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La vengeance du président

26 décembre 2005, 20:00

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Il est difficile d?avoir du respect pour l?institution qu?est la présidence quand le chef de l?Etat transforme son mandat en une suite de règlements de comptes politiciens. Or, le refus de

Sir Anerood Jugnauth de prononcer une allocution télévisée à l?occasion du Nouvel An est une nouvelle man?uvre politicienne qui entache son prestige. Sa dernière trouvaille exacerbe la tension entre lui et le gouvernement. Elle rejaillit négativement sur l?image de celui qui est censé incarner l?unité de la République.

La période de fêtes est une occasion traditionnelle durant laquelle les chefs d?Etat adressent un message à leurs concitoyens, en général à la télévision. Ils évoquent les moments marquants de l?année écoulée et présentent des v?ux pour l?année nouvelle. Sir Anerood Jugnauth a préféré, pour des raisons liées à la conjoncture politique, envoyer aux journaux un court texte dépourvu de sensibilité en guise de message à la population. De manière abrupte et sèche, le président et son épouse y expriment l?espoir ?que le nouvel an nous apporte plus de bonheur et de prospérité et que la paix et l?harmonie règnent dans le pays et dans le monde?. Sans plus.

Interrogé par l?hebdomadaire ?Week-end?, Sir Anerood explique ainsi son geste : ?Je ne vois pas l?utilité d?aller à la télévision. J?ai présenté mes v?ux aux Mauriciens à travers la presse écrite.? Manifestement, il a un contentieux avec les travaillistes mais c?est sur le dos de la population qu?il a décidé de le régler.

Il est vrai qu?avec le verrouillage de la télévision par la majorité politique, le président aurait pu se sentir comme un intrus à la MBC. On peut également comprendre qu?il ne s?est pas encore remis après les humiliations subies au moment de l?installation des nouveaux dirigeants au pouvoir. Mais tout cela n?excuse pas l?indélicatesse d?un président qui boude ses concitoyens.

Du reste, ce n?est pas son rôle de dénoncer un éventuel abus de la télévision par les dirigeants du pays. Il doit assumer son devoir de président et laisser au citoyen privé et aux partis de l?opposition le soin de défendre le pluralisme du service public audiovisuel. Il ne respecte pas les formes, non plus, quand il se met à riposter aux coups fourrés qu?il estime avoir reçus de la part des gouvernants. Un président qui entend rester digne est toujours au dessus de la mêlée et ne riposte pas par une action du même ordre à chaque coup qui lui est porté.

Sir Anerood Jugnauth a eu un long parcours politique caractérisé pour la constance de ses convictions anti-travaillistes. Cet ancien disciple de Sookdeo Bissoondoyal a toujours adopté des positions aux antipodes des Ramgoolam, père et fils. Sa fidélité à ses idéaux l?honore mais ne l?autorise pas, pour autant, à poursuivre un combat politique à partir de la State House. Il a aujourd?hui des responsabilités constitutionnelles à assumer. Il est garant de la pérennité de l?Etat et doit éviter le piège politique que ne cesseront de lui tendre ceux qu?il a combattus durant des décennies.

Aucun membre du gouvernement n?était présent au dîner de fin d?année offert par le président de la République le 14 décembre. Le boycott des dirigeants politiques à l?égard de Sir Anerood est systématique. Mais un président de la République peut-il appliquer la loi du talion ?

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