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Laisse béton
Après le lait c?est le ciment qui risque de faire des vagues. Le géant et numéro un mondial Lafarge menace de quitter Maurice, fatigué d?essuyer des pertes qui sont hors de son contrôle.
Les importateurs de ciment sont doublement pénalisés. Les prix sont fixés et en plus leur marges sont également réglementées.
A chaque arrivage le ciment coûte plus cher et il est vrai que les prix sont ajustés de temps à autre. Mais ce qui manque aux importateurs c?est élément de prévisibilité. L?Automatic Price Mechanism (APM) introduit pour les produits pétroliers a été une réponse à cet élément de prévisibilité. Encore que pour des raisons électorales on peut choisir de geler le mécanisme d?ajustement des prix.
Aussi, la demande de Lafarge pour l?extension de l?APM au ciment semble raisonnable. En fait le système pourrait être étendu à tous les prix administrés.
D?autre part, Lafarge et Holcim réclament une augmentation de leurs marges pour couvrir leurs coûts d?opération et dégager un bénéfice. Aucune société n?acceptera de rouler à perte.
On peut comprendre que le gouvernement soit réticent à réviser le prix du ciment et les marges des importateurs. D?une part, aucune hausse de prix n?est bonne pour la popularité du gouvernement.
D?autre part, une hausse du coût du ciment couplée à la hausse récente des autres intrants dans l?industrie du bâtiment risque de ralentir davantage un secteur de la construction qui n?a presque plus rien à se mettre sous la dent après les années d?abondance.
Mais outre la vérité des prix il y a deux choses essentielles au c?ur de ce dossier. Sans donner l?air de céder à un quelconque chantage éventuel, on peut aisément imaginer le tort qui sera fait à l?image de Maurice si Lafarge, le numéro un mondial du ciment, quitte le pays car insatisfait de l?environnement commercial. On en peut rêver de pire publicité pour un pays en manque d?investissements directs étrangers et de devises.
Par ailleurs, n?est-il pas temps de revoir le rôle de la State Trading Corporation (STC) en tant qu?importateur étatique ? On peut arguer qu?il fut un temps où l?intervention de l?Etat était nécessaire, soit pour suppléer aux insuffisances des opérateurs existants, soit pour aider à réguler un marché qui peut facilement être victimes de tous les travers qu?on peut imaginer dans un environnement de monopole ou de cartel.
Peut-on donc laisser certaines denrées stratégiques entièrement entre les mains du secteur privé ? Autrement dit, peut-on faire confiance au secteur privé ?
Une partie de la réponse viendrait de la création d?institutions solides, équipées et compétentes pour veiller au respect du ?fair trading?, traquer les pratiques qui restreignent la compétition et la libre concurrence, s?attaquer aux cartels, aux monopoles et mettre fin aux pratiques commerciales injustes et malhonnêtes.
Cela fait des années que l?on réfléchit et que l?on annonce la création de telles institutions. On ne voit toujours rien venir. Cependant, certains comme Lafarge pourraient perdre patience et croire qu?ils n?ont plus qu?une seule option : laisse béton.
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