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La « grossophobie » : un mal larvé
D?après les derniers chiffres de l?Insee, en juin, l?obésité touche désormais 10,1 % des hommes, 10,5 % des femmes et 12 % des moins de 18 ans. Paradoxe, la loi du nombre ne semble pas empêcher la stigmatisation. On a même plutôt l?impression du contraire.
« Cette stigmatisation prend des proportions inouïes », estime le psychiatre Gérard Apfeldorfer, créateur, en 1998, du Groupe de réflexion sur l?obésité et le surpoids (Gros). « L?obèse est devenu le bouc émissaire de la société de consommation. Comme nous sommes honteux de consommer l?essentiel des ressources de la planète, nous reportons cette honte sur celui qui incarne le mieux ce ? péché?, c?est-à-dire l?obèse, le super-consommateur », affirme-t-il.
Pour avoir une idée des discriminations dont sont victimes les personnes rondes, rien de tel qu?un petit surf sur Internet. Les sites des associations d?obèses regorgent de témoignages anonymes, tous plus douloureux les uns que les autres. La majorité relate des expériences malheureuses avec le corps médical. Comme ces femmes qui se sont entendu dire qu?on ne fait pas d?enfant quand on est « si grosse ». Il y a aussi celles qui sortent des consultations avec des régimes non demandés.
Ailleurs, il est question de l?angoisse qui saisit tout obèse. De la difficulté à trouver une robe de mariée quand on pèse 100 kg. On imagine mal la somme de problèmes rencontrés par les gros dans leur vie de tous les jours. Jusque dans la mort parfois. Comme cet homme de 170 kg qui a dû récemment être « inhumé contre sa volonté » car « aucun crématorium de la région parisienne n?avait de four assez grand pour son cercueil ».
Des discriminations au travail
Donner une réalité statistique à la « grossophobie » n?est pas simple. Aux États-Unis, des enquêtes ont montré que les obèses ont « un taux d?accès à l?enseignement supérieur plus faible », qu?« ils trouvent plus difficilement un emploi » ou que « leur niveau de revenus est significativement plus bas », comme le rappelle l?anthropologue-sociologue Jean-Pierre Poulain dans son ouvrage Sociologies de l?alimentation.
Début 2005, l?Observatoire des discriminations a intégré un comédien obèse à un test aveugle consistant à présenter de faux demandeurs d?emploi à de vraies offres professionnelles.
Six candidats à l?embauche représentant chacun un profil différent ? un Blanc, un Noir, une Maghrébine, un handicapé, un homme âgé, un obèse ? ont répondu à 325 offres d?emploi pour des postes de niveau bac + 2. Résultat : l?acteur dont la surcharge était apparente sur la photo de son CV a obtenu « entre deux et trois fois moins de réponses positives en vue d?un entretien que le candidat de référence », indique Jean-François Amadieu, le directeur de l?Observatoire.
Les discriminations au travail sont également palpables. « Tant que vous êtes au bas de l?échelle dans une entreprise, on se fiche pas mal de savoir si vous êtes gros. Mais si vous voulez devenir cadre, ce n?est plus pareil. Vous représentez l?image de la boîte. Et là, pas question d?être obèse », déplore une femme, qui n?a pas pu obtenir les responsabilités auxquelles ses diplômes d?études supérieures lui permettaient de postuler. Un bien triste constat?
n @ 2 005 Le Monde ? Frédéric POTET ? Distribué par The New York Times Syndicate
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