 50 % de sa capacité depuis mars 2005.
Ailleurs, ce sont les mêmes projets qui deviennent des machines à gaspiller l?argent public. Il en va ainsi du centre d?enfouissement de Mare-Chicose. Et dans ce cas précis, l?apparente pagaille dans l?élaboration et l?attribution des contrats pour les différentes phases de construction du centre d?enfouissement génère des situations grotesques. Ainsi, le rapport note qu?à cause du retard pris pour l?attribution d?un deuxième contrat de construction sur le site, le premier contrat a été renouvelé sur une base mensuelle, et ce, sur une période de trois ans.
Il n?y aurait rien à redire si le directeur de l?Audit ne précisait pas que l?attribution mensuelle s?est faite? sans aucun appel d?offres. Le constructeur a reçu la somme de Rs 844 millions de l?État sur une période de 9 ans, ce qui représente 160 % d?augmentation par rapport au coût estimé initialement pour le projet.
« Il faut une programmation adéquate dans la préparation des appels d?offres et leur lancement, vu le montant des fonds publics concernés. Cela empêchera que d?énormes paiements ne soient effectués en dehors de tout appel d?offres, permettant ainsi au gouvernement d?obtenir value for money », prône le directeur de l?Audit. Une recommandation qui est faite chaque année de-puis bientôt quatre ans. Sera-t-elle enfin entendue ?
<B>Les entêtés du ministère des Affaires étrangères</B>
C?est indiscutable. Cette année, c?est le ministère des Affaires étrangères qui enlève, haut la main, la palme de l?administration la plus récalcitrante et la moins rigoureuse du rapport de l?Audit. Ce n?est pas tant le ministre qui en est la cause, selon les cadres de l?Audit, mais plutôt les hauts fonctionnaires de cette administration « unique en son genre » qui en sont responsables.
À telle enseigne que le directeur de l?Audit décide, cette année, de ne pas inclure leurs réponses dans son rapport car « le ministère essaie de transférer la responsabilité aux autres et de contrer les observations de l?Audit ». Ce qui lui vaut des commentaires d?une rare virulence de la part du directeur de cet organisme.
Mais que reproche-t-on exactement aux fonctionnaires du ministère ? Probablement, d?abord, leur goût immodéré pour? le confort.
Ainsi, selon le rapport, un haut fonctionnaire, bien qu?ayant une voiture à sa disposition, a bénéficié d?un service protocolaire pour chacun de ses déplacements, à savoir, un chauffeur et un cadre du ministère pour l?accompagner ou le récupérer à l?aéroport.
Quand ce n?est pas un haut responsable, ce sont certains ambassadeurs qui abusent du système. Certains d?entre eux, en visite apparemment privée à Maurice, s?arrangent pour rencontrer des officiels de l?État ou des ministres? afin de convertir une simple rencontre privée en atelier de travail.
Et de réclamer, au passage, des indemnités à l?État, note le rapport.
Et parmi ce florilège de manquements figurent certains faits graves.
Par exemple les transferts, vraisemblablement punitifs, de certains diplomates en poste à l?étranger car « ils n?avaient ni terminé leur cycle de service et il n?y avait aucune indication de négligence grave dans l?exercice de leurs fonctions ». Mais alors que certains sont punis sans raison, d?autres bénéficient de faveurs princières, à l?exemple des Rs 3 millions qui ont été payées pour le traitement médical de l?épouse d?un ambassadeur et de ses deux enfants.
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