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L?Aapravasi Ghat en sursis

14 octobre 2007, 00:00

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Il y a un peu plus d?un an, Maurice renforçait sa position sur la mappemonde en voyant l?inscription de l?Aapravasi Ghat (AG) sur la liste du Patrimoine mondial de l?Unesco. Un plaidoyer difficile, mais une consécration prestigieuse à la clé, synonyme d?obligation internationale vis-à-vis de ce site. Malheureusement, aujourd?hui Maurice accuse un retard sur la restauration et la conservation du site, et risque de voir l?Aapravasi Ghat basculer dans la liste des Patrimoines en danger.

Car la reconnaissance de l?Aapravasi Ghat est aussi synonyme de protection des zones avoisinantes, une condition mise en avant dans le cadre de l?inscription du site. Pour Raju Mohit, directeur de l?Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTF), il s?agit aujourd?hui de compléter le travail. « Nous travaillons en étroite collaboration avec les consultants qui nous guident, et les travaux de rénovation et de restauration sont en pleine progression. »

Un résultat effrayant

Or, la réalité sur le site est tout autre : frustration et départ du personnel, absen-ce de concertation entre les institutions, mais surtout manque de direction des autorités pour la bonne marche des travaux. Le résultat est effrayant. Mais pire encore. Aujourd?hui, malgré l?inscription du site de l?Aapravasi Ghat, et la délimitation de la zone tampon protectrice alentour, deux promoteurs lorgnent ces terrains pour des développements, notamment un ambitieux projet d?établissement financier.

« L?insistance de ces deux promoteurs, malgré la dimension de patrimoine de l?AG est un signal fort que le pays n?a pas acquis une conscience culturelle », déplore un expert de l?AG qui assiste, impuissant, aux lobbys. Mais ces correspondances ne sont pas les seules à avoir atterri au Conseil des ministres. Car les deux consultants étrangers chargés de conseiller la direction de l?AGTF, à savoir François Odendhal et Harold Bakker, auraient remis récemment un rapport aux décideurs sur l?état alarmant de la situation.

Avec la consécration de ce site qui confère le statut d?héritage universel de l?humanité au lieu de débarquement des travailleurs engagés, c?est surtout l?engagement et la responsabilité de con-server l?Aapravasi Ghat que le pays a pris. Cette tâche se manifeste par un cahier des charges, plus connu sous le terme de Management Plan. Toutefois, aujourd?hui, malgré l?importance des institutions mises à contribution ? plusieurs ministères et d?autres instances ? rien ne se dessine à l?horizon.

L?absence de réaction

C?est l?avis de Reza Issack, Chairman de l?Aapravasi Ghat Buffer-Zone Mana-gement Committee. « Le but de ce comité est de s?assurer que si développement il y a, il puisse être en harmonie avec l?esprit de patrimoine de l?Aapravasi Ghat », déclare-t-il. « Nous avons eu plusieurs séances de travail, mais rien de définitif n?a été fait. »

L?Aapravasi Ghat peut être relégué dans la liste des patrimoines en danger pour trois raisons, selon la convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel : tout changement dans la zone tampon, la gestion du site et sa sur-restauration.

« À ce jour, Maurice a failli sur les trois aspects. Aucun programme de conservation de la zone tampon ? qui s?étend du centre du site et englobe les régions autour, jusqu?à Chinatown et le marché central ? n?a été défini », confie un expert de l?AGTF, couvert d?anonymat.

De plus, il existe un mouvement de départ significatif des experts de l?Aapra-vasi Ghat face à l?absence de réaction des décideurs. Aujourd?hui, seuls quatre experts locaux, rescapés de l?équipe originale qui a contribué à la consécration de l?Aapravasi Ghat, travaillent toujours sur le site. Il s?agit d?un Heritage Manager, de deux géologues, et d?un historien. Et les travaux de l?AG peinent à progresser.

Ce manque de cohésion et de coordination des décideurs s?explique par le fait que la nouvelle direction « peine à prendre les bonnes décisions, malgré toute leur bonne volonté », selon Reza Issack.

« Je dois reconnaître que Raju Mohit donne beaucoup, mais il faut admettre que l?absence de Vijaya Teelock se fait sentir. L?AG a perdu un peu de son âme. »

Si cette situation perdure, faute de promouvoir le tourisme culturel, Maurice sera surtout reconnue pour avoir failli dans la tâche de protéger un patrimoine du monde.

LES CONSEQUENCES

Maurice risque de se retrouver parmi les 25 autres pays ayant un patrimoine mondial en danger. Cette liste met en exergue les mauvais élèves qui faillissent à la conservation et la préservation de ces lieux, selon l?article 11 (4) de la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel. Toutefois, la dimension d?« insulte », comme l?indiquent les experts de l?Aapravasi Ghat, vient du fait que si rien n?est fait, Maurice se verra associé à des pays sinistrés, ou minés par la guerre, tels que l?Afghanistan, la République démocratique du Congo, ou encore l?Irak.

QUESTIONS A VIJAYA TEELOCK, HISTORIENNE ET CHARGEE DE COURS A L?UNIVERSITE

« Les décideurs ne sont pas éduqués aux valeurs culturelles »

Vous étiez une des architectes de la consécration de l?Aapravasi Ghat comme patrimoine mondial. Quelles étaient les conditions et les engagements qui étaient rattachés à ce titre ?

Tout d?abord, la conservation des structures est essentielle. Il faut préserver les autres bâtiments, notamment l?Hôpital militaire, qui est le plus ancien bâtiment de la capitale et le grenier, qui est le dernier édifice en briques à Maurice. D?ailleurs, le ministre de la Justice, Rama Valayden, avait pris l?engagement, au nom du gouvernement et du pays, que tout allait être fait pour empêcher le développement sauvage dans ce qu?ils appellent la zone tampon.

C?est la raison pour laquelle il y a eu le Management Plan, qui porte essentiellement sur la formation du personnel et de la préservation des bâtiments.

Mais aujourd?hui, nous assistons à un retard des travaux de restauration et de conservation et à un exode des professionnels employés. Certains di-sent même que nous courons le risque de basculer dans la liste des patrimoines en danger?

Si nous ne faisons pas attention, oui. Ce déclin a commencé avant même que je ne parte. Nous sommes en train de perdre des professionnels, et il ne reste que des nominés politiques qui sont ou des techniciens ou des administrateurs, cadres qui n?ont aucune formation ou expérience en matière de conservation et de restauration. Il est navrant de constater que les décideurs et les hommes d?affaires ne sont pas éduqués aux valeurs culturelles, et ce, malgré le fait qu?ils aient dû voyager souvent et vu l?importance de la culture ailleurs.

À court et moyen termes, quelles sont les solutions qui pourraient aider à conserver le titre de l?Aapravasi Ghat ?

Il faut d?abord tout faire pour éviter que l?équipe ne rétrécisse. Nous sommes en train de perdre les seules personnes qui comprennent quelque chose au site, et quand vous voyez, par exemple, qu?il n?y a qu?un archéologue à Maurice, cela veut tout dire. Il est aussi question de faire preuve d?imagination, et de trouver des sources de financement alternatives. Comme une loterie du patrimoine ou encore une heritage tax. Il ne faut pas oublier non plus que l?Unesco débourse énormément.

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