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L?affranchissement comme une récompense

13 juillet 2003, 20:00

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Pritilah Rosunee enseigne la langue et la littérature françaises au collège Manilall Doctor de Lalmatie. Elle a fait des études de lettres et d?histoire à l?université de Maurice avant de soutenir, en octobre 2002, un mémoire de maîtrise en histoire à l?université de Cape Town en Afrique du Sud sous la direction conjointe de Nigel Warden et de Vijaya Teelock. Intitulé Manumission in Isle de France during the revolutionary and post revolutionary years from 1789 to 1810, ce mémoire est un exposé, doublé d?une réflexion, sur l?affranchissement des esclaves à l?île Maurice durant une période importante de l?histoire.

?C?est pour combler un vide, explique Pritilah Rosunee, que j?ai étudié l?affranchissement sur une période allant de la Révolution française à la prise de l?île par les Anglais.? Elle cite Richard Allen, un historien américain, qui a remarqué qu?il n?existe aucune donnée sur la population affranchie durant les années 1789-1820, tout en précisant qu?elle n?a pas voulu aller au-delà de 1810, ?car on entrerait déjà dans l?ère de la colonisation britannique, avec une nouvelle administration et de nouvelles lois, ce qui constituerait une étude trop vaste pour un mémoire de maîtrise.?

Pritilah Rosunee définit l?affranchissement comme l?acte de donner volontairement la liberté à un esclave alors que tout autour de lui, dans un espace donné, sévit toujours l?esclavage, ce qui se révèle être une pratique discriminatoire pour ceux qui devraient attendre l?abolition de l?esclavage pour être libres. ?In Isle de France, écrit-elle dans son mémoire, the manumission cases revealed that slaves were freed for various reasons, the ?most popular modes? being those by reward from the owner, intention of close kin through maternal or paternal love, self-purchase and testamentary manumissions. Throughout the whole period 1789 to 1810, liberty granted to the slaves were of different natures. Besides the most common and frequent ones mentioned earlier, manumission was only obtained through marriage, exchange and replacement, departure of owner from the colony, purchase of slave by someone else with the intention of freeing him or her, old age and illness? In the same year, there could arise various types of manumissions ? through reward, testaments, self-purchase ? and these revealed that the legislative measures did not favour any particular reason to manumit the slave. It mostly depended on the owner?s decision when to free the slave and by what means.?

L?étude de Pritilah Rosunee a pour corps une population d?affranchis au nombre de 3 639, répartis ainsi : 630 hommes, 1 657 femmes, 561 garçons et 791 filles. Le nombre élevé de femmes s?explique par le fait qu?elles travaillaient dans la maison même du maître et cette proximité leur donnait la possibilité d?acquérir leur liberté à travers leur rôle sexuel. ?Besides the sexual character which tended to favour female manumissions, poursuit Pritilah Rosunee, women slaves could be freed as a reward because they had looked after an old owner in case of a lengthy illness. Female slaves were manumitted due to the fact that they did not play a very active economic role as compared to men. Most slave women were concerned with domestic work as, in most of the acts, it was mentioned that the female slave was a seamstress, laundress and ironer, whereas some of the male slaves performed work in the fields and others at sea.?

Pritilah Rosunee distingue deux périodes dans l?affranchissement : la première phase qui court de 1789 à 1802 et la seconde de 1803 à 1810. Elle observe que le nombre d?affranchis était élevé durant la première phase, qui comprend les années révolutionnaires et post-révolutionnaires, alors que durant l?ère Decaen, ce nombre chutait dramatiquement, ?which meant that the slave society acquired a rigid and closed character.?

Pour mener à bien son étude, Pritilah Rosunee a passé deux années aux archives consulter 13 registres d?affranchissement, chacun comportant 200 à 250 pages, à déchiffrer la paléographie française et à constater dans quel état déplorable se trouvent des documents aussi précieux pour l?histoire de Maurice : pages jaunies ou en miettes. Dans ces registres, des informations sont données sur l?identité de l?esclave, son prénom, son âge, son origine ethnique, la raison pour laquelle il est affranchi, ainsi que le nom de son dernier propriétaire. Pritilah Rosunee ne cache pas que ces informations sont forcément biaisées, puisqu?elles sont fournies par le seul maître, qui autant que possibe y dissimule sa vraie nature.

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