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L?agresseur type cherche à humilier

9 janvier 2004, 20:00

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«L?acte sexuel est souvent secondaire dans le viol.» Cette déclaration peut surprendre mais c?est une vérité connue des psychologues, nous explique Reeta Reekoye, une spécialiste. Elle ne tire pas seulement ce constat des études réalisées sur la question mais aussi de son expérience sur le terrain. Reeta Reekoye a «soigné» à la prison de Beau-Bassin des hommes condamnés pour viol. Elle a vu, trop vu, «ces dégâts psychologiques profonds et dévastateurs, cette terreur qui surgit à tout instant et qui reste souvent indélébile» chez la femme violée. La psychologue est sidérée par la fréquence des cas de viol à Maurice et la méconnaissance du grand public des «blessures à vie que le violeur inflige à l?âme même de sa victime».

Mais alors, qu'est-ce qui pousse un violeur à commettre son crime ignoble si ce n'est le sexe ? Une pulsion incontrôlable ? La psychologue ôte ses lunettes, met de côté ses notes et explique : «Chez le violeur, le désir est surtout celui de domination, d'humiliation, de contrainte, de maîtrise. L'acte sexuel n'est en fait que le moyen de se venger, de salir la femme. Un homme normal arrive à contrôler ses pulsions sexuelles, c?est pourquoi on ne peut pas dire que tout homme est un violeur potentiel.»

Au bout de quelques secondes de réflexion, elle ajoute : «Il ne faut pas croire que je suis en train de vous dire que le violeur a cela en tête quand il va commettre son acte. Que le violeur se dit je vais humilier, salir, et exercer mon pouvoir sur cette femme. Il est vrai que la plupart des violeurs planifient leurs actes, c?est prémédité. Mais ils ne savent pas que c?est ce désir de salir la femme, de domination, de vengeance, qui anime leurs actes. C?est dans leur subconscient. En fait, la plupart présentent presque les mêmes caractéristiques. Il y a chez eux une certaine constante et des histoires de vie et d?enfance qui se ressemblent.»

Un ventilateur brasse l?air chaud et la psychologue semble avoir une certaine maîtrise du sujet. Je me lance : «Alors, comme ça, en voyant pour la première fois un homme, vous pouvez savoir s?il est un violeur potentiel ou non ?»

«Absolument pas, il n'y a pas un faciès de violeur, pas de phénotype. Il peut être laid ou beau garçon, intelligent ou imbécile, séduisant et plein de charme, ou alors antipathique. Mais il n?utilisera pas la séduction pour avoir la femme qu?il vise. Il utilisera la force, la contrainte. Il peut aussi être un homme marié avec une vie sexuelle normale. Les violeurs n?affichent pas un fort penchant pour le sexe, ils ne sont pas des pervers du sexe. C?est en fouillant dans la vie des violeurs qu?on se rend compte qu?ils partagent certaines caractéristiques et on arrive alors à leur profil psychologique.»

COMPTE SUR LA FAIBLESSE

La psychologue continue : «Ils n?ont cependant pas tous le même mode opératoire, mais la plupart profitent du fait que la femme à laquelle ils s?attaquent est tétanisée par la peur pour passer à l?acte. Ils misent tous sur la faiblesse, au point où il n?est pas rare qu?ils violent des vieilles, des handicapées ou de très jeunes filles. Le violeur est capable de violer n?importe quelle femme. L?âge, la couleur, la religion la beauté ou la laideur lui importent peu. Ils restent cependant non reconnaissables dans la vie de tous les jours.»

Reeta Reekoye tente alors de dresser le profil psychologique type. En général, le violeur, à Maurice, appartient à un groupe qui n?a pas fait beaucoup d?études. Il est déscolarisé assez tôt, ce qui ne veut pas dire qu?on ne retrouvera pas des violeurs parmi des universitaires. «La plupart ont connu une enfance difficile au sein d?une famille désunie, couple divorcé ou séparé, et ont subi des sévices physiques et souvent sexuels pendant leur enfance. Ce sont des enfants battus par leur mère ou leur beau-père, qui ont eu à s?occuper des travaux ménagers, de force bien souvent. Ils ont eu à habiter chez des parents proches ou lointains, chez des voisins ou des amis pour échapper à la violence familiale. Ils n?ont pas connu beaucoup d?affection.»

Ces personnes ont connu un «poor moral developpement» avec des parents qui sont des «poor models». Avec la disparition des familles étendues et l?augmentation constante des divorces, dit-elle, Maurice est en train de fabriquer beaucoup d?enfants de ce type, «même si cela ne veut pas dire que tous ces enfants seront des violeurs».

«Beaucoup s?en sortiront; bien d?autres n?arriveront pas à passer à l?acte. Mais certains parviendront à utiliser le sexe comme arme. Ce qui amène les psychologues anglo-saxons à décrire le viol comme a violent, terrifying and humiliating assault, an act of power over another and where the weapon used is the male sex».

Et d?ajouter que le violeur n?a aucune considération pour sa victime, aucune pitié et passera à l?acte même si la femme lui dit qu?elle est souffrante ou qu?elle est enceinte. «Sur un certain plan, ils sont si déséquilibrés que les pédophiles, qui partagent le même profil que les violeurs, me disent souvent que les enfants ont eu ce besoin d?avoir des relations sexuelles.» Mais, souligne la psychologue, la plupart des violeurs nient les faits. Ils disent avoir été piégés par la femme.

Ah ! si le violeur savait à quel point il détruit, meurtrit l?être abusé. Mais cela n?aidera pas la femme, car le violeur cherche surtout à faire du mal, à punir «celle qui cherche ça».

Dr Miko violeur en série

Le seul «serial rapist» que Maurice ait connu est Gérard Agamemnon, alias Dr Miko, qui a avoué avoir violé cinq femmes. En cour d?assises, il a déclaré avoir violé pour se venger de sa femme. «C?est à cause vengence ki mo femme fine quitte moi ki mo fine fer ça banne zaffaire là.» Le Dr Miko a le profiltype. Il a connu une enfance malheureuse. Enfant battu, il commence à travailler très tôt. «Le temps mo pas amène boucoup casse,zotte batte moi». Il a erré de maison en maison et fait plusieurs travaux manuels, s?est marié, puis a divorcé avant de devenir un violeur en série. Ce profil, on le retrouve chez tous les violeurs dont la vie a été contée dans des ouvrages. Le plus célèbre est celui de Michèle Agrapart Delma : «De l'Expertise Criminelle au Profilage».

Rose raconte l'horreur

Elle n?a que 13 ans, est de petite taille, mais belle. Encore écolière, elle parlera peu de son viol, commis par trois hommes en décembre dernier sur les berges de Grande-Rivière.

Les quelques détails sont choquants. C?est un acte de bestialité qu?elle raconte. Embarquée de force dans la voiture d?un homme qu?elle connaît, elle cesse de penser. La seule chose qu'elle sait est qu'il va lui arriver quelque chose de terrible. Elle sent qu?elle va perdre son «avenir», sa virginité.

Après l?avoir bâillonnée, les trois hommes enlèvent son pantalon et sa blouse. Elle avait ses règles mais cela n'empêchera pas celui qu'elle connaît comme Monsieur Jacques de la forcer, alors que les deux autres lui tiennent les jambes.

Rose perd rapidement connaissance mais les violeurs n'hésitent pas à profiter de ce petit corps inerte qu'ils abandonnent, nu, sur la berge où elle reprendra ses esprits tard dans l?après-midi. Saignant abondamment, son ventre lui fait mal.

Malgré le soutien de ses parents, elle ne peut oublier. Animée par le sentiment qu?une partie d?elle-même est morte, elle n'ose plus sortir de chez elle. Elle a peur des hommes et sa méfiance envers les étrangers est sans limite. «Je sais que tous les hommes ne sont pas pareils, mais je ne peux m?empêcher d?avoir peur d'eux?»

Rose n?arrive pas à bien manger et à dormir. «Ma vie est brisée», répète-t-elle alors que ses parents tentent en vain de lui faire reprendre une vie normale, en lui expliquant que l?important c?est quelle soit toujours vivante.

La folle douleur de la victime

Tout souvenir de l'acte est douleur pour une femme violée. Et celle-ci surgit à n?importe quel moment, y compris pendant le sommeil avec les cauchemars et la terreur. Les psychologues que le ministère de la Femme met à la disposition des victimes de viol vous diront que la vie de la femme violée est un cauchemar et que certaines n?arrivent jamais à s?en sortir, surtout si elles ne bénéficient pas d?une thérapie après le viol. Toutes les victimes présentent le même symptôme d'état de choc, mais chez certaines, ils sont suffisamment graves pour que leurs proches pensent qu'elles sont devenues folles. Ces symptômes se traduisent par le doute de soi et des faits, le sentiment d'être sale? Certaines se lavent plusieurs fois par jour, ont des troubles du sommeil et se replient sur elles-mêmes et s?isolent. Le pire, notent les travailleurs sociaux, c'est qu?elles développent des sentiments de honte et de culpabilité et finissent par se sentir responsables de ce qui leur est arrivé. « Ah si je n?étais pas allée à la fête » ou encore « Je n?aurais pas dû permettre à mon voisin d?avoir autant de familiarité avec moi. C?est pour cela que j?ai été violée ».

Mais le pire reste à venir avec ces victimes qui développent souvent des dépressions, des phobies, des peurs et autres troubles de la communication et du langage. Elles craignent souvent les contacts physiques et des relations sexuelles et font souvent des tentatives de suicide.

Pour les aider à s?en sortir, Reeta Reekoye les fait réciter et assimiler quelques phrases comme des litanies : «Je suis une fleur qui a été piétinée, écrasée, mais j?ai survécu. Je renais à la vie et je m?épanouis de nouveau. Je déteste celui qui m?a fait ça, mais je ne dois pas me détester moi-même. Pourquoi cela est-il arrivé à moi ? Peu importe, je suis vivante et c?est le plus important.»

Les chiffres de la police

Les statistiques de la police démontrent une recrudescence de viols ces dernières années et de nombreux cas de relations sexuelles avec des mineures. En 2000, 83 cas de ce type ont été rapportés à la police ; 98 en 2002, et 103 cas pour les 11 premiers mois de l?année dernière. Ces chiffres n'indiquent pas s?il y avait ou non consentement des mineures et si les suspects sont des adultes. Aucun renseignement n'est donné sur le milieu des victimes ou les régions dans lesquelles elles vivent. La police n?est pas sociologue?

Les cas de victimes adultes sont au nombre de 45 cas l?année dernière; 37 2002, et 41 cas en 2000. Mais le ministère de la Femme en tient aucune statistique sur le viol des femmes adultes?

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