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La vie après un licenciement
Le mot licenciement résonne comme un glas dans le monde du travail. Il vous tombe dessus sans crier gare, et vous laisse pantois, avec la peur du lendemain.
Que devient-on après un licenciement ? C?est la question que se posent les 900 employés de Floréal Knitwear (FK), du groupe textile Ciel, à qui on vient d?annoncer la fermeture de sept unités.
Toolsy Venkatasamy a vécu la même chose il y a plusieurs mois, lorsqu?elle a été licenciée d?Ere Lingerie. Elle est venue témoigner aujourd?hui pour tenter de redonner confiance aux futurs licenciés.
Elle sourit plus que de convenance. Peut-être ne sait-elle pas pourquoi au juste. Elle est passée par des moments difficiles dont elle n?est pas encore totalement sortie. Mais elle sourit quand même.
De prime abord, Toolsy hésite un peu à se souvenir de ce qui lui est arrivé. Timide, elle parle peu, est mal à l?aise pour aborder le sujet. Aidée de son mari Devendra, plus loquace, elle finit par se dérider un peu et commence à raconter.
« Mo pa konn lire »
En février dernier, l?usine Ere Lingerie, où elle travaille depuis 15 ans, ferme ses portes. « Ti bien dur », affirme Toolsy. Elle reçoit la nouvelle comme un coup de massue et s?interroge immédiatement sur son avenir.
Très vite, on lui propose de suivre des cours à l?Industrial and Vocational Training Board, pour être à même de retrouver du travail dans un autre domaine. Mais elle ne peut pas assister à ces formations. « Mo pa konn lir, mwa », s?excuse-t-elle. La même histoire se répète lors d?une Job Fair. « Il fallait remplir des formulaires, signer? li pa kapav fer tou sa la », poursuit son mari.
En effet, Toolsy n?a jamais appris à lire. Elle a quitté l?école très tôt pour aller travailler. Ere Lingerie était son premier employeur. « Monn rest la-bas 15 ans. Mo ti pe fer packaging », se souvient-elle.
Aujourd?hui, elle se rend compte de l?importance de savoir lire et écrire, mais, à la fois ouvrière, mère de famille et épouse, elle n?a pas le temps de prendre des cours d?alphabétisation.
À 30 ans, elle se retrouve au chômage, avec deux enfants à charge. Devendra travaille à l?école primaire Renganaden Seeneevasen, à Cassis, tout près du domicile familial, mais il ne peut subvenir aux besoins de toute la famille.
Alors que les parents parlent, leurs deux filles, Vani, 8 ans et Manisha, 6 ans, regardent de temps à autre dans leur direction, avec un timide sourire, hérité de leur maman. Pour des écolières en vacances, elles sont anormalement sages. De tous ces petits regards, l?on sent que la famille est incroyablement soudée.
En effet, ni Toolsy, son époux, ou leurs deux petites filles n?ont jamais baissé les bras. Un peu plus d?un mois après la fermeture de l?usine, elle a retrouvé du travail dans une entreprise fabriquant des chaussures, où elle s?occupe de les nettoyer une fois que le travail de cordonnerie est achevé.
Malheureusement, l?entreprise ne peut pas la reprendre pour le même salaire, et elle se retrouve à gagner la moitié de ses revenus de chez Ere Lingerie.
La balance ne s?équilibre plus chez les Venkatasamy. « Nos deux salaires arrivent tout juste à payer les charges et les dettes. Pas moyen de faire des économies », explique Devendra.
Elle éprouve aussi quelques difficultés à son travail. « Après 15 ans kot Ere Lingerie, kot mo bann kamarad, mo ti bien abitie. Me aster, li pas parey, lambians la diferan. Monn pass boukou mois mais monn pa trop abitie », dit-elle furtivement.
De même, en quittant Ere Lingerie, elle a perdu ses droits sociaux, son ancienneté, son droit aux congés. « Là, li deza fatige la. Mo get so lizie pe vinn nwar, pe kreze, me li bizin attan fer enn an pour gaign konze », s?attriste son mari.
Le salaire n?est pas énorme et le couple attend toujours la prime de licenciement, qui pourrait rendre leur vie meilleure. Ils attendent impatiemment que l?affaire en cour soit terminée.
Mais malgré tous les efforts et la fatigue, elle se refuse à perdre courage. Contrairement à d?autres amies, elle a pu retrouver un emploi, plutôt stable, où elle ne fait pas d?heures supplémentaires.
« Plizier mo kamarad zot dan Arvind Overseas. Ki pou ariv zot ? », se demande-t-elle, tout en réalisant qu?elle a bien fait de ne pas aller travailler là-bas.
Elle s?attriste de l?actualité, principalement celle liée aux licenciements ou à la situation dans la zone franche. C?est comme si une partie de sa vie s?en allait. Mais elle garde confiance en elle, en sa capacité à aller de l?avant.
Il lui reste de l?espoir
Sa passion pour la broderie l?aide également à tenir le coup. « Li kapav asiz divan televizion, fer brodri bien lontan », dit Devendra. Et Toolsy de faire la timide à nouveau en n?osant pas montrer ses travaux. Pourtant, impossible de les rater, puisqu?ils ornent toute leur maison de Cassis. Nappe, édredons, draps, dessous de plats? Elle ne désespère pas de pouvoir en faire un business un jour. Elle aimerait tant. Ce serait comme un rêve pour elle et la faire revenir à la réalité est un peu difficile. L?on n'ose pas l?enlever à ses broderies.
Sa vie n?est certes pas pas celle qu?elle désirait, et d?autres licenciées de son usine ont même mieux réussi, mais le plus important pour elle est qu?il lui reste de l?espoir et qu?elle ne compte pas en rester là. C?est le message qu?elle souhaite faire passer à tous les employés de Floréal Knitwear qui vont se retrouver sans-emploi.
« Repran kouraz ek konfians », leur demande Toolsy. Ce n?est pas une fin en soi. Déjà, une Job Fair et une Training Fair sont prévus pour les employés de Floréal Knitwear. Il faut savoir saisir sa chance.
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