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L?appel entendu des tambours du Kerala

18 septembre 2005, 20:00

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Sous une chaude lumière, la fête, ponctuée de silences complices et rythmée d?éloquentes saillies, bât son plein? Cela ne fait pourtant que quelques heures qu?ils sont ensemble. Mais déjà, ces étonnants convives sont comme de vieux amis. Cette rencontre au goût de retrouvailles, c?est celle des instrumentistes de la troupe de Krishnadas Balussery, du Kerala, et d?un groupe de percussionnistes locaux. Réunis pour la première fois mercredi dernier, ils ont livré, le même jour, une vraie symphonie de percussions au public subjugué du théâtre Serge Constantin.

La première partie était plus classique. L?ensemble instrumental indien, qui s?est produit les jours précédents dans les quatre coins de l?île, est composé de virtuoses accomplis, à commencer par le leader, Krishnadas Balussery, professeur au Kerala et descendant d?une lignée de fins percussionnistes. A ses côtés, on remarque notamment Ramachandran à l?idakka, un étonnant tambour à deux surfaces de frappe, en forme de grand sablier, Kunhiraman Cheruthazham au Thimila, et Kumar Udaya au tabla.

Le panchavadyam proposé, morceau dominé par cinq (pan) percussions (vadyam), se déploie sur une assise rythmique à la fois ferme et d?une grande mobilité. Il n?est pas jusque dans le fracas soutenu de l?elathalam (cymbales qui donnent la mesure) qu?on ne ressente une humanité conditionnée, mais non emprisonnée, par la rigueur et l?extrême concentration des interprètes. Car ces percussionistes sont audiblement parvenus à la maîtrise de leur art, entièrement tournés vers la vénération des dieux et l?office des poojas (prières).

En face, l?auditeur néophyte peut se laisser emporter par un flot de sonorités ruisselantes ; il peut aussi invoquer son propre monde musical, créant des ponts inattendus entre cet univers, où les passes entre instrumentistes sont des moments d?intense émotion, et les échanges serrés, haletants entre les pupîtres d?un orchestre beethovénien, autour de mêmes accords du destin.

Sans doute, les musiciens invités par le ministère de la Culture pour la session de ?fusion? de la deuxième partie, sont-ils allés bien au-delà de ces petits rapprochements. Ils auraient même pu, avec plus de temps, creuser davantage. Eux aussi, à l?image de Kerty O?cloo, Kurwin Castel, Norbert Planel (ravannes), perçoivent la musique comme quelque chose d?absolu, ?de sacré?. Il ne saurait en être autrement des musiciens du Mahatma Gandhi Institute : Chandrakumar Chutto, tablaiste qu?on ne présente plus, le senior performer Abed au dholok et l?incontournable Dharam Takah également au dholok.

A l?intérieur du canevas proposé par Drums of India, le morceau de Premkumar Arunachalam (qui tient le tambour mridagam), force djembés (Johan Leste, Kerwin Bru, Jean-François Mallacouty) et palpitantes ravannes tissent une trame qui renvoie aux sources universelles de la musique. La prodigieuse cloche accordée sur la gamme Sa Ga Ma Pa de Jean-Claude Emilien, tout comme sa maravanne, ajoutent ce qu?il faut de souplesse à cet édifice sonore toujours en mouvement. Et la sonnerie du kombu (genre de cor, tenu par Ajeesh R. Nair) achève de transporter l?auditeur vers le temps mythique où Inde et Afrique n?étaient qu?une seule terre, non séparés par un océan de matière.

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