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La « sensibilité » antiguerre s?accroît

18 septembre 2004, 20:00

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Mieczyslaw est attablé à l?ombre d?un parasol. Ce retraité du ministère des Finances attend passivement que des passants signent la pétition nationale lancée fin août par le Parti paysan polonais (PSL) exigeant « le retrait immédiat » des soldats polonais d?Irak.

« Trente personnes ont signé en quatre heures, ce n?est pas si mal », lâche ce militant. L?initiative n?a pas dû faire trembler le président irakien, Ghazi Al-Yaouar, en visite à Varsovie.

Cette campagne est pourtant la première du genre depuis l?engagement de la Pologne aux côtés des Américains en Irak début 2003. Elle illustre la montée des interrogations de l?opinion publique polonaise et dans un certain nombre de partis politiques, opportunistes ou convaincus. « Nous reflétons la sensibilité de nos électeurs », défend Dariuz Wojciechowski, président du PSL.

Selon les derniers sondages, plus de 70 % des Polonais s?opposent à la présence de leurs soldats en Irak où trois des leurs sont morts dans une embuscade. Les pertes polonaises s?élèvent à 17 morts, dont quatre civils, depuis le début de la guerre. « Nous n?avons rien à gagner avec notre politique de soumission aux États-Unis. C?est une guerre d?occupation. Il faut partir aujourd?hui, avant d?avoir à fuir en courant », explique Dariuz Wojciechowski, président d?un petit parti, aujourd?hui d?opposition mais aux convictions à géométrie variable.

Outre le PSL, les ultracatholiques de la Ligue des familles (LPR) et les populistes nationalistes de Samoobrona reprochent mollement au président social-démocrate (SLD) Aleksander Kwasniewski d?avoir engagé la Pologne sur le théâtre irakien sans l?aval du Parlement. Mais tous ces partis parlementaires et minoritaires ne peuvent réveiller une opinion publique apathique. Aucune formation n?est suffisamment puissante pour inverser l?alliance avec les Américains, comme le fit le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) après sa victoire sur les conservateurs de José Maria Aznar.

Au contraire, pour Donald Tusk, le président de la Plate-forme civique (PO, libéral), en tête dans les sondages d?opinion, « arrêter de participer à une guerre parce qu?il y a des victimes c?est, de facto, capituler ». « La question est de retirer les troupes polonaises d?Irak en accord avec les autres alliés pour ne pas donner l?impression que nous capitulons devant le terrorisme comme l?ont fait les Espagnols », a souligné ce candidat à la présidentielle de 2005.

Dans un entretien publié le 12 septembre, par le journal suisse NZZ am Sonntag, le président Aleksander Kwasniewski a également usé d?un ton critique inhabituel vis-à-vis des États-Unis. « J?ai mis en garde le président Bush contre une politique de domination américaine en Irak et dans le monde entier », a-t-il déclaré. « Il y a certaines choses que nous n?aimons pas, en commençant par la reconstruction de l?Irak, où les Américains ont attribué des contrats unilatéralement », a-t-il ajouté.

Le président irakien, Ghazi Al-Yaouar, a assuré que la majeure partie des contrats de reconstruction reviendraient aux pays de la coalition. À ce jour, la Pologne n?en a gagné qu?un ? de 11 millions de dollars ? pour équiper les troupes irakiennes. Des discussions sont en cours pour la modernisation, en coopération avec l?Ukraine, de chars irakiens de fabrication soviétique T-72 pour un montant de 100 millions de dollars. Mieczyslaw en tire sa propre morale : « Nous ne sommes que de la chair à canons pour les Américains. »

<B>2004 Le Monde ? Christophe Châtelot Distribué par The New York Times Syndicate</B>

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