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L?alchimie de Jude Law et d?Anthony Minghella

20 mai 2004, 20:00

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<B>? Anthony (réalisateur de ?Cold Mountain?). En réalisant votre film, aviez-vous en tête ?L?Odyssée? d?Homè-re, dont la trame est très proche de ?Retour à Cold Mountain? ? </B>

Je dois dire que j?ai pensé bien plus à L?Odyssée qu?à Cold Mountain, le roman original de Charles Frazier. Mais j?ai eu tout un tas d?ouvrages en tête, comme Le Livre de Job ou des textes médiévaux qui, bien sûr, n?ont pas liens directs avec le roman. J?ai adopté une démarche universelle qui a laissé perplexes certains critiques aux Etats-Unis. Ce qui m?intéressait, plus que les événements spécifiquement liés à la guerre de Sécession, c?était la notion de pèlerinage, d?obstacle à surmonter. Au-delà de l?endroit où doit retourner le héros du film, Cold Mountain représente aussi une notion spirituelle, un idéal.

<B>? La guerre de Sécession est souvent montrée dans le cinéma comme une guerre de mouvement. Dans le film, elle apparaît comme une vraie guerre de position, proche de la guerre de 14-18?</B>

C?est intéressant que vous mentionniez la Première guerre mondiale. J?avoue que lorsque j?ai filmé la séquence d?ouverture de Retour à Cold Mountain, j?avais plus en tête ce conflit que la guerre de Sécession. Pour la photographie de la bataille, je me suis beaucoup inspiré de Strange meeting, un poème de Wilfred Owen. J?ai eu énormément de choses en tête pour créer l?atmosphère de mon film, notamment la bataille de la Somme. J?ai lu beaucoup de livres sur cette période et j?ai été frappé par des détails bien précis, par exemple la description des soldats qui perdaient leurs vêtements sous le choc des explosions. Retour à Cold Mountain n?est pas réalisé dans une perspective guerrière, au sens de tactique. Il ne s?agit pas d?une caméra objective. Au contraire, je voulais être le plus subjectif et le plus viscéral possible. Tout est vu du regard d?un homme ordinaire, pris dans des causes qu?il ne comprend pas. La stratégie, la politique, tout échappe au personnage d?Inman.

<B>? Jude. Même s?ils ne combattent pas dans la même époque, voyez-vous des points communs entre le sniper que vous jouiez dans ?Stalingrad? et Inman, de ?Retour à Cold Mountain? ?</B>

S?il y a un point commun entre ces deux films, c?est le mensonge raconté aux hommes pour les envoyer à la guerre. C?est un élément que l?on retrouve à la fois dans Stalingrad et dans Retour à Cold Mountain. On nous y montre l?appétit des jeunes pour aller se battre pour une cause qu?ils ne comprennent pas. Comme cela est mentionné dans le film, ils se battent pour un drapeau et pour un mensonge. Et au final : ils trouvent la mort. L?autre point commun est la différence entre leurs rêves et la dure réalité de la guerre, la destruction, le carnage. Mais pour rester optimiste, il y a aussi dans le film un amour qui fleurit. A travers ce conflit, à travers l?horreur de la guerre, l?âme humaine découvre le besoin de vivre et d?aimer.

<I>(Source : MONSIEUR CINEMA)</I>

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