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L?aluminium en toute précision
Les noms de baptême sont parfois sujets de chicanes. Même quand il ne s?agit pas de gens. Ainsi le nom du métal que nous appelons aluminium manquait de précision, pourrait-on dire, lors de son apparition car il omettait un « i » essentiel à celui qui aime mettre des points. Le savant concerné l?avait dit aluminum. Toutefois il finit par suivre la mode dictée par sodium, potassium et autres calcium en ajoutant la voyelle. Mais en Amérique, pays qui aime faire cavalier seul, le métal est encore aluminum. Notons en passant qu?Al, souvent prénom américain dans les problèmes de mots croisés, est le symbole chimique du métal.
L?aluminium abonde en pleine nature mais déguisé sous des dehors qui ne trahissent pas sa présence. Il ne cède pas facilement aux prières de l?homme qui le désire. Ce n?est qu?à la fin du siècle dernier que l?on trouva la bonne façon de l?arracher sans trop de peine à la terre qui l?étreignait. Les recherches pour extraire l?aluminium furent encouragées par Napoléon III. Quand un poids raisonnable du métal fut obtenu, l?empereur en fit fabriquer des couverts qu?il étalait fièrement lors des banquets.
Bien que distingués à l?époque, ces ustensiles devaient être mous. Le métal l?est toujours mais l?ingéniosité du bricoleur métamorphose cette faiblesse en force. Ainsi des rivets d?aluminium sont très pratiques parce qu?on les écrase aisément. La légèreté autorise aussi de longues antennes captant sur les toits les ondes véhiculant des images. Bien montée la collection de tiges fluettes n?a aucune raison de reprocher à ces signaux comme dans la chanson :?Vous qui passez sans me voir Sans même me dire bonsoir?.
La faiblesse nuit aux talents du métal. Ainsi il mène la chaleur à bon port et se voit à la cuisine, en modeste dekti ou plus luxueuse cocotte.
Malheureusement de brusques changements de température déforment ces récipients. De plus les aliments acides ont tendance à les attaquer. La surface ne se contente pas alors d?être disgracieuse car les molécules dissoutes, selon certains travaux, encourageraient la maladie d?Alzeihmer. Toutefois les chercheurs ? souffrant des débuts du mal ? ? discutent encore de cette cause.
Bien que léger, le métal est capable de soutenir le poids du savoir. Des supports d?aluminium permettent donc la confection de rayons pour loger des volumes bien acquis ou? empruntés à très long terme. Si les volumes sont associés aux transports de l?esprit, celui des corps est aussi redevable à l?aluminium car il fait des carrosseries de cars ; des fuselages et autres parties d?avions tandis que des superstructures de divers paquebots lui doivent leur élégance. Le moteur, l?âme même de la voiture, peut être d?aluminium moulé.
On peut aussi admirer le brillant de ce métal léger. Un bon polissage lui permet de bien refléter la lumière. Dans maints télescopes, le miroir est donc fait de verre recouvert d?aluminium qui ne se ternit pas aussi rapidement que l?argent. La chaleur est tout aussi bien renvoyée et des pompiers revêtant des combinaisons d?aluminium peuvent tenir quelques minutes à 40 centimètres d?un brasier. Même effrité en fines pellicules et transformé en peinture le métal reflète encore. Il protège alors le fer, le bois ou le ciment contre les intempéries
Il est des cas où conserver est plus fructueux que rendre tout en restant honnête. Ainsi la chaleur, accueillie et emprisonnée dans des feuilles de bananiers, cuit des mets polynésiens. Le cordon bleu substitue le métal au végétal et enveloppe des pièces allant au four dans une feuille d?aluminium. Y a-t-il là progrès ?
Une autre faiblesse fait céder l?alu à la cour que lui fait l?oxygène. Mais l?union est toute de surface : quelques fractions de millimètre. La première couche d?oxyde, comme jalouse de son état et ne voulant pas que les parties qu?elle recouvre jouissent de la même faveur, oppose une barrière infranchissable au passage du gaz. Pour notre plus grand profit car l?aluminium ainsi protégé demeure pratiquement inaltérable à l?air et semble conserver une éternelle jeunesse.
Ce film naturel peut être renforcé par un courant électrique. On dit alors le métal anodisé. La couche, poreuse, peut absorber des colorants et sa surface satinée acquiert des teintes décoratives qu?un bain d?eau bouillante peut stabiliser.
Des circonstances particulières, remontant au passé, ont poussé à des alliances massives de l?aluminium avec l?oxygène. Le mariage donne une roche, l?émeri, chère au bricoleur comme abrasif : l?union d?un métal mou et d?un gaz léger produit un rejeton extra dur ! Qui l?eut dit ?
Le chimiste, imitant la nature, fabrique un oxyde pur, encore plus dur, dont on enduit les papiers abrasifs. La nature conserve cependant plus d?atouts. Car cet oxyde, vu sous un nouveau jour, joue brillamment avec la lumière quand il devient rubis ou saphir. Le chimiste ne perd pas espoir de battre la nature à son propre jeu mais, pour prouver sa valeur, devra attendre un certain nombre d?années.
Bien que léger, le métal est capable de soutenir le poids du savoir. Des supports d?aluminium permettent donc la confection de rayons pour loger des volumes bien acquis ou? empruntés à très long terme.
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