Publicité
L?angoisse des représailles
Menaces. Actes d?intimidation. À en croire certains observateurs, toutes les man?uvres ont été utilisées par des membres de la direction afin de dissuader les employés d?une usine textile du Sud d?aller de l?avant avec leur plainte. Pourtant, dans une lettre adressée fin juin au ministre du Travail, Vasant Bunwaree et au Premier ministre, Navin Ramgoolam, les emplo-yées dénonçaient un chapelet d?abus, notamment le harcèlement sexuel.
Quelques semaines plus tard, revirement de situation. « Non je n?ai rien à dire à ce sujet. Ce ne sont que des faussetés. Je n?ai jamais été victime de harcèlement », lâche une des présumées victimes, interrogée au téléphone. Peur de représailles ? Pas seulement, car en raison de sa fonction et de sa position sociale, le harceleur se trouve en situation de pouvoir par rapport à elle.
Et une lettre adressée à plusieurs journaux et signée du Workers? Council de l?usine, vient démentir les allégations portées contre la direction.
Ce qui n?a pas manqué de faire tiquer le syndicaliste Fayzal Ally Beegun, qui n?y a pas cru un seul instant. « Le Workers? Council est mis en place par la compagnie. Et il a démenti la nouvelle. Même si la totalité des 900 employés avait signé cette lettre, je n?y aurai jamais cru, car ces gens ont besoin de travailler. Ils ont trop peur d?être mis à la porte. Cela sent les représailles et les menaces à plein nez », dit-il d?un air dégoûté. Mais il ne compte pas rester les bras croisés. Une rencontre avec le directeur de la compagnie pour lui expliquer la situation sera ainsi sollicitée la semaine prochaine.
Dénigrer la femme</B>
Car il s?agirait d?une situation qui empire de jour en jour, selon certaines employées qui se sont confiées au négociateur. L?une d?elles a relaté comment elle a subi des attouchements de la part d?un membre de la direction. Aucune sanction, à l?exception d?un avertissement, n?a été prise contre son harceleur lorsqu?elle a daigné se plaindre au Top Management. Une autre fait état d?un CD où ses ébats ont été filmés avec un des responsables de la compagnie. Ce dernier menacerait la jeune femme de tout dévoiler si jamais elle comptait aller de l?avant avec sa plainte.
Radha Gungaloo, avocate et fondatrice de S.O.S. Femmes, ne s?étonne guère de la tournure qu?ont pris les événements.
« C?est quelque chose de classique. Depuis que le harcèlement sexuel est considéré comme un délit dans certains pays, il y a toute une panoplie d?excuses qui est déployée. » Sans parler, poursuit notre interlocutrice, des man?u-vres bien planifiées pour dénigrer la femme. Voilà pourquoi les gens ne croient pas ces malheureuses. « Et cela se vérifie aussi dans des cas de viol ou d?inceste. La première réaction des autres, c?est de se demander si la victime ne l?a pas cherché », lâche-t-elle.
Le fait que la victime est, dans les cas de viol, d?inceste et de harcèlement, une femme, c?est elle qu?on tentera de blâmer. « Les vols et autres détournements de fonds ne rencontrent pas ce genre de réaction. Même lorsqu?elle va se plaindre à la police, il y a de forts risques que la parole d?une femme ne soit pas prise au sérieux. Elle se heurte à un rejet, des critiques et à un blâme ouvert ou voilé. »
<B>Banalisation des conséquences </B>
D?où le tabou qui entoure ce type de comportement. Les femmes victimes choisissent alors fréquemment de se taire.
« Bien souvent, la femme n?a pas d?autre choix que de subir et de continuer à travailler, faute de preuves pour étayer ses dires. Elle a aussi peur d?être blâmée pour ce qui lui arrive, peur que cette dénonciation ne salisse sa ré-putation, peur d?un manque de soutien des proches et de la famille, mais surtout peur de perdre son emploi », soutient Deepa Gokulsing, chargée de cours en sociologie à l?université de Maurice.
Selon cette dernière, on a trop tendance à banaliser les conséquences sociales du harcèlement. « Cela ravage une femme. Malgré le peu de recherches effectuées à Mau-rice, on peut dire que les conséquences au niveau psychologique, physique et social sont terribles. D?abord, nous notons qu?elle s?absentera beaucoup de son travail, sa productivité diminue et parfois elle cesse de travailler », poursuit Deepa Gokulsing.
Et selon notre interlocutrice, la femme se sent mal à l?aise sur son lieu de travail, surtout en présence du harceleur. Et si elle n?est plus motivée pour travailler, elle peut se faire mettre à la porte ou transférer vers un autre département. « À long terme, c?est la dépression, des problèmes de santé et même le suicide qui guettent? »
Que faut-il pour changer cela ? Les lois, notamment le Sex Discrimination Act (2002), le Labour Amendment Act (2004) et le code pénal, sont-elles assez sévères ? « Je le crois, affirme Radha Gungaloo. Il y a toute cette panoplie de lois pour protéger la femme. La question à se poser est comment elle est appliquée. » Elle estime cependant que le plus gros obstacle c?est les m?urs, les mentalités ainsi que la situation de la femme.
« Lorsqu?elle sera consciente qu?elle est un être humain protégé par la loi, alors s?opérera le changement que nous attendons tous. C?est à elles de devenir le sujet indépendant, autonome et sans assistance. Il y a une grande campagne à faire pour qu?elles soient maîtresses de leur destinée. »
QUESTIONS À
<B>Nathalie Foulon, coordinatrice auprès d?Enfants de l?Espoir, organisme d?adoption
« L?absence d?un organisme reconnu ouvre la porte au trafic »
Vous avez récemment eu une rencontre avec le « National Adoption Council » (NAC). Dites-nous quel en était l?objectif ?</B>
Cette rencontre avec le NAC, le ministère de la Femme et l?Ombudsperson for Children avait pour but de voir si une collaboration était possible entre la Belgique et Maurice pour l?adoption.
En clair, je voulais savoir s?il y avait des enfants adoptables à Maurice. Enfants de l?Espoir est un organisme reconnu par le ministère de la Communauté française de Belgique. Les activités de notre organisme sont supervisées par l?Autorité centrale communautaire. Il existe depuis 1980 et fait partie de la Fédération francopho-ne des services d?adoptions ainsi que d?EURADOPT (Fédération des services d?adoption européens). Depuis sa création et jusqu?à ce jour, notre association a permis le placement de 660 enfants.
<B>Mais nous n?avons pas vraiment d?institution dédiée à l?adoption comme la vôtre?</B>
Il n?existe pas vraiment d?organisme reconnu. Et cela ouvre forcément la porte à des dérives, notamment au trafic d?enfants. En tant qu?ONG accréditée auprès de l?Autorité centrale, nous effectuons régulièrement des missions dans les institutions avec lesquelles nous travaillons.
Par exemple, pour éviter tout risque de dérapage, les candidats ne peuvent avoir aucun contact avec les personnes qui ont la garde de l?enfant, que ce soit la crèche, l?institution hébergeant les enfants, ou les parents des petits.
<B>Quelles sont les procédures pour adopter un enfant ?</B>
Notre organisme propose ses services à tout citoyen vivant en Communauté française de Belgique. Les demandes introduites par des étrangers sont prises en considération après vérification de la législation dans leur pays d?origine.
Une assistante sociale ou moi-même expliquons alors aux candidats les possibilités via l?organisme, et tout ce qu?ils doivent savoir avant de s?engager dans le processus d?accueil d?un enfant. Nous vérifions aussi qu?ils remplissent les conditions de la loi belge et des lois étrangères de leur pays et aussi les critères légaux et autres du pays de l?enfant souhaité.
Les candidats à l?adoption doivent suivre une préparation de quatre mois organisée par l?Autorité centrale communautaire. Au terme de cette préparation, ils pourront déposer une requête pour obtenir un jugement auprès d?un juge de la jeunesse. C?est ce jugement qui déterminera leurs aptitudes à adopter. Une fois le verdict obtenu, les candidats viennent dans l?organisme pour démarrer la procédure d?adoption avec un pays précis.
<B>Quels sont les critères sur lesquels vous vous basez pour accepter une procédure d?adoption ?</B>
Nos critères se fondent tout d?abord sur des aspects légaux belges et étrangers. Nous acceptons les candidatures de cou-ples âgés entre 25 et 50 ans, et pour certains pays, des candidatures de personnes célibataires. Dans ces cas précis, nous nous montrons encore plus stricts. De plus, les candidats doivent être mariés, et en bonne santé physique et mentale.
En général, les enfants plus jeunes sont confiés à des couples plus jeunes. Par ailleurs, les couples qui ont déjà des enfants sont aussi acceptés.
<B>Les souhaits des futurs parents sont-ils compatibles avec les réalités du terrain ? </B>
Il arrive que le projet des parents ne soit pas réalisable dans notre organisme, même s?ils sont en possession du jugement d?aptitude. Nous essayons d?encourager des parents à adopter des en-fants malades qui peuvent être soignés en Belgique, ou encore des petits qui présentent un handicap. L?adoption d?une fratrie est également encouragée.
Au niveau de Maurice, nous avons réalisé deux adoptions, dont une intra-fa-miliale, où le mari belge souhaitait adopter l?enfant de son épouse mauricienne.
<B>Avez-vous connaissance de cas où il y a eu rejet de la part de l?enfant ?</B>
Avant la nouvelle loi sur l?adoption de 2005, les candidats avaient la possibilité de choisir un enfant dans un pays ou de passer par un service comme le nôtre. Nous avons constaté que souvent, les parents adoptifs ne s?attendaient pas à ce qu?il y ait des rejets.
Beaucoup d?enfants, ainsi déracinés de leur pays, et se retrouvant avec des pa-rents n?ayant eu aucune préparation, atterrissaient alors dans un orphelinat en Belgique. Il a fallu tirer la sonnette d?alarme. À partir de 1992, il y a eu une préparation du candidat à l?adoption et aussi une professionnalisation des services. Nos services continuent, quant à eux, à suivre les enfants avant et après leur arrivée.
<I> Propos recueillis par</I><B> B.B.</B>
<B>L?avis de Shirin Aumeeruddy-Cziffra, « Ombudsperson for Children » </B>
« Maurice a signé et ratifié la Convention de la Haye sur la coopération internationale concernant l?adoption, et nous attendons impatiemment un projet de loi, sur lequel nous avons déjà beaucoup discuté. Par ailleurs, il est urgent de passer une loi pour faciliter l?adoption des enfants. Il y a beaucoup d?enfants qui sont véritablement abandonnés dans des institutions pendant de longues années et qui n?ont plus de liens avec leurs parents biologiques. De plus, il y a un manque de place dans ces institutions pour des cas de maltraitance toujours en augmentation. Le trafic d?enfants concerne aussi l?adoption. Chacun sait que s?il n?y a pas de cadre légal et institutionnel, les enfants peuvent être vendus, même dans le cadre d?une adoption où il y a une loi, mais peu de contrôle. Pour l?adoption locale, il n?y a pas de procédure d?enquête selon des critères précis. Ce qui met les enfants à risque. »
Publicité
Publicité
Les plus récents