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Lataniers
Fidèles aux causes qu?ils défendent depuis les années 70, Ram et Nitish Joganah, les voix et les visages du Grup Lataniers, sortent bientôt en collaboration avec le ministère de l?Environnement et d?autres artistes, Nu Lavwa, un cri du c?ur lancé contre les problèmes liés à l?environnement. Ils sortent également une chanson qui ne sera pas commercialisée, sur le tsunami. Vingt-cinq ans après, que reste-t-il de leur combat pour plus de justice sociale ? Etats des lieux avec les principaux concernés.
Début 1970. Ram et Nitish Joganah font partie d?un collectif d?artistes, réunis au sein de Soley Ruz. Leur objectif : dire la vérité et les besoins du peuple en musique. A coups de refrains tranchants et militants, ils chantaient la misère du peuple. Que reste-t-il aujourd?hui de la flamme contestataire qui les animait alors? Tout est encore intact, affirment-ils. «Zordi nou enkor éna micro, mais nou mank bafull,» explique Nitish Joganah. La conscience sociale est la même. Le besoin de voir changer les choses pour plus de justice sociale continue à les interpeller. «Létiket chanteur engazé ine colle lor nous lé dos, mais apré vingt-cinq ans, nou enkor lor koltar. Nou envi ki tou dimoune dan Moris, viv kouma dimoune,» explique Ram Joganah. Jamais insensibles à ce qui se passe autour d?eux, leur quête artistique pour des lendemains meilleurs ne s?est jamais essoufflée.
Pour vivre mieux, vivons unis. C?est comme cela qu?ils conçoivent la société mauricienne. «Dan Moris éna boucou richess. Nou principal richess, c?est nou diversité.» Avec les membres de la Fondation Bam, les frères Joganah ont monté un bel élan de solidarité en faveur des victimes du tsunami. Nitish, toujours aussi prolifique lorsqu?il s?agit de soulager la peine d?autrui, a composé dans la foulée une chanson sur la tragédie du 26 décembre dernier.
S?ELEVER CONTRE CE QUI TOURNE MAL
«Pas capav rest insensible !» Nitish Joganah cultive toujours une dégaine d?éternel rebelle, parce que pour lui, y?a que la vérité qui compte. «Nou péna nanien pou envié avek bane européen ou avek ki ke ce soit. Dimoune bizin prend conscience, chanz zot mentalité. Zordi, la zénès fer moi pli pér. Zot pas viv, zot imité, zot contente zot exister.»
Un peu à la manière d?un historien, montrant, au détour d?un rire plutôt cynique, Nitish Joganah a toujours envie de mordre. Il n?a jamais mâché ses mots ni craint de s?attaquer aux politiciens. Il affirme ainsi sa piquante verve. «Vingt cinq banané noune amenn réflexion. Paké la lit ine amené. La lit syndical, la lit social. Zordi tout enkor parey, l?ambalaz ine chanzé. Zordi, chacaine so chacaine. La presse, radio, kroir zot pé dir tou. Mais à force zot soulève bann problem, zot banaliz tou !» Nitish Joganah n?a pas perdu sa pugnacité ni sa passion pour s?élever contre ce qui tourne mal. «Nou viv dans enn ti paradis. Nou bizin fer tou pou protez li. A coz détroit ki servi zot propre lintéret, la société dan pince.»
Pour eux, la musique est donc apparue comme le seul rempart contre l?obscurantisme et l?ignorance. «La misik comblé le vide. Avek diversité kiltirel ki éna dan Moris, nou ti bizin zordi pé domine l?Afrik, peut-être mem lé monde. Mais mem dans la mizik péna sa linité là. Nou, nou parey kan nou pé santé ek dan nou la vi. Pas bizin méday ni fer létalaz, zis bizin vrai are nou mem et puis ar piblic. Mais zordi, nou la voi pas pé tandé parski nou déranz system.»
Nitish Joganah ne s?interdit pas le droit à la parole. Comme lui, ses chansons revendiquent, interpellent et sollictent. Pas question de s?enliser dans la facilité. Il porte un regard critique sur ce qui l?entoure. Il y a chez lui ce besoin de dire haut et fort ce qui le dépasse.
Autant lui s?agite et s?emporte, autant, Ram, son frère aîné, est calme et posé. Mais dans le fond, leur discours se rejoint. «Bann l?ambition déméziré, blok réflexion. Bizin éna respect pou himin. C?est profi nou combat,» explique Ram Joganah.
Aujourd?hui, alors que nous manquons bien souvent de repères, Lataniers continue à nous donner des pistes de réflexion. Le Grup de Quatre-Bornes tente avec les moyens dont il dispose, de gagner le long et difficile combat pour la justice sociale et l?unité nationale. En chantant la société et en la regardant droit dans les yeux, ils tentent de panser ses plaies. «Mai pou combien létem enkor ? Bizin rélev. Bizin rélev partou. Mais ki sane là éna siffisament volonté pou servi lépep ?» La question reste posée.
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