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L?année 2004 s?ouvre sur des notes persanes aigres-douces

11 janvier 2004, 20:00

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Il est difficile, en ces jours clôturant l?année écoulée et débutant l?année nouvelle, de faire abstraction de la Perse ou de l?Iran de nos manuels scolaires. Il y eut pour commencer le séisme qui anéantit la citadelle de Bam, causant des dizaines de milliers de morts et de blessés et une souffrance collective que nul ne doit oublier. On n?échappe jamais au malheur. Ce sont toujours des frères et des s?urs, des parents ou des enfants, à en être directement affectés. Point n?est besoin de se vanter de vivre désormais au sein d?un village global, si nous devons nous montrer insensibles aux malheurs d?autrui.

Notre île Maurice ne se situe pas tout à fait sur la trajectoire des chevauchements de plaques terrestres. Nous ignorons donc l?angoisse de ceux devant vivre dans la hantise du prochain tremblement de terre. Cela n?élimine pas pour autant le mot angoisse de notre vocabulaire. Le passage de la tempête tropicale Darius à une cinquantaine de kilomètres au large de la Pointe d?Esny nous le rappelle que trop. Bien sûr Darius est une rigolade quand on la compare aux cyclones plus meurtriers et plus dévastateurs que furent Carol, Gervaise, Claudette, Jenny. On ricanait moins quand, contre toute attente, la météo, au lieu d?enlever l?avertissement de classe II, le 2 janvier dernier, le remplaçait par un de classe III. Nous prîmes alors conscience qu?en dépit de la faible intensité et du petit diamètre de Darius, le pire redevenait possible et que le malheur pouvait à tout moment frapper à notre porte.

Il nous fallut alors prendre au sérieux ce Darius de malheur tandis que nous revenaient à l?esprit des souvenirs scolaires nous rappelant que Darios 1er ou Darius 1er, fut de 522 à 486 avant Jésus-Christ, le second fondateur, après Cyrus II, de l?empire perse, qu?il le réorganisa avec fermeté et rigueur et que Persépolis (la Cité des Perses située à moins de 600 km à l?ouest de Bam) témoigne toujours de la grandeur de son règne. Voilà qui nous rapproche davantage de la Perse d?hier et de l?Iran d?aujourd?hui, abolissant d?autant les distances spatio-temporelles que nous partageons pratiquement la même longitude (57/58° à l?est de Greenwich) que Bam.

La présente chronique n?a pas d?autres ambitions que de raviver ces souvenirs scolaires et de rappeler ce que nous savons déjà de l?histoire et de la géographie de cet ancien empire perse, dont un des derniers dirigeants, Reza Khan Pahlavi (1870-1944), shah de Perse de 1923 à 1941, année de son abdication en faveur de son fils (Muhammad Reza Pahlavi), fut exilé à Maurice d?octobre 1941 à juin 1942 et effectua ce séjour forcé à Val Ory, la résidence du major Régnard à Moka.

Profitons-en pour rappeler qu?avant la révolution de l?ayatollah Khomeyni, il fut question de rénover Val Ory aux frais de Téhéran pour en faire un musée de la présence iranienne à Maurice. Depuis Val Ory ressemble de plus en plus à la demeure de la Belle au Bois Dormant.

Commençons par la géographie de l?Iran car celle-ci précède quand même l?histoire de la Perse. Ce pays a la forme du bicorne, chapeau rendu célèbre par Napoléon Bonaparte. Le haut arrondi du bicorne comprend de hauts plateaux arides, souvent désertiques, qu?encadrent plusieurs chaînes de montagnes au nord (Elbourz et Khorazan) et sur un axe sud-est/nord-ouest (le Baloutchistan et les monts Zagros), Bam se trouvant à l?extrémité sud-est de cette dernière chaîne. L?hostilité du milieu naturel explique le faible peuplement du pays (63,6 millions d?habitants pour 1 633 190 kilomètres carrés, soit seulement 39 habitants au kilomètre carré) et une population urbaine de 61,6%. Ce pays montagneux et aride, trois fois plus vaste que la France et? 875 fois plus grand que l?île Maurice, peut produire annuellement 12 millions de tonnes de blé, 2,3 millions de tonnes de canne à sucre, 3,3 millions de tonnes d?oranges, 8,7 millions de tonnes de pommes de terre, 2,7 millions de tonnes de riz, 1,8 millions de tonnes d?oranges, 8,7 millions de bovins, 53 millions d?ovins mais surtout 197,8 millions de tonnes de pétrole.

Le berceau de l?humanité

Ce n?est pas rien. Et pourtant le nom aryen de l?Iran précède celui antique et historique de Perse. On doit ce changement d?appellation à notre Reza Khan Pahlavi qui, en 1935, décréta que la Perse sera dorénavant connue comme l?Iran. Mais Perse ou Iran nous sommes au c?ur de ce Moyen-Orient si Proche et qui constitue le berceau de l?humanité, même si d?autres régions du monde, dont la Mère Afrique et plus particulièrement l?Ethiopie, peuvent s?enorgueillir d?avoir abrité les plus vieux vestiges de notre race humaine, et même si l?Inde et la Chine peuvent se sentir exclues de cette vision exagérément occidentaliste du début de l?histoire du monde. Nous pensons ici à Mohenjo-Daro et aux cinq souverains mythiques qui dominent l?Empire céleste, 3 000 ans avant Jésus-Christ et aux inventions de l?agriculture, de la médecine, des rites, du calendrier, des noms de famille, de l?élevage des vers pour produire et tisser la soie, de la céramique, inventions datant de la même époque. Mais il s?agit ici principalement de nos souvenirs scolaires. Nous ne sommes pour rien si certaines civilisations sont en droit de se plaindre d?un quelconque déficit de communication.

Dans ce berceau de civilisation, comprenant aussi bien le Moyen-Orient que le bassin méditerranéen, Darius 1er monte sur le trône en 521 avant J.C. Cela ne nous dira pas grand chose, bien sûr, si nous ne faisons pas appel à quelques repères chronologiques, tels le passage (la Pâque) de la mer Rouge par les Hébreux que Moïse libère de l?esclavage des Egyptiens et de leur pharaon, Ramsès II (1290-1260 av. J.C.). Le roi David a plus de chance que Yasser Arafat car il réussit à faire de Jérusalem sa capitale vers 1000 av. J.C. Son successeur, le sage Salomon (970-933 av. J.C.), s?intéresse davantage à la reine de Saba qu?à Sémiramis, reine légendaire de Babylone, sa cadette il est vrai, d?un bon siècle et demi. Comme le temps passe vite. Il nous faut pourtant attendre encore un autre siècle pour que la louve de Rome donne la tétée à Romulus et Rémus (753 av. J.C.) et pour qu?Ulysse commence ses voyages homériques contenant autant de détours que de strophes.

Le siècle suivant (679-650 av. J.C.) voit la naissance d?une autre littérature homérique, due aux Jeux Olympiques de l?Antiquité que ressuscitera le baron de Coubertin. Glissons sur Dracon (621 av. J.C.) et sa réforme draconienne du droit athénien, sur la fondation (600 av. J.C.) de Massilia (plus connue sous son nom olympien de Marseille), sur les rigueur de l?éducation spartiate (600 av. J.C.), sur Zarathoustra, fondateur d?une religion connue des fans de Stanley Kubrick (600 av. J.C.), pour foncer tout droit sur la victoire de Cyrus le Grand sur les Mèdes et sur sa fondation de l?empire perse (vers 550 av. J.C.). Nouveau Moïse, il met fin à la captivité des juifs à Babylone et nous permet de boucler la boucle.

Cambyse, n?hérite malheureusement pas des qualités de papa Cyrus, connu pour sa clémence et sa tolérance. Cruel et sanguinaire, il s?en va conquérir l?Egypte, laissant l?empire paternel à un intriguant, mi-mage mi-magicien, nommé Gaumata que fera disparaître notre Darius (522 av. J.C.). Le moment est venu de faire plus ample connaissance.

Darius voit le jour vers 550 av. J.C. Il est donc très jeune quand Cyrus le Grand meurt. Il a une trentaine d?années quand, avec cinq autres complices, il gomme Gaumata. Les conjurés dissertent sur la forme idéale de gouvernement et optent pour la monarchie. Darius doit son trône au hennissement de son cheval, la première des montures des comploteurs à avoir henni avant le lever du soleil.

Ce système électoral vaut bien les autres, surtout quand on dispose d?un meilleur palefrenier que ceux des compères de Darius. Quoiqu?il en soit, Darius s?empare de l?empire perse et fait graver en perse, en médique et en assyrien (en trois langues, c?est plus prudent) sur un rocher à Bagastana (aujourd?hui Bisitour ou Behistan) sa généalogie, les événements précédant son règne et les combats qu?il doit livrer pour affermir son autorité. Il doit toutefois une fière chandelle à Sir Henry Rawlinson. A la mi-XIXe siècle (après Jésus-Christ), ce dernier parvient à déchiffrer les éphémérides trilingues de Darius.

C?est tortueux comme histoire. La trajectoire de Darius-la-tempête ne l?est pas moins. On peut toutefois retenir de son règne légendaire, le début de la construction de Persépolis (515 av. J.C.). La paix régnant sur les marches occidentales, Darius s?empare de la vallée de l?Indus. Mais les Grecs commencent à faire de l?ombre à Darius, aux prises d?ailleurs avec un chauve qui peut. Il capture, en effet, Histiée, tyran de Milet. Ce dernier, de sa prison, sollicite le secours d?Aristagoras. Mais comment faire? Darius contrôle son courrier. Il rase le crâne d?un esclave et y tatoue son appel à la résistance. La suite se passe comme une lettre à la poste : la chevelure repousse, l?esclave chevelu est envoyé à Aristagoras qui lui rase de nouveau le crâne, prend connaissance du message d?Histiée et organise la révolte anti-Darius. Les Perses et les Grecs alternent victoires et défaites. Une décisive victoire grecque est connue de tous les sportifs, autant ceux foulant l?arène des stades que ceux occupant leurs gradins ou les canapés devant les téléviseurs actuels. Il s?agit de la victoire de Miltiade sur les Perses à Marathon (490 av. J.C.) et qui coûtera la vie à un messager. On est toujours plus fringant en début qu?en fin de trajectoire.

Darius le Perse n?a pas plus de force, à la fin de son règne, que notre Darius passant au large de la Pointe d?Esny. Mais de même que nous nous souviendrons pendant encore quelques jours encore des pluies bienfaisantes que ce trouble-fête de fin d?année nous valut, de même les férus d?histoire se souviennent toujours des bienfaits et valeurs de l?empire perse. Darius gomme donc pour commencer l?usurpateur Gautama. Les provinces de l?empire faisant preuve d?une indépendance exagérée, Darius rappelle à l?ordre la Chaldée, la Médie, la Perse et obtint la soumission des pays les plus éloignés jusqu?à ce que les Grecs interrompent sa course triomphale à Marathon. Il met au point un système de protectorat qui permet aux peuples soumis de conserver leurs lois, langues, religions et princes. Chaque protectorat est confié à un satrape ou vice-roi, auquel sont adjoints un secrétaire général et un commandant des troupes d?où des rivalités réprimant les abus de pouvoirs. Des inspecteurs royaux, les yeux et les oreilles de Darius, surveillent de près les faits et gestes de cette bourgeoisie d?Etat. Un service régulier de courriers assure la bonne communication entre Darius et ses lieutenants. A ce Louis XIV antique, il faut un Versailles. Ce sera Persépolis sur lequel Darius règne tel un dieu tout-puissant.

Grandeur et décadence, nul n?échappe à cette règle. Les empires naissent et meurent. Le soleil se lève, atteint son zénith et puis se couche. Les cyclones se forment, s?intensifient, s?affaiblissent. Cyrus précéda Darius et Xerxès lui succède. Darius n?est hélas pas la dernière tempête tropicale à jouer les trouble-fête. Et à Bam, on compte toujours les morts en appréhendant déjà le prochain séisme. Ainsi vivent les hommes.

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