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L?après-Raddhoa
Il n?est pas mort, il vit dans ses hommes. Prem Raddhoa sourira sans doute de satisfaction s?il peut lire ces mots de là où il est. Mots de triste vérité hélas. Hier, les prévenus étaient violentés dans le but de les faire avouer. Complaisantes envers la méthode qu?ils jugent efficace, les autorités ont applau-di. Tellement fort que la culture s?est installée ; les disciples du maître en ont pris de la graine. Aujourd?hui, pour perpétuer un savoir-faire si apprécié, ils s?exercent. En attendant les grandes affaires criminelles sur lesquelles ils pourront se faire à leur tour un nom, ils se font la main? sur des vols de portables !
Ce qui s?est passé à la cybercité cette semaine est ahurissant, à plus d?un titre. Grave atteinte aux droits de la personne, l?incident indique que les faiblesses maintes fois soulignées dans la conduite de certains policiers n?ont pas fait l?objet des mesures préconisées. Rien n?aurait bougé depuis le « J?accuse » du commissaire aux Droits humains après l?affaire Ramlogun. Cet incident confirme une méconnaissance persistante de la nature du métier. Il laisse deviner ? est-ce encore là le problème national de la qualité de nos ressources ? ? une absence totale de discernement chez des gens qui devraient en être dotés naturellement, vu la haute responsabilité qui leur est confiée : notre sécurité. Elle indique une ignorance de toute déontologie.
À entendre le traitement que disent avoir subi ces employés, il est clair que ces policiers de la MCIT ne connaissent pas leur métier. Il est d?enquêter d?abord. Ils devraient maîtriser les techniques psychologiques susceptibles d?embrouiller le suspect, savoir détecter les comportements embarrassés, interroger les uns et les autres sur leurs mouvements. Mais non. L?enseignement de Raddhoa, c?est vite la solution ; peu importe la méthode. Le subtil travail de démêler l?écheveau, connaît pas. Tous suspects. La fouille se substitue à l?enquête, comme hier la brutalité remplaçait un interrogatoire finement mené et une analyse experte des données.
Il y a méconnaissance de métier quand on recourt à la mise à nu. Dans toutes les démocraties qui méritent leur nom, la fouille, quand elle n?est pas une question de sécurité (à l?embarquement ou à l?entrée d?une prison, par exemple), est subséquente à une arrestation. Il faut qu?une personne soit sérieusement soupçonnée pour qu?elle soit soumise à cette pratique qui équivaut à une perquisition. La fouille corporelle ne peut se justifier que si des indices graves et concordants indiquent que cette personne a commis un délit. Elle est en général sélective. Ce n?était pas le cas lundi.
En outre, dans les codes de conduite des polices du monde il est spécifié que toute fouille doit se faire dans le respect de la dignité humaine. Cela est affaire d?éthique professionnelle. Il est toujours demandé à la personne concernée, même au prisonnier, son consentement. La loi anglaise n?autorise des fouilles sans consentement qu?exceptionnellement, dans le cas de drogues dures introduites dans le corps, ce qui peut tuer le suspect. L?obligation éthique de tous les policiers est de rechercher le consentement dans tous les cas.
La manière de faire de ces policiers trahit aussi une incapacité à discerner le degré de gravité du délit. « Supermen, superwomen » appelés pour leurs redoutables techniques, ils jouent le grand jeu à tous les coups. Un vol de portable est le délit le plus banal qui soit, ce n?est pas un meurtre. La victime a déjà dû s?en remettre. En outre, si les officiers de la MCIT ont pu trouver grâce à nos yeux un moment parce qu?ils ont pu craquer sous la pression, ce motif ne peut pas être évoqué dans un cas de vol de portable.
À circonstances différentes, méthodes différentes. Le discernement, une notion de la proportionnalité, du jugement est une qualité que doit avoir tout officier de l?ordre. Il n?est pas pensable qu?il fasse dans son enquête plus de dégâts que n?en a causé le délit lui-même. C?est un traumatisme autrement plus durable que celui que peut causer la perte d?un portable que l?on devine dans la détresse et les sanglots déversés sur les ondes.
Le nouvel arrivant à la MCIT se veut rassurant. Très soucieux de l?image du service, il semble l?être surtout de la sienne, prompt à effacer cette mauvaise note qui gâche son entrée en scène, en parlant de « cas isolé ». Beaucoup moins d?empressement en revanche à condamner les brebis galeuses de l?équipe, à promettre que les fautifs seront sanctionnés. Le surintendant se dissocie plus de ces pratiques qu?il n?en assume la responsabilité. Ce n?est pas très bon pour un chef. Mais au-delà de ces minauderies, il glisse diplomatiquement un message qu?on ne saurait ignorer : il fait savoir que la brigade de Kamatchi ne sera pas celle de Raddhoa. On l?attend au tournant.
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