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L?art délicat du « non » amoureux

13 février 2005, 00:00

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Toute relation intime autorise des « abandons », des aspirations, mais aussi des attentes et des exigences implicites. Si j?aime, j?attends d?une certaine façon que l?autre « entre » dans mes demandes : qu?il puisse y répondre. Le fait de me sentir aimé va m?autoriser à croire que l?être aimant comblera tous mes désirs, sans même que j?ai besoin de les lui demander ? puisqu?il m?aime ! S?il me dit « non » cela me paraît inacceptable, insupportable. Ainsi une violence nourrie par des frustrations et des ressentiments va s?installer. Dans la plupart des cas, cette violence est voilée ou niée par celui qui l?éprouve et méconnue par celui qui la provoque. Celui qui aime devient vulnérable. Il laisse remonter en lui des demandes très archaïques, telles le besoin d?être pris en charge.

Se sentir aimé, c?est imaginer que l?autre est là pour nous, seulement pour nous. Or s?engager dans une relation d?amour, aimer comme unadulte, c?est prendre le risque de voir réapparaître la petite fille ou le petit garçon qui réclame compréhension et acceptation inconditionnelle. En amour, se confronter à un non différé, peut être perçu comme un rejet.

Le refus déstabilise le demandeur, le met dans le doute, s?il n?a pas l?autonomie suffisante pour gérer le risque fondamental : celui de la réponse de l?autre. La relation intime aime ce paradoxe : « Dis-moi oui pour me faire plaisir en me laissant croire que cela te fait réellement plaisir. » La maturité affective suppose de gérer les « non » et de les entendre comme un positionnement libre et adulte de la part de l?autre. Un « non » peut nous faire découvrir que nous n?avons pas de pouvoir sur le désir ou le non désir de l?autre. Le porteur d?un « non » pourrait préciser : « Ce n?est pas contre toi que je dis non mais pour moi »? Se confronter à des « non » d?un être proche, c?est grandir dans la liberté d?être.

<B>Vijay RAMANJOOLOO, psychologue clinicien</B>

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