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L?apathie

15 novembre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?Il faut prendre les décisions qui s?imposent. Le temps des discussions est terminé?, assène l?expert Percy Mistry, dans l?interview qui est publiée aujourd?hui dans notre supplément Economie et Business. Cet ancien consultant de la Banque mondiale a l?avantage de maîtriser complètement les données de notre économie tout en ayant le recul d?un technicien qui n?a aucun intérêt politique ou économique à défendre. Son appel à l?action mérite d?être entendu.

Du côté des analystes financiers également, l?atmosphère est imprégnée de morosité. Le taux de pessimisme mesuré par le baromètre ?Pluriconseil-l?express? passe de 80 % à 90 % en un mois. Les analystes ?ne voient toujours pas venir des mesures concrètes, correctives ou incitatives, susceptibles d?améliorer la croissance économique?. Les problèmes sont repoussés, estiment-ils.

Les dirigeants du pays semblent reléguer l?économie au second plan. Le Premier ministre réagit au quart de tour quand les images de sa rencontre avec un officiel indien ne sont pas diffusées au Journal télévisé mais prend son temps pour doter les institutions étêtées d?une direction. Depuis deux semaines, l?opposition tente de recentrer les débats par le biais de PNQ sur le sucre et le textile. Mais, on l?a vu hier encore au Parlement, les dirigeants ne semblent pas avoir pris la mesure de la crise à venir.

L?ère des préférences et des quotas tire à sa fin. Maurice aura de plus en plus de mal à affronter les chocs extérieurs. Pour maintenir une croissance raisonnable, il faut une claire vision politique. Pour permettre aux Mauriciens de conserver leur mode de vie, il faut changer leur façon de travailler. Mais au lieu d?exhorter la population à redoubler d'efforts et de discipline, le gouvernement accorde la priorité aux mesures sociales et invite au relâchement.

Les projets populaires ont créé un ?feel-good factor? qui a culminé avec le succès travailliste aux municipales. Mais ?avec un taux de croissance de 4 %, le pays ne sera plus en mesure d?offrir les services sociaux à la population?, avertit Percy Mistry. ?Maurice ne pourra plus se permettre d'avoir cet Etat providence du type semi-européen qu?elle a eu jusqu?ici... Le pays se paye son système social non pas à travers les revenus mais à travers les emprunts.?

De plus, la réintroduction du contrôle des prix du lait et son importation par un organisme d?Etat sont les prémices d?une politique interventionniste qui donne des frissons aux investisseurs. On peut, dès lors, s?interroger sur le silence du ministre des Finances face à ces dérives alors que les indicateurs économiques ont viré au rouge. Encore une fois, Mistry sonne l?alerte : ?L?investissement est passé de 26 % à 22 % du PIB. Tout indique que ce chiffre va encore baisser.?

L?action politique d?un gouvernement ne peut se limiter à satisfaire un électorat tenté par les ?gratuits?. Un dirigeant de la trempe de Rama Sithanen le sait trop bien pour qu?il s?en accommode. Alors à quoi peut-on attribuer son apparent manque de réaction face au populisme de ses collègues tel le ministre du Commerce, Rajesh Jeetah ? Il est évident que des divergences politiques de fond opposeront les plus expérimentés aux plus insouciants des ministres. L?approfondissement de la crise économique se poursuivra en attendant que le Premier ministre décide d?arbitrer entre les différents courants.

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