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L?assurance tranquille de celui qui sait

26 mars 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Rajah Ramdaursingh est loin d?être un financier compassé, pour qui, tout ce qui n?est pas synonyme d?investissement est forcément inintéressant. Tout comme il ne vous fait pas ressentir, que contrairement à vous, lui a évolué dans les plus hautes sphères de la finance internationale, ce qui était d?ailleurs son lot quotidien. En fait, l?homme n?a jamais oublié ses origines et sa curiosité naturelle fait qu?il s?intéresse à tout ce qui l?entoure.

De plus, il a le mot pour rire, ce qui n?est pas pour déplaire. Ainsi, lorsque nous louchons vers son titre imprimé sur sa carte de visite, il déclare en s?esclaffant : ?C?est un grand titre pour épater les clients !? Tout comme lorsqu?on lui fait remarquer qu?il ne fait pas ses 45 ans, il réplique : ?On appelle ça l?effet Botox !?

Une autre de ses caractéristiques est qu?il a tendance à minimiser ses réussites pour ne les imputer qu?à la chance. ?J?ai eu la chance d?être là où il fallait au moment opportun. De nombreuses personnes qui sont, comme moi, d?origines modestes et qui ont fait autant d?efforts, n?ont pas eu les mêmes chances?, répète-t-il au cours de l?entretien.

C?est vrai que Rajah est d?origine modeste. En effet, ce cadet de cinq enfants est le fils d?un chauffeur d?autobus. La famille Ramdaursingh vit à Tranquebar. Sa mère y habite encore et il lui rend quotidiennement visite.

Il revient sur son enfance. ?Nous étions une famille très modeste mais heureuse. Mon père nous a légué deux valeurs importantes : il nous a fait comprendre que la meilleure façon de sortir du puits, c?était par le biais de l?éducation. Ensuite, il nous a inculqué l?intégrité. Il n?y a pas de doute : nous sommes vraiment les enfants de notre père?, dit-il avec fierté.

Il fréquente l?école primaire Guy Rozemont et est ensuite boursier au John Kennedy College. Pour pouvoir obtenir un peu d?argent de poche et s?acheter la paire de jeans dont il rêve, le jeune Rajah n?a pas peur de se retrousser les manches pendant les vacances scolaires. Il travaille d?abord comme machiniste dans une usine textile. Ensuite, lui et son frère font le tour des cités pour vendre des bijoux fantaisie. ?Très jeune, cela m?a donné une indépendance d?esprit et financière.?

Il ne prend aucune leçon particulière, excepté chez Sookdeo Bissoondoyal qui partage avec lui le fruit de ses réflexions sur la vie et le pays en général. Après de bons résultats en Form V, notre interlocuteur postule pour obtenir une bourse offerte conjointement par le gouvernement et le secteur privé pour faire son Baccalauréat international au United World College au pays de Galles. ?C?était la seule façon pour que quelqu?un comme moi puisse se rendre à l?étranger à cet âge.?

Son dada : la finance

Le Dr Michaël Atchia et Suren Bissoondoyal qui président le comité de sélection, l?estiment apte à obtenir la bourse car il a les capacités d?être un digne représentant de son pays. Ainsi, à 16 ans, il quitte Maurice et passe deux ans au sein de ce prestigieux pensionnat où il côtoie des jeunes de 50 différentes nationalités.

Les filières d?études supérieures en vogue chez les Mauriciens de l?époque sont la médecine, le droit et le génie. Lui tient à se démarquer et c?est le secteur financier qui recueille ses faveurs. Quoi qu?il ait obtenu une place à Oxford, il doit cependant regagner Maurice en espérant pouvoir postuler et obtenir une bourse. Or, la Grande-Bretagne vit sous l?ère thatcherienne et la Dame de Fer abolit les bourses octroyées jusque-là. Rajah décide de tenter sa chance auprès de la Coopération française.

En attendant d?obtenir une réponse, il prend son premier emploi à la? State Bank (SBM) où il travaille un an comme commis. ?Cela m?a appris la rigueur. C?était les premiers balbutiements de ma carrière et je suis très fier de mon parcours à la SBM.?

La bourse française qu?il obtient subséquemment lui permet de faire des études en administration économique et sociale à l?université de Paris. De là, Rajah décide de se rendre à Londres. ?J?ai eu la chance d?être embauché par KPMG.? Cette firme d?experts-comptables et de consultants lui donne l?opportunité de se former afin de devenir Chartered Accountant. Ainsi, pendant six ans, il vit à un rythme effréné, alliant travail et formation intensive. ?Il y a des jours où je voulais pouvoir fermer les yeux et me réveiller trois ans plus tard, juste pour me retrouver Chartered Accountant.?

Une fois qualifié, Rajah postule pour rejoindre le département très convoité des Fusions-Acquisitions. ?J?ai eu en fait la chance d?être accepté.? Là, il marie le business et la finance, travaillant dans la levée des fonds, des cotations à la Bourse de Londres et des fusions. S?il tire d?énormes satisfactions professionnelles, à un moment où ses contemporains se joignent aux grandes banques d?affaires, son désir est d?aller vers le côté financier le plus lié au développement.

De ce fait, il postule pour un emploi au sein de la Commonwealth Development Corporation (CDC), un des principaux investisseurs dans les marchés émergents. Accepté, il s?occupe pendant dix ans d?évaluations, de montages financiers et de bouclages des projets. Ces projets sont dans différents secteurs, différents pays et vont jusqu?à des centaines de millions de dollars.

?Depuis que j?ai 15 ans, j?ai fait mon propre chemin et je suis quelqu?un de foncièrement indépendant. La seule chose qui m?importe vraiment, c?est d?être le digne fils de mon père et d?être un père digne pour mes enfants.?

Il voyage énormément, chose qui lui plaît. Il trouve tout de même le temps de faire son Masters in Business Administration à la prestigieuse Warwick Business School. Lorsque la CDC participe à la création d?un fonds d?investissement mauricien, il est délégué pour le gérer à partir de Maurice. Il établit alors le Mauritius Venture Capital Fund et développe l?offshore pour le compte de la CDC. C?est au cours de ce long transit dans son milieu d?origine qu?il rencontre Priya qui vient de terminer ses études universitaires. C?est le coup de foudre. Ils se sont mariés en l?espace de six mois. Le couple s?installe à Londres. Et lorsque Rajah est promu directeur du département Corporate Finance de la CDC, il n?a que 36 ans. Ses responsabilités sont de gérer les investissements complexes et de lever des fonds à travers le monde. Il fait les cinq continents. Et même un tour du monde en 14 jours !

En l?an 2000, lorsque Priya et lui décident d?avoir des enfants, Rajah pèse le pour et le contre de leur vie en Grande-Bretagne et décide de rentrer. ?Pour moi, c?était mieux d?élever mes enfants à Maurice plutôt qu?à Londres pour deux raisons : la sécurité et ma disponibilité. À 65 ans, trop de gens qui ont réussi n?ont qu?un regret, c?est de ne pas avoir passé suffisamment de temps avec leurs enfants. Je ne voulais pas de cela. C?est donc sans regrets que je suis rentré au pays. Je préfère être un petit poisson dans un petit lac qu?un gros poisson dans un océan.?

Il rencontre alors Jean-Marc Harel, patron de la DCDM qu?il appelle son ?bon ami?. Ce dernier lui confie la responsabilité de la corporate finance au sein du cabinet. Poste qu?il occupe encore aujourd?hui. ?J?aide mes clients en termes de stratégies, de levées de fonds ou d?autres ressources vis-à-vis des investisseurs potentiels et des banques ou d?autres partenaires. Je les accompagne jusqu?à ce que la transaction soit complétée et que leurs projets démarrent.?

Une tâche probablement plus difficile à réaliser à Maurice qu?à l?étranger ? Rajah reconnaît qu?il y a ?beaucoup d?a priori. On s?associe généralement aux gens que l?on connaît. Quoique Maurice soit petit, ce phénomène ne nous est pas particulier. En Grande-Bretagne, on fait du business dans les clubs de golf par exemple?.

Depuis qu?il est à Maurice, Rajah a eu l?occasion de faire entendre son point de vue sur l?économie, un sujet qui le passionne, à diverses reprises dans les médias. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui a publiquement fait part de son appréciation de ses valeurs, a annoncé qu?il a demandé à Rajah d?être à la tête de la SBM. Si ce dernier a, cette fois, accepté, c?est qu?avec une carrière déjà de 22 ans dans les hautes finances ? que ce soit dans les grands centres financiers, les marchés émergents ou au niveau local ? et avec sa compréhension des enjeux économiques, il pense pouvoir contribuer aux secteurs financier et économique. Et puis, il aime les défis et la conjoncture actuelle en est un. Mais par respect de la déontologie, Rajah préfère ne pas évoquer son rôle futur dans cette institution.

En dehors de son travail, il est amateur de squash qu?il pratique le samedi matin au Gymkhana Club de Vacoas. Son meilleur public, ce sont ses enfants, Neeha, cinq ans et Karan, quatre ans. Il les ?endoctrine? au football anglais, surtout en faveur de l?équipe d?Arsenal. ?Il ne faudrait pas qu?ils deviennent supporters de Manchester United par exemple. Ce serait le comble !? dit-il en riant. Son dimanche est également réservé à sa tribu.

Rajah ne craint pas d?être étiqueté nominé politique. ?En 2001, le précédent gouvernement m?avait proposé la présidence d?une non moins prestigieuse organisation. Depuis que j?ai 15 ans, j?ai fait mon propre chemin et je suis quelqu?un de foncièrement indépendant. La seule chose qui m?importe vraiment, c?est d?être le digne fils de mon père et d?être un père digne pour mes enfants.? Pour le premier point, la preuve a été faite. Pour le second, seuls ses intimes pourront en être juges?

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