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La valse des départs

10 février 2005, 00:00

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Anil Bachoo, Mukhesswur Choonee et Jyaneshwur Jhurry : un ténor, un baryton et une basse, pourrait-on dire de ce trio de politiciens qui, malgré une démission quasi-collective, sont loin de jouer dans le même registre. Quant au quatrième démissionnaire, Meghduth Chumroo, il n?aura pas été très audible pendant le concert.

Parmi les récriminations qu?ils ont faites, pêle-mêle, ces derniers jours, contre le MSM, Pravind Jugnauth et Paul Bérenger, on a du mal à trouver ce qui les fédère à part une attitude haineuse. Est-il possible malgré tout de trouver un dénominateur commun à la valse de leurs départs synchronisés ? Cela doit être possible car toutes ces défections, survenues à quelques jours d?intervalle, ne peuvent pas être le fruit du hasard. Ceux du groupe qui ont tenté de clarifier leur décision se sont contentés de généralités. Soit ils blâment le ?manque de vision? de Pravind Jugnauth ou ils l?accusent d?être ?peu attentif aux demandes de l?électorat?.

En vérité, le sens de leur démission se trouve dans le rapport actuel des forces électorales, ou du moins tel qu?il est perçu. Beaucoup pensent que l?alliance MSM-MMM n?a pas les moyens de renverser la tendance qui est apparue lors de la partielle de Piton- Rivière du Rempart. Sentant que le vent a tourné, certains, au MSM, ont pu avoir été tentés par un positionnement plus ?utile? à la suite de leur carrière politique.

De plus, ceux qui sont partis craignaient tous de ne pas obtenir une investiture aux prochaines législatives. Cela s?applique également à ceux qui sont cités comme les futurs démissionnaires, tant du côté du MSM que de celui du MMM. Ils n?ont pas envie de défendre une équipe dont ils seront exclus lors de la prochaine joute. D?autant plus que l?opposition cherche à générer de l?instabilité en appâtant les députés fâchés avec leur parti. Des promesses de ticket électoral, sinon de fauteuil ministériel, leur sont faites.

Le cas Bachoo est celui qui mérite une analyse plus approfondie non pas parce qu?il est, lui, une grosse pointure, mais en raison des facteurs plus subtils derrière sa décision. Comme les autres, au départ, il craignait pour son investiture puis a fini par se dire que son camp sera de toute façon battu aux législatives. À la différence des autres, il vivait, en outre, un calvaire personnel. Il était devenu le souffre-douleur du MSM. Pravind Jugnauth a tout fait pour le pousser vers la sortie.

Depuis trois ans au moins, chacun était au courant du martyre d?Anil Bachoo. Bien qu?il fût le personnage le plus populaire du MSM, il était le mal aimé de la direction du parti, et, en particulier, de Nando Bodha, Showkutally Soodhun et Joe Lesjongard. Il s?est senti blessé en plusieurs occasions, par exemple, quand Joe Lesjongard est monté en grade à ses dépens.

L?establishment du MSM a fait un mauvais calcul s?il a estimé que le départ de Bachoo n?aurait aucun impact sur l?opinion publique. Pravind Jugnauth est aujourd?hui plus fragilisé que jamais.

Reste la thèse qu?Anil Bachoo voulait donner une orientation nouvelle à son parti et à l?alliance gouvernementale pour améliorer ses chances électorales. Il aurait souhaité que Pravind Jugnauth adopte une posture plus sensible aux attentes de l?électorat rural. Ce dernier n?ayant pas cédé, Anil Bachoo a déduit que le MSM-MMM sera vaincu. En abandonnant son parti, il a aussi précipité la décision des hésitants.

Osons espérer qu?une fois les clarifications faites, ces querelles de personnes ne perdureront pas car elles feront sombrer le débat politique alors qu?il faut justement l?élever.

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